Quinze jours après une garde à vue controversée, l’eurodéputée LFI Rima Hassan saisit le Défenseur des droits. En cause : des « manquements » policiers, des fuites dans la presse et une qualification précipitée de faits finalement démentis.

Le 2 avril, Rima Hassan est placée en garde à vue par le 2ᵉ district de police judiciaire, convoquée à la suite d'une publication sur X rapidement effacée. Le parquet de Paris annonce qu'elle sera poursuivie pour apologie du terrorisme. Le lendemain, les rédactions bruissent d'une tout autre information : l'eurodéputée aurait eu de la drogue de synthèse dans son sac. Une "source proche du dossier" confirme à l'AFP la présence de "quelques grammes" de 3-MMC. L'affaire prend une tout autre dimension.
Des pratiques policières contestées et une enquête intrusive
Selon son avocat, Me Vincent Brengarth, la garde à vue a été marquée par une série d’irrégularités : placement en cellule sans nécessité avérée, interrogatoires portant sur la pratique religieuse et les « valeurs de la République ».

La défense dénonce une surveillance dont l'ampleur dépasse largement le cadre d'un délit de presse : géolocalisation téléphonique sur trois mois, exploitation de l'agenda, recherches auprès d'Air France. Des investigations que Brengarth qualifie de "totalement disproportionnées", conduites sous l'autorité du parquet.
Autre point litigieux : la gestion des scellés. Les procès-verbaux mentionnent la présence de 3-MMC (une drogue de synthèse ) avant toute analyse en laboratoire. Or, Rima Hassan affirme avoir précisé immédiatement qu’il s’agissait de CBD légal. Cette déclaration ne figure pas dans le PV, qu’elle a refusé de signer, privant ainsi le parquet d’un élément contradictoire essentiel.
Fuites, emballement médiatique et revirement du parquet
En pleine garde à vue, plusieurs médias relaient la présence supposée de « quelques grammes de drogue de synthèse », information confirmée à l’époque par une source proche du dossier.

Mais dès le 4 avril, les analyses toxicologiques se révèlent négatives. Le 9 avril, l’enquête pour détention de stupéfiants est classée sans suite. Entre-temps, l’image publique de l’élue est atteinte, dans un contexte politique déjà tendu.
L'enquête ne s'arrête pas au commissariat. Le Canard Enchaîné affirme que Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice, a échangé avec plusieurs journalistes pendant l'audition, discutant en temps réel du contenu de la garde à vue. Straub-Kahn dément, porte plainte pour diffamation.

Gérald Darmanin, lui, saisit l'Inspection générale de la justice — geste d'apaisement ou opération de contrôle des dégâts ? Une enquête pour violation du secret de l'enquête avait déjà été ouverte dès le 3 avril, soit le lendemain des faits.
Dans cette affaire, les rapports de force sautent aux yeux : un parquet sous pression politique, une police prompte à qualifier sans preuve, des fuites qui discréditent avant tout jugement, et les médias alimentés par des sources anonymes. Au centre, une élue dont la présomption d’innocence apparaît fragilisée.
