Tensions diplomatiques Belgique – USA: Washington teste la souveraineté belge

Tensions diplomatiques Belgique – USA: Washington teste la souveraineté belge

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La Belgique a convoqué l’ambassadeur américain après des accusations publiques d’antisémitisme visant une enquête judiciaire à Anvers. Un incident diplomatique rare entre alliés, les autorités belges ont rejeté toute accusation d’antisémitisme, les jugeant « fausses, offensantes et inacceptables ».

Le 16 février, sur le réseau X, l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, a dénoncé une enquête judiciaire menée à Anvers contre trois mohels, qualifiant les poursuites d’« antisémites » et de « ridicules ». La réaction belge a été immédiate. Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a convoqué l’ambassadeur. Une procédure rare entre pays alliés. Bruxelles a rappelé « le rôle et les limites » d’un diplomate au regard de la Convention de Vienne et dénoncé toute « ingérence dans les affaires intérieures ».

La convocation qui dérange

Ce mardi, l'ambassadeur des États-Unis Bill White s'est présenté devant les Affaires étrangères belges. Une convocation rare, habituellement réservée aux représentants de pays hostiles. Motif : ses attaques sur X contre le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke et ses accusations d'antisémitisme visant la Belgique.

La directrice générale Théodora Gentzis lui a rappelé la Convention de Vienne. Un ambassadeur ne s'ingère pas dans les affaires intérieures. Les attaques personnelles contre un membre du gouvernement ne sont pas acceptables. 

L’affaire trouve son origine en septembre 2024. Le parquet d’Anvers a perquisitionné trois mohels soupçonnés d’avoir pratiqué la Brit milah ou circoncision rituelle.

Mais ces circonciseurs sont accusés d’avoir effectué les rites sur des nourrissons alors qu’ils ne disposaient d’aucune licence médicale.

Les autorités ont même décidé d’ouvrir une enquête judiciaire, une décision que l’ambassadeur des Etats-Unis, Bill White, n’a pas approuvée. Il a fortement critiqué la manière dont les autorités belges ont géré cette affaire à Anvers dans un message publié sur X, lundi.

En Belgique, depuis une loi de 2013, la circoncision non médicale est autorisée mais doit être supervisée par un médecin. Or, certains praticiens ne disposeraient pas des qualifications requises.

Le débat oppose liberté religieuse et exigences sanitaires. La brit milah est une obligation religieuse dans le judaïsme, pratiquée au huitième jour après la naissance. Mais la législation belge encadre strictement l’acte.

Bill White estime que ces poursuites constituent une atteinte aux droits religieux. À son arrivée au ministère, il a brandi une photo des trois rabbins poursuivis, dénonçant une « persécution ».

Apaisement officiel mais tensions persistantes

Après l’entretien, l’ambassadeur a tenté de désamorcer la crise. Il a affirmé que les deux pays étaient « amis pour toujours ». Il a précisé ne pas considérer la Belgique comme antisémite, tout en évoquant une hausse globale des actes antisémites.

Cependant, il a maintenu sa position sur le fond, déclarant qu’il souhaiterait voir évoluer la législation belge sur la circoncision, rappelant que la pratique sans supervision médicale est autorisée aux États-Unis.

Bruxelles, de son côté, insiste sur le respect du cadre diplomatique.

Un ambassadeur qui ne désarme pas

L'affaire prend une autre dimension. Selon Het Laatste Nieuws, le député N-VA Michael Freilich s'est rendu à Washington début 2025. Objectif : rencontrer des conseillers de Trump pour "chercher une solution" à la situation des mohels.

Groen demande une enquête déontologique. La député Meyrem Almaci dénonce : "Un député qui mobilise des acteurs étrangers pour influencer notre justice affaiblit la souveraineté."

Sammy Mahdi (CD&V) compare : "Imaginez un député PS d'origine musulmane faisant du lobbying au Maroc. C'est inadmissible."

L’ambassadeur américain Bill White avec une photo des 3 mohels poursuivis par la justice belge. © Belgaimage M. BURGELMAN

Pour autant, malgré la convocation, Bill White persiste. Il a rencontré la presse avec une photo des trois mohels poursuivis, qualifiés de "persécutés". Ce mercredi, il reçoit le Grand rabbin de Belgique. La semaine prochaine, il se rendra à Anvers pour rencontrer les circonciseurs et leurs familles. Le message est clair : la convocation n'a pas entamé sa détermination.

La Belgique a convoqué l'ambassadeur américain Bill White après ses accusations d'antisémitisme et ses attaques contre un ministre. Une ingérence contraire au droit diplomatique. Mais le trumpiste persiste, soutenu par un député N-VA parti chercher l'appui de Washington. La souveraineté belge sort fragilisée de cet épisode, moins par l'ambassadeur que par ceux qui l'ont sollicité.


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