Stephen Miran, le cheval de Troie de Trump à la FED
Photo by Annie Spratt / Unsplash

Stephen Miran, le cheval de Troie de Trump à la FED

3 min de lecture

Partager cet article

La nomination de Stephen Miran à la Réserve fédérale (FED) illustre la stratégie de Donald Trump pour mettre la main sur la banque centrale américaine. Trump place ses hommes à la Fed pour casser son indépendance et orienter la politique monétaire. La crédibilité de l’institution est en jeu.

Président du Conseil des conseillers économiques de la Maison-Blanche, Stephen Miran vient d’être nommé gouverneur à la Réserve fédérale (FED) par le Sénat américain. Sa nomination est très critiquée vu qu’il est proche de Donald Trump. Cet économiste de 42 ans va donc diriger l’une des plus importantes réunions de l’institution qui se tiendra les 16 et 17 septembre prochain. 

Une Fed sous pression présidentielle

Donald Trump a toujours vu la Réserve fédérale comme un obstacle. En installant Stephen Miran, son conseiller économique, au conseil des gouverneurs de la Fed, il franchit une étape décisive. La manœuvre est claire : influencer dès maintenant les décisions monétaires pour forcer une baisse rapide des taux d’intérêt.

Agé de 42 ans, Stephen Miran est un économiste sorti du Harvard, un bon élève de l’ancien conseiller économique de Ronald Reagan, Martin Feldstein.Stephen Miran n’est pas un technocrate neutre. Son parcours parle pour lui :

  • Ancien de hedge funds (Lily Pond, Hudson Bay), habitué à « casser le marché » selon les mots de Ludovic Subran d’Allianz.
  • Think-tanker au Manhattan Institute, pépinière libertarienne mais aussi favorable à un alignement politique de la Fed.
  • Auteur d’éditoriaux clamant que « l’indépendance pure et simple [des banques centrales] est incompatible avec un système démocratique ».

En 2020, Donald Trump l’a nommé comme conseiller au Département du Trésor. Lorsque Joe Biden est devenu le président des Etats-Unis, Stephen Miran a repris ses activités dans le secteur privé. Il travaillait chez Hudson Bay Capital et au Manhattan Institute.

Pour ce second mandat, Stephen Miran a le privilège de président le CEA de la Maison-Blanche, un poste prestigieux. Il est connu comme l’économiste qui murmure à l’oreille de Donald Trump. Le président américain a soutenu sa nomination au conseil de la Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed), une place devenue vacante après la démission surprise d’Adriana Kugler.

 Le Sénat américain a décidé de lui attribuer le poste, après un vote serré de 48 voix contre 47.

Un cheval de Troie au cœur de l'institution

Stephen Miran n'est pas un gouverneur comme les autres. Ses antécédents et ses déclarations en font un agent du changement, une taupe de la Maison-Blanche chargée de déstabiliser le statu quo. Sa décision de prendre un "congé sans solde" du Conseil des conseillers économiques tout en siégeant à la Fed est une provocation.

  • Une indépendance en sursis : Rester un employé de la Maison-Blanche tout en travaillant pour la banque centrale crée un conflit d'intérêts flagrant. Il sera impossible pour Miran de voter contre les désirs de Trump sans risquer sa place.
  • Des positions tranchées : Miran a clairement exprimé que l'indépendance des banques centrales est incompatible avec un système démocratique. C'est l'aveu d'une volonté de politiser la politique monétaire.

C'est une attaque en règle contre le principe même de l'indépendance, un concept que les libertariens chérissent comme garant de la valeur de la monnaie.

Le bilan de l'interventionnisme

La Fed n’est pas exempte de critiques. Ses politiques monétaires « non conventionnelles » (quantitative easing, rachats massifs d’actifs) ont distordu les marchés et creusé les inégalités. Mais au lieu de réformer, Trump choisit de la domestiquer.

Les études récentes montrent d’ailleurs une politisation rampante : la proportion d’administrateurs affiliés aux démocrates a explosé, accentuant le soupçon de biais partisan. Miran arrive donc en prétendant « rééquilibrer » une Fed jugée trop progressiste.

L’équation est brutale :

  • Si la Fed cède à la pression présidentielle, elle perd sa légitimité.
  • Si elle résiste, elle risque d’être remodelée de force par un pouvoir exécutif vindicatif.

Dans les deux cas, c’est la confiance des investisseurs et des citoyens qui vacille. La monnaie américaine n’est forte que parce qu’elle repose sur une institution crédible et indépendante.

La nomination de Miran est la conséquence logique des erreurs de la Fed elle-même. En s'immisçant dans l'économie de manière excessive, elle a perdu sa crédibilité et sa légitimité politique, rendant inévitable une intervention politique.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Bruxelles: sept milliards d'euros mal dépensés, et les auditeurs disent non pour la septième année de suite
Photo by François Genon / Unsplash

Bruxelles: sept milliards d'euros mal dépensés, et les auditeurs disent non pour la septième année de suite

La Cour des comptes européenne refuse, pour la septième année consécutive, de certifier les dépenses du budget de l’Union. Taux d’erreur : 3,8 %, au-dessus du seuil de 2 %. Près de 7 milliards d’euros ont été engagés irrégulièrement sur 176,3 milliards d’euros de dépenses. LE COURRIER DES STRATÈGESRestez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré. G


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

SNCF et RATP : entre 4% à 10% de votre amende va dans la poche de celui qui vous l'a mise

SNCF et RATP : entre 4% à 10% de votre amende va dans la poche de celui qui vous l'a mise

À la SNCF, un contrôleur peut toucher entre 4 % et 10 % du montant d’une amende réglée sur place, selon Stéphane Vardon, chef de bord et responsable CGT. À la RATP, la direction annonce 150 euros bruts mensuels de prime, quand des contrôleurs interrogés évoquent 50 à 600 euros. Derrière la lutte contre la fraude, l’usager devient une ligne de prime. LE COURRIER DES STRATÈGESRestez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au cr


Rédaction

Rédaction