Le président de la Refondation malgache, le colonel Michaël Randrianirina, a été reçu officiellement à Moscou par le président russe Vladimir Poutine. Cette rencontre intervient dans un contexte de recomposition des alliances internationales. Si les puissances occidentales saturent le terrain de l'aide au développement, Moscou souhaite investir le champ de la géopolitique pure et de la sécurité.

Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, a été reçu à Moscou par Vladimir Poutine. Cette rencontre s’inscrit dans un contexte de recomposition géopolitique mondiale. Le chef de l’État malgache revendique une diplomatie « multilatérale ». Il affirme vouloir coopérer avec tout État susceptible d’apporter des bénéfices concrets au pays. Dans les faits, la séquence moscovite marque une accélération visible du rapprochement avec la Russie.
Moscou–Antananarivo : un partenariat qui s’affiche
Arrivé à Moscou à bord d’un avion affrété par la Russie, le président malgache a officialisé un dialogue bilatéral portant sur plusieurs secteurs stratégiques. Énergie, mines, infrastructures et défense figurent au centre des discussions.Cette visite officielle marque une étape cruciale dans la redéfinition des alliances malgaches.

Durant la rencontre, le président russe, Vladimir Poutine a mis en avant la place de Madagascar dans la politique africaine de la Russie. « Madagascar est l’un des partenaires importants de la Russie en Afrique », a-t-il déclaré.

Il a aussi rappelé que l’année prochaine marquerait le 55e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, nouées en 1972. Il a souligné la stabilité et la continuité de ces liens, insistant sur leur caractère durable. Moscou propose un menu complet : agriculture, prospection géologique, énergie et santé. Au-delà de l'aide humanitaire d'urgence envoyée après les récents cyclones, c'est une coopération structurelle qui se dessine.

Une géopolitique de l'influence
L'influence russe dans la région n'est pas désintéressée. Moscou cherche des points d'ancrage dans une zone maritime stratégique. Le soutien aux causes nationalistes locales permet à la Russie de s'imposer comme le défenseur de la décolonisation inaboutie, un récit qui résonne fortement auprès de l'opinion publique malgache et des mouvements de la Refondation. Face à cela, la France et ses alliés doivent réévaluer leur posture.

C'est sur le dossier des îles Éparses que le soutien russe devient un actif stratégique majeur. En appuyant ouvertement les revendications malgaches face à la France, le Kremlin s'attaque directement au domaine réservé de Paris dans l'Océan Indien. Cette position est corrélée à la stratégie russe aux Comores, où Moscou soutient la souveraineté comorienne sur Mayotte avec l'annonce d'une future ambassade à Moroni.

Cette "arme diplomatique" offre au colonel Randrianirina un levier de négociation inédit. En s'affichant avec un membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU qui valide ses revendications territoriales, Madagascar augmente son poids spécifique face à Paris.
Par ailleurs, la présidence malgache avait déjà annoncé le lancement de formations militaires assurées par des instructeurs russes. Aucun communiqué détaillé n’a été publié par le ministère de la Défense.
Cette coopération sécuritaire marque une étape nouvelle dans la relation bilatérale.
La réaction de l'Ouest :le soft-power par le carnet de chèques
La Russie n’est pas seule en lice. La Chine poursuit ses investissements dans les infrastructures et l’énergie. L’Inde observe avec attention la stabilité de l’océan Indien.
À l’Ouest, les États-Unis maintiennent un engagement financier significatif, notamment 175 millions de dollars sur cinq ans dans le secteur de la santé. La France conserve un rôle opérationnel, en particulier après les récents cyclones.

L'envoi de sapeurs-pompiers français après le passage des cyclones Fytia et Gezani, souligne la permanence du lien historique. Les 24 et 25 février, le président malgache est attendu à Paris pour une visite officielle. Le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a évoqué un « nouveau cadre de partenariat ». Le secteur privé français reste aux aguets, espérant conserver ses positions dans une économie de plus en plus courtisée.
Madagascar ne tourne pas le dos à l'Ouest, mais il met fin à l'exclusivité, transformant l'île en un marché concurrentiel où les grandes puissances doivent désormais mériter leur influence. Pour certains observateurs, l’influence russe en Afrique apparaît comme une succession d’initiatives opportunistes que comme une stratégie cohérente, progressive et multidimensionnelle. Sécurité, appuis économiques d’urgence et action informationnelle constituent ses trois piliers. Reste à savoir si, lors de sa prochaine escale à Paris, le président malgache obtiendra des concessions équivalentes de la part de son « partenaire historique ».





