Environ 200 élus franciliens, de droite comme de gauche, auraient bénéficié à la RATP de postes à temps plein particulièrement peu contraignants, selon des révélations du Canard enchaîné. Deux plaintes ont été déposées au Parquet national financier pour faire la lumière sur ce qui pourrait, si les faits étaient établis, constituer un système d’emplois fictifs financé par des fonds publics.
L'affaire démarre le 4 août, lorsque Le Canard enchaîné révèle que Bally Bagayoko, maire (LFI) de Saint-Denis depuis le printemps, aurait cumulé pendant vingt ans mandat local et poste de cadre à la RATP, entreprise financée intégralement par l'argent public, pour un salaire mensuel avoisinant 6 000 euros. L'association AC!! Anti-Corruption, née d'une scission d'Anticor en 2021, dépose alors une première plainte contre X pour détournement de fonds publics, pour prise illégale d'intérêts et favoritisme.
De l’affaire individuelle au soupçon de système
Le dossier change d’échelle avec les révélations du 11 août : le Canard enchaîné évoquerait quelque 200 élus, de tous bords politiques, ayant bénéficié d’emplois à plein temps « pas très prenants ».

Jacques Marsaud aurait décrit un réseau d’environ 200 agents titulaires d’un mandat électif, supposés servir de relais locaux ou ministériels et bénéficiant de facilités pour exercer leur mandat.

AC!! Anti-Corruption a donc déposé une seconde plainte le 12 août, évoquant cette fois un possible « système organisé et structuré ». Le Parquet national financier confirme avoir reçu la première plainte et indique qu’elle est actuellement à l’analyse.
Une RATP sommée de dissiper le doute
La RATP dément catégoriquement les « allégations d’emploi de complaisance » et invoque la loi du 22 décembre 2025 sur la conciliation entre mandat local et activité professionnelle. Elle affirme appliquer les règles de droit commun et assure que les absences liées aux mandats locaux ne sont pas rémunérées par l’entreprise. Concernant Bally Bagayoko, elle affirme également qu’il aurait suivi les procédures de recrutement prévues.
Article du Canard enchaîné : quand le sous-entendu remplace la démonstration
— Bally Bagayoko (@BallyBagayoko) August 11, 2026
Je ne comptais pas répondre à chaque attaque, mais le témoignage de Jacques Marsaud, ancien secrétaire général de la ville de Saint-Denis puis ancien dirigeant de la RATP, mérite d'être connu de toutes… pic.twitter.com/BxShE7ve9D
Manuel Bompard , coordinateur national du parti LFI, dénonce un acharnement contre Bally Bagayoko, le seul à être cité parmi les 200 agents de la RATP qui seraient concernés. Le problème politique reste pourtant entier : si une enquête confirmait l’existence de postes rémunérés sans travail correspondant, qui aurait décidé de les maintenir et pourquoi ? Une entreprise publique ne peut devenir, même indirectement, une machine à distribuer des sinécures politiques.

Bally Bagayoko conteste toute fraude, insiste sur un recrutement sur compétences et rappelle qu’un mandat n’est pas un emploi. Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités, demande "que toute la transparence soit faite sur la politique de recrutement passée et présente de la RATP."
Apres les révélations du Canard Enchaîné, je demande, en tant que présidente d’@IDFMobilites que toute la transparence soit faite sur la politique de recrutement de la RATP, passée et présente, afin de dissiper les soupçons d'éventuels emplois fictifs financés par le… https://t.co/y5Qi3D1xFt
— Valérie Pécresse (@vpecresse) August 7, 2026
À ce stade, aucune condamnation n’existe et la présomption d’innocence doit être pleinement respectée. Pour autant, que l’enquête du PNF confirme ou infirme, le simple soupçon révèle l’opacité d’un système où droite et gauche se retrouvent alliées dans la défense d’avantages publics.


