Mesdames, Messieurs, rangez vos abris anti-atomiques et cessez de trembler pour l’avenir de l’Occident. L’Élysée vient de sortir l’artillerie lourde. Non, ce n'est pas le Charles-de-Gaulle (il est sans doute encore en maintenance), ni une cyber-attaque dévastatrice contre Mar-a-Lago. Non, la France, dans un élan de bravoure qui rappelle les plus belles heures de la déconnexion étatique, a décidé d'envoyer quinze soldats au Groenland.

Oui, vous avez bien lu. Quinze. Une équipe de foot à laquelle il manquerait quelques remplaçants pour cause de grève de la SNCF.
Le titre de l'agence de presse devrait être : « Le 47e Président des États-Unis, maître de la première puissance nucléaire et obsédé par l'immobilier arctique, terrassé par deux chambrées de Chasseurs Alpins. » On imagine déjà Donald Trump, dans le Bureau Ovale, les mains tremblantes, demandant à ses généraux si ces quinze Français ont emporté leur propre fromage ou s'ils vont réquisitionner le lichen local.

C'est là tout le génie de la "diplomatie du geste" à la française. Alors que Trump voit le monde comme un plateau de Monopoly où le Groenland est la case "Avenue des Champs-Élysées" qu'il veut racheter, Paris répond par une performance de théâtre de rue. On envoie une quinzaine de gars en fuseau blanc jouer à cache-cache avec les ours polaires pour "affirmer notre souveraineté européenne".
En tant que libertarienne, je me demande surtout combien cette petite blague va coûter au contribuable qui, lui, a déjà du mal à payer son chauffage. Entre le transport en avion militaire (qui pollue sans doute plus que mille vaches bio), les rations de survie estampillées "Produit en France" et le bilan carbone du voyage pour que quinze hommes fassent une photo Instagram dans le permafrost, on est sur un ratio coût-efficacité qui frise le sublime.

L'État, ce grand prestidigitateur, nous explique que c'est une mission de "réassurance". Personnellement, je me sens très rassurée. Si demain le bloc sino-russe décide de s'emparer de la calotte glaciaire, ou si Trump décide d'y construire un "Trump Ice Hotel & Casino", nos quinze mousquetaires du givre pourront toujours leur jeter des boules de neige en citant le Code Civil.
La France ne projette plus de la puissance, elle projette de la poésie bureaucratique. On ne gagne pas une guerre de ressources avec quinze bonshommes, mais on gagne sûrement un satisfecit dans les dîners mondains de Bruxelles. Pendant que Washington compte ses porte-avions, Paris compte ses skieurs.

Trump peut bien vouloir racheter l'île ; il a oublié qu'en France, on n'a pas de pétrole (ni de Groenland), mais on a des idées. Et l'idée de cette semaine, c'est que quinze paires de rangers françaises valent plus que tous les dollars de la Fed.
Dormez tranquilles, braves gens : la ligne Maginot s’est déplacée à Nuuk. Elle est juste un peu plus courte que prévu.




