Ukraine : l’Europe sanctionne… l’Europe, par Jean-Frédéric Poisson
Jean-Frederic Poisson, French right-wing Les Republicains (LR) party member of parliament and candidate in his party’s primary ahead of France’s 2017 presidential election, poses in Paris, on May 24, 2016. / AFP PHOTO / JOEL SAGET

Ukraine : l’Europe sanctionne… l’Europe, par Jean-Frédéric Poisson


Partager cet article

Jean-Frédéric Poisson, président de Via, exhorte les Européens à chercher une paix juste entre les belligérants en Ukraine. Il pointe les dangers d’une logique de sanctions toujours plus dures, qui risquent de déstabiliser en profondeur l’équilibre de l’Occident.

Le 2 mai dernier, les clubs de foot russes ont été exclus des compétitions européennes pour la coupe d’Europe en réponse à l’invasion de l’Ukraine par Moscou[1]. Cette décision rejoint la longue batterie de sanctions décidées par l’ensemble du monde occidental pour « punir » la Russie d’une situation géopolitique dont elle n’est pourtant pas l’unique responsable. Ce faisant, nos sociétés toujours très promptes à lancer des anathèmes contre les nations qui, à tort ou à raison, leur déplaisent, se tirent une balle dans le pied.

On mesure mal la bêtise qui saisit nos contemporains occidentaux : le monde de la politique bien sûr, mais aussi celui de la musique, du sport ou de l’économie se sont tous sentis obligés de développer des représailles aussi grotesques les unes que les autres. Le jeune prodige Alexander Malofeev a été interdit de se produire en concert pour l’orchestre symphonique de Montréal. Tous les joueurs de tennis russes et biélorusses ont été exclus du prochain tournoi de Wimbledon[2]. La palme d’or revient à l’Union européenne qui a tenté, en vain pour le moment, de mettre en place un embargo sur le pétrole russe afin de faire payer à Vladimir Poutine « le prix fort pour sa brutale agression ». Et Ursula Von der Leyen d’ajouter sur son fil twitter : « Soyons clairs : ce ne sera pas facile ». Non, en effet ! Le prix de l’énergie est déjà en forte hausse en Europe, il risquerait d’atteindre des sommets inimaginables suite à cette décision absurde et contre-productive. Celle-ci n’aurait pour autre effet que de nous jeter corps et âme dans les bras des Américains dont le pétrole et le gaz de schiste nous coûteraient plus cher, ou de renforcer notre interdépendance avec les pays du Golfe. Heureusement, le véto de la Hongrie a mis temporairement fin à cette ineptie… du moins tant que la Hongrie ne changera pas d’avis ou que le vote à l’unanimité des pays membres de l’Union, récemment remis en question par Ursula Von der Leyen et Emmanuel Macron[3], perdurera dans les traités européens.

Au-delà des sanctions contre-productives, cette guerre en elle-même se retourne pour une grande partie contre nos intérêts, puisque notre soutien financier, puis militaire à l’Ukraine (avec la livraison par la France de camions munis du système d’artillerie CAESAR[4]) alimente le conflit au lieu d’y mettre un terme. Cela même alors qu’à plusieurs reprises, le président Zelensky se disait prêt à parlementer avec le Kremlin pour trouver une sortie de crise[5]. Or la Russie et l’Ukraine alimentent à eux deux près d’un tiers du blé mondial dont le manque se fait cruellement sentir. Le maïs, le colza, le tournesol et l’orge sont également touchés par cette pénurie. De ce fait, plus ce conflit dure, plus nous entretenons une potentielle famine, en particulier sur le continent africain. Pas moins de quarante-cinq pays d’Afrique importent au moins un tiers de leur blé d’Ukraine ou de Russie[6]. Ils risquent, demain, d’être déstabilisés et d’alimenter, de surcroît, les flux migratoires déjà massifs en direction de l’Europe.

Dès lors, il devient absolument nécessaire d’anticiper ces retours de bâtons, et de réévaluer avec prudence, nos actions de coercition envers la Russie. Le bien commun de la France devrait passer en priorité lorsqu’il est question de représailles contre nos partenaires économiques, bien plus que maintenir à flot une Union bruxelloise technocratique qui agit trop souvent contre ses propres intérêts, quand ce n’est pas directement pour les intérêts de Washington.

Mais alors qu’aurait dû faire un gouvernement authentiquement préoccupé par le bien commun ? Laisser la Russie envahir l’Ukraine sans intervenir ? Non, bien sûr ! Il s’agissait, et il s’agit toujours de proposer une paix juste entre les deux belligérants, en imposant le retrait des troupes russes des territoires occupés et en s’assurant que jamais l’Ukraine ne rentrera ni dans l’Union européenne ni dans l’OTAN. Encore aujourd’hui, œuvrer pour la paix permettrait à la France d’arrêter de subir les conséquences de ses propres sanctions, et de retrouver son statut de puissance d’équilibre au sein du concert des nations.

Jean-Frédéric Poisson

Président de VIA | la voie du peuple

[1] « Coupe d’Europe : l’exclusion des clubs russes aura-t-elle un impact pour les clubs français ? », Le Parisien, le 03/05/2022.

[2] « Wimbledon : Nadal déplore lui aussi l’exclusion des Russes qu’il juge «très injuste» », Le Figaro, le 01/05/2022.

[3] « Ursula von der Leyen soutient une modification des traités de l’UE ‘si nécessaire’, Macron se dit quant à lui ‘favorable’ », La Libre Belgique, le 09/05/2022.

[4] « Artillerie : M. Macron annonce la livraison par la France de CAESAr à l’Ukraine », Opex 360, le 22/04/2022.

[5] « Zelensky veut rencontrer Poutine pour ‘mettre fin à la guerre’ », Le HuffingtonPost, le 23/04/2022.

[6] « Pourquoi la guerre en Ukraine pourrait déclencher des famines en Afrique », Europe 1, le 16/03/2022.

Rejoignez la sécession !

Vous en avez assez de subir cette mascarade ? Vous voulez entrer sereinement en résistance contre cette dictature ? Déjà plus de 5.000 membres…

Rejoignez Rester libre !

Encore + de confidentiels et d’impertinence ?

Le fil Telegram de Rester libre ! est fait pour ça

Je rejoins le fil Telegram

Les dossiers d’Aventin

Retrouvez les dossiers de référence de Laurent Aventin sur le COVID et la vaccination, pour enfin être informé clairement et avec rigueur sur la situation

Je veux lire les dossiers
ESSENTIEL


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Un décret paru au Journal officiel ce 30 avril officialise le retour de Pierre-André Imbert comme secrétaire général de l'Élysée. Son précédent, Emmanuel Moulin, lorgne la Banque de France. Derrière ces nominations techniques se dessine une stratégie de placement institutionnel en cette fin du deuxième mandat de Macron. Pierre-André Imbert, inspecteur général des finances et ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2020 à 2023, deviendra lundi 4 mai le nouveau secrétaire général de la p


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

Le marché pétrolier n'est plus une mécanique de précision, mais une boucherie à ciel ouvert. Le Brent frôle les 120 dollars le baril et, tandis que les chancelleries s'agitent, les faits, eux, sont têtus : nous assistons à la démolition contrôlée de l'ordre énergétique mondial. Ce n'est pas une simple "crise de volatilité", c'est le grand découplage entre la géopolitique de la force et les illusions d'un marché physique en état de mort cérébrale. Pourquoi l’asphyxie mondiale impose une stratég


Rédaction

Rédaction

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

Plusieurs lecteurs m'ont demandé ce que je pensais de la directive européenne sur les rémunérations, qui va révolutionner ce sujet tabou en France. Voici une première réponse... Sous le vernis moralisateur de l'« égalité femme-homme », la Directive (UE) 2023/970 vient d’achever ce qui restait de l’autonomie de gestion dans nos entreprises. Ce n'est plus du droit social, c'est de l'ingénierie bureaucratique pure, une tentative désespérée de la Caste européenne de substituer le plan à la réalité


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Directive rémunérations : quelles sont les surtranspositions françaises qui nuiront aux entreprises? par Elise Rochefort

Directive rémunérations : quelles sont les surtranspositions françaises qui nuiront aux entreprises? par Elise Rochefort

Alors que l'échéance du 7 juin 2026 approche, la France s'apprête à transformer son Index de l’égalité professionnelle pour l'aligner sur la directive (UE) 2023/970. Si l'intention de réduire l'écart salarial (toujours de 14,2 % en France) est louable, le projet de loi français choisit d'aller bien au-delà des exigences européennes minimales. Pour les entreprises, ces « surtranspositions » ne sont pas neutres : elles créent une charge administrative et un risque juridique inédit que j'analyse p


Rédaction

Rédaction