Renaissance et LREM: plus de protectionnisme qu’on ne croit


Partager cet article

La liste Renaissance de la République En Marche (LREM) et de quelques autres a longtemps fait la course en tête. Ces dernières semaines, sous l’impulsion d’une tête de liste contestée, Nathalie Loiseau, elle semble être passée, dans les intentions de vote, « derrière » le Rassemblement National. Son programme est pourtant, et contrairement aux affirmations des deux bords, loin d’être orthogonal à celui du Rassemblement National.

Dans la pratique, la liste Renaissance propose, au mal dont souffre la France, une logique de « encore plus d’Europe » là où le Rassemblement National en réclame moins. Mais sur de nombreux sujets, il est frappant de constater la proximité des deux programmes sur des sujets comme le rôle du Parlement européen.

Marché unique: un glissement certain vers le protectionnisme

Le programme de Renaissance est loin de sacrifier à un optimisme béat sur la question du marché unique. Si le principe de celui-ci est évidemment préservé, la doctrine du libre-échange (qui est tout de même au cœur du projet européen) en prend un sacré coup. Ainsi, une série de barrières réglementaires serait mise en place au sein de l’Union (avec un objectif d’harmonisation sociale et fiscale qui vise à renchérir les coûts des Etats-membres concurrents), mais aussi dans ses relations extérieures. Ainsi, un principe de réciprocité serait mis en place avec les Etats-Unis et la Chine sur les marchés publics:

Exiger la réciprocité en matière de marchés publics. On ne peut pas garder 90% de nos marchés publics ouverts aux entreprises étrangères, contre 32% seulement aux États-Unis et près de zéro en Chine.

Cette proposition appartient à un corpus disséminé, mais touffu, de nouvelles règles visant à limiter les effets de la concurrence et à protéger les produits nationaux et européens (notamment sur une base écologique).

Politique monétaire: l’approfondissement

Face aux déséquilibres de la zone euro, la République En Marche propose un approfondissement des principes en vigueur dans l’espace monétaire commun. Même si ces mesures sont à peine évoquées, leur importance ne doit pas être sous-estimée.

Ainsi, le programme propose la mise en place (illusoire compte tenu de l’opposition des autres pays) d’un budget commun. Il suggère également de transformer l’euro en monnaie de référence internationale à la place du dollar. On sait que, pour parvenir à cet objectif, il faut maintenir la conception orthodoxe de la monnaie.

Un rôle plus important pour le Parlement

De façon assez surprenante, la République En Marche présente ici des points de convergence avec le Rassemblement National. Le programme propose de donner l’initiative législative au Parlement européen et de réduire le nombre de commissaires. En soi, l’idée marque par sa convergence avec le programme national: c’est bien le rôle de la technocratie qui est ici contesté.

Immigration: une politique de lutte

Si En Marche ne propose pas la remise en cause du principe d’égalité entre habitants de l’Union, ses propositions en matière d’immigration ne sont guère plus tendres que celles du Rassemblement National:

S’appuyer sur Europol pour démanteler les réseaux de passeurs. Europol devra assécher les réseaux financiers, les priver de leurs moyens de propagande et apporter un soutien aux polices locales contre les filières.

Atteindre l’effectif de 10 000 garde-frontières et garde-côtes au sein de Frontex et renforcer ses missions et ses moyens pour lui permettre d’intervenir partout où cela est nécessaire. (…)

Rendre effectifs les retours contraints, en chargeant Frontex du rapatriement des migrants illégaux.

Là encore, une convergence se dégage entre En Marche et le RN.

Les « plus »: Europe verte et Europe de la Défense

Les particularités du programme d’En Marche tiennent aux nouveautés qu’il propose. Les marcheurs veulent faire de l’Union une « puissance verte » et ils entendent mettre en œuvre une Europe de la Défense.

Cette dernière question pourrait devenir une thème clivant dans l’Union.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

La BCE relève ses taux, l'or corrige : le point patrimonial de la semaine

La BCE relève ses taux, l'or corrige : le point patrimonial de la semaine

Par Vincent Clairmont Chaque dimanche, je passe en revue ce que la semaine a changé pour votre épargne. Cette fois : la première hausse de taux de la BCE depuis 2023, la correction de l'or, la rechute du Bitcoin, l'euro contre le dollar, les livrets réglementés avant la révision d'août, les échéances fiscales de juin, l'entrée en vigueur du datamining DAC8. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, p


Rédaction

Rédaction

Ukraine : cette guerre que nous ne savons plus lire

Ukraine : cette guerre que nous ne savons plus lire

Par Thibault de Varenne — chronique Voici bientôt quatre ans et demi que la guerre dure à l'est de l'Europe, et nous avons cessé de la comprendre. Non que les faits manquent : ils abondent. Mais nous ne les lisons plus que dans une seule langue, celle d'un camp qui ne raconte que ses espérances. Lue depuis Moscou, Pékin et New Delhi, la carte dit autre chose. Essayons, pour une fois, de la lire avec les yeux des autres. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUI


Rédaction

Rédaction

Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de Trump

Albanie : la lagune protégée offerte au gendre de Trump

Un mégaprojet à 1,4 milliard d'euros lié à Jared Kushner, gendre de Donald Trump,menace la réserve naturelle de Vjosa-Narta, sanctuaire de flamants roses sur l'Adriatique. L’île de Sazan, verrou géostratégique, complète le tableau. Le projet prévoit hôtels, villas et marina haut de gamme. Depuis le début du mois de juin, la « révolution des flamants roses » enflamme Tirana et le littoral sud. L’agence anticorruption a ouvert une enquête, sur fond de scandale impliquant déjà la vice-Première mini


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti
Photo by Norbert Levajsics / Unsplash

Bruxelles : 13 ans d'attente pour un logement social — sauf pour les amis du parti

Alors que des demandeurs modestes patientent jusqu’à 13 ans sur les listes d’attente, des dirigeants socialistes à Bruxelles orientent sciemment les attributions de logements sociaux vers leurs sympathisants et électeurs. Des messages WhatsApp fuités à Anderlecht et un audit accablant à Saint-Josse-ten-Noode lèvent le voile sur un système de favoritisme généralisé. Le gouvernement régional bruxellois vacille sous le poids de perquisitions, de quatre enquêtes du parquet et d’une commission d’enqu


Rédaction

Rédaction