Requiem pour le sarkozysme (2001-2021)

Requiem pour le sarkozysme (2001-2021)


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En accordant un entretien au Point sur "La France et son passé", Nicolas Sarkozy révèle surtout qu'il est devenu un homme du passé. Depuis sa défaite de 2012, qu'il n'a jamais voulu analyser, l'ancien président pèse sue le destin de la droite, qui n'ose pas briser le sortilège du "sarkozysme", stratégie désormais perdante. Il est temps de tourner la page. Pour avoir la version complète de cet article et bien d'autres analyses, abonnez-vous à ma lettre "Les Droites de Husson"

L’épopée d’un candidat en phase avec l’électorat

Il y a vingt ans, personne ne pariait sur la réélection de Jacques Chirac, engagé dans la dernière année d’une cohabitation avec Lionel Jospin qui avait commencé en 1997. C’est alors que Nicolas Sarkozy, qui avait fait campagne pour Edouard Balladur en 1995, se réconcilia avec Jacques Chirac et lui conseilla de faire une campagne aussi à droite – en parlant de sécurité – qu’il avait fait une campagne à gauche en 1995 – en parlant de fracture sociale. On connaît la suite: Jacques Chirac arrivant en tête au premier tour mais, surtout, Jean-Marie Le Pen devançant d’une courte tête Lionel Jospin. Jacques Chirac, réélu triomphalement au second tour, confia le ministère de l’Intérieur à Nicolas Sarkozy. Et ce dernier entama une course de fond, qui devait le mener à la victoire en 2007. Insécurité, immigration, libération des forces entrepreneuriales, réhabilitation du travail. C’est avec un programme résolument de droite que le candidat Sarkozy dépassa 30% des voix au premier tour et fut élu avec 53% des voix au second tour. Le plus important: au premier tour, le candidat de la droite UMP avait pris un million de voix à Jean-Marie Le Pen par rapport à son score de 2002, le faisant passer de 4,8 à 3,8 millions de voix au premier tour. C’était à la fois beaucoup et peu. Beaucoup car cela prouvait qu’il était possible d’entamer le bloc de l’électorat lepéniste. Peu car cela ne faisait qu’entamer un réservoir électoral du Front National, très stable à travers les décennies: 4,4 millions de voix pour Jean-Marie Le Pen en 1988; 4,6 millions en 1995; 4,8 millions en 2002; 3,8 millions en 2007.

L’ouverture aurait dû être…à droite

Pourtant, au lieu de faire une ouverture à droite, pour débaucher les cadres du Front National et disposer d’auxiliaires loyaux sur l’immigration et l’insécurité, Nicolas Sarkozy fit à peine élu, en 2007, une ouverture à gauche – comme tous les présidents de droite depuis Giscard. Sarkozy, à peine élu à l’issue d’une campagne fièrement de droite, capable de rassembler ces trois droites identifiées par René Rémond (légitimiste, bonapartiste, orléaniste) que l’on pourrait appeler aussi conservatrice, gaulliste et libérale. Mais cela s’effondra très vite. Comment voulez-vous mener une politique de droite quand vous nommez Bernard Kouchner, Martin Hirsch, Jean-Pierre Jouyet, Fadela Amara, Dominique Strauss-Kahn, Didier Migaud, Michel Charasse à des postes-clé? Comment vous étonner ensuite que les serviteurs loyaux de la politique présidentielle en matière d’immigration soient réduits à l’impuissance? Maxime Tandonnet a raconté dans son passionnant journal des quatre années qu’il a passées à l’Elysée, comment il avait eu le sentiment d’être progressivement réduit à l’impuissance. Le candidat Sarkozy qui avait annoncé la fin du règne de l’idéologie de 1968 et son « monde sans frontières » s’était transformé en quelques jours en président entouré de soixante-huitards. Comment s’étonner que j’aie entendu si souvent, à l’époque, des membres de l’UMP, des conseillers de cabinet, me dire en baissant la voix: « Vous savez, sur l’immigration, il faut garder le président de ses propres démons ». Alors qu’il aurait fallu se préoccuper de garder au président ses électeurs ! Non par simple intelligence électorale mais par intérêt bien compris pour le pays. Durant cinq ans, on a freiné mais non stoppé l’immigration. (…) 

Des droites incapables de sortir du sarkozysme (2012-2021)

Nicolas Sarkozy a perdu, en 2012, le million d’électeurs qu’il avait pris au Front National en 2007. Il a perdu….d’un million de voix une élection présidentielle qu’il n’avait pas le droit de perdre face à un candidat aussi falot que François Hollande. Et pourtant, paradoxalement, la droite n’arrive toujours pas, près d’une décennie plus tard, à se débarrasser du sarkozysme. Depuis la défaite du président sortant en 2012, la droite UMP devenue LR n’en finit pas d’agoniser avec son champion terrassé. Personne n’a osé briser le sortilège. Il aurait suffi de dire que l’on avait perdu parce que l’on n’avait pas tenu les promesses faites à une partie de l’électorat de droite. Mais on notera bien que Marine Le Pen ne réussit pas non plus à sortir de l’ombre portée du sarkozysme ! Après les 6,4 millions de voix obtenues au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 et face à une droite UMP sonnée, l’union des droites était une stratégie naturelle et gagnante. C’était la stratégie prônée dès 2012 par Marion Maréchal. Mais la présidente du Front National a préféré rester dans la culture de la défiance: on ne pouvait pas faire confiance à un parti qui n’avait dérobé des électeurs, en 2007, que pour les mener en bateau. Malgré ses 7,7 millions de voix du premier tour de 2017 et son incapacité à dépasser le tiers des suffrages exprimés au second tour, Madame Le Pen n’a pas entamé, dans les quatre ans écoulés une politique systématique de conviction des hauts fonctionnaires et des industriels sans lesquels elle ne pourra pas gouverner.

(…)


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