Réforme des retraites : à quelle sauce Macron voudra vous manger

Réforme des retraites : à quelle sauce Macron voudra vous manger


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La réforme des retraites sera, probablement jusqu’au bout, l’Arlésienne du macronisme. Discutée dès son accession à l’Elysée, ou presque, par le « commissaire » Delevoye, adoptée au forceps en février 2020, juste avant le confinement, à l’issue d’une longue grève, mais jamais promulguée, elle embarrasse désormais l’exécutif qui doit décider ce qu’il fait de ce dossier poisseux. Une chose est acquise à ce stade : la réforme adoptée à l’Assemblée sera abandonnée en tant que telle. Faut-il ou non la remplacer par un succédané rebâti à la hâte ? Voici ce que Macron devrait logiquement faire.

La réforme des retraites, qui affleure régulièrement à la surface du débat public sans que la presse subventionnée ne s’en empare, fera peut-être son grand retour à l’automne. C’est ce qui ressort de façon sybilline des propos du Président de la République tenu lors de son passage à Martel.

Dans la pratique, on sait tous désormais que la réforme adoptée en février 2020, la fameuse réforme paramétrique qui ne devait pas faire gagner d’argent à l’Etat, mais qui a mis des millions de salariés en grève, sera abandonnée. Mais que faire à la place, s’il faut réellement agir ?

Nous faisons un point synthétique sur les perspectives plausibles qui s’offrent à Emmanuel Macron aujourd’hui.

Une réforme des retraites pour diminuer les dépenses publiques

Longtemps, Emmanuel Macron a nié que sa réforme systémique était conçue pour diminuer les dépenses publiques (élément pourtant évident et à la portée de n’importe quel benêt venu). Cette volonté de nier les évidences n’est heureusement plus de mise. Plus personne, dans l’exécutif, ne conteste qu’une réforme s’impose en urgence pour diminuer les 14 points de PIB consacrés aux revenus de remplacement versés aux anciens. Toute la difficulté, dans ce brûlot explosif, est de passer des intentions aux actes.

Une chose est sûre : si la France veut percevoir les 40 milliards € du plan de relance européen arrachés de haute lutte en juillet 2020, elle doit faire des efforts. Bruno Le Maire a déjà annoncé qu’il allait tailler les croupières des chômeurs pour gagner un peu d’argent. Mais le vrai sujet, c’est la réforme des retraites, la mère de toutes les batailles budgétaires. Les chômeurs rapporteront en effet des clopinettes (10 milliards par an au maximum, soit 0,5 point de PIB). Les retraites peuvent mécaniquement rapporter 2 ou 3 points de PIB à court terme.

Rappelons au passage que la France emprunte désormais 200 milliards € par an pour boucler ses fins de mois, soit l’équivalent de 20 mois de retraites du régime général. Ces ordres de grandeur rappellent quelques urgences passées au second plan budgétaire depuis le début de la pandémie.

Une réforme impopulaire qui n’est pas arbitrée

Depuis plusieurs semaines, l’exécutif est tiraillé entre la nécessite de réformer pour juguler l’hémorragie financière actuelle (les retraites ont affiché un déficit de 23,5 milliards en 2020) et le besoin de calmer l’inquiétude sociale qui risque de flamber si le dossier est remis sur la table. L’équipe au pouvoir compte ses faucons, comme Bruno Le Maire, partisan d’une réforme à l’automne, et ses colombes, comme le socialiste Ferrand, qui s’est enrichi grâce à la mutuelle qu’il dirigeait, selon la bonne règle hollandaise du « c’est l’Etat qui paie ».

Pour l’instant, Emmanuel Macron n’a pas arbitré sur l’opportunité de réformer avant la présidentielle de 2022 ou pas. Le tour de Gaule en cours devrait lui permettre de se forger une opinion sur la question. La France va donc vivre cette situation surréaliste de voir son principal poste de dépense publique, en déficit record, suspendu à un tour de France présidentiel qui pourrait déboucher sur une décision de réforme en urgence, tournant le dos à une réforme adoptée dix-huit mois plus tôt par le Parlement.

Il parait qu’on appelle cela la République…

Il n’est de problème qu’une absence de solution ne permette de résoudre

Quatre années de fréquentation de la psychologie complexe d’Emmanuel Macron témoigne d’une vraie difficulté à décider qui caractérise le personnage. Un travail de profiling élémentaire laisse donc à penser que le choix du président de la République sur la réforme des retraites se portera sur… l’absence de choix ! C’est le privilège de l’amateurisme revendiqué par le Président, qui le dispense d’obéir aux règles institutionnelles et politiques habituelles.

Nous parions donc sur le fait qu’Emmanuel Macron reportera la réforme des retraites à l’après 2022. Cette stratégie n’est possible que si et seulement si nos partenaires européens la partagent. Emmanuel Macron rejoindra ainsi la philosophie éternelle d’Henri Queuille, qui fut Premier Ministre de la Troisième République (cette fonction s’appelait président du Conseil à l’époque).

Scénario de repli : exonérer les fonctionnaires

Dans l’hypothèse où les épargnants allemands commenceraient à s’agacer de la passivité extrême du beau parleur Macron, très doué pour les discours fleuve, mais d’une inefficacité absolue, une piste de réforme simplifiée s’ouvrirait sans doute. Celle-ci consisterait à abandonner l’hypothèse folle d’une fusion des régimes de retraite (d’ailleurs mise en scène, mais pas en pratique, selon le Conseil d’Etat lui-même, dans la réforme de 2020) et à cantonner les réformes désagréables à la population la plus nombreuse, la plus méprisée, la plus docile (et la mieux trahie par ses syndicats) du système actuel, celle des salariés du secteur privé.

Dans ce cas de figure, la réforme est d’ores et déjà connue et écrite : elle se limitera à poursuivre la politique de report progressif de l’âge de départ à la retraite par l’allongement (tout aussi progressif) des durées de cotisation pour atteindre la retraite pleine. Dans ce scénario par défaut, deux inconnues peuvent varier : d’une part, la généralisation au secteur public (et aux « régimes spéciaux » défendus par la CGT) de cette mesure d’allongement de la durée de cotisation, d’autre part, l’intervention éventuelle d’une mesure exceptionnelle de moratoire de six ou douze mois des départs à la retraite (seule mesure qui apporte de la trésorerie immédiatement).

Nous parions sur une stratégie de blocage temporaire des retraites, avec des contraintes moindres pour les fonctionnaires qui sont les chouchous du système Macron.

Attention aux effets secondaires

Parallèlement, il est très probable que l’exécutif ne passe à la moulinette les contrats d’assurance-vie et les successions diverses et variées. On fera donc très attention au double effet-ciseau : report brutal de l’âge de la retraite et inquisition brutale sur l’épargne.

Sur tous ces points, pensez à vous abonner à partir de la semaine prochaine à la toute nouvelle Confidentielle des Stratèges qui répondra aux questions que vous pouvez vous poser sur les stratégies de placement pour faire face à ces évolutions réglementaires d’ores et déjà planifiées. Si elles n’interviennent pas immédiatement, elles seront imposées sans ménagement après les élections présidentielles.


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