Alors que la Facilité pour la reprise et la résilience arrive à échéance le 31 août 2026, 283 milliards d’euros restent à engager sur les 650 initialement prévus. Seuls 367 milliards ont été versés depuis décembre 2020 et à peine 40 % des jalons sont atteints. Tony Murphy, président de la Cour des comptes européenne, alerte : la pression du calendrier multiplie les erreurs. Dans le même temps, 14 milliards d’irrégularités constatées entre 2014 et 2022 peinent toujours à être récupérés.
Créée en 2020 au cœur de NextGenerationEU, la Facilité de reprise et de résilience (FRR) repose sur une logique inhabituelle : les États ne sont pas remboursés simplement sur présentation de factures, mais en fonction de « jalons » et d’objectifs atteints. Son enveloppe initiale atteint environ 650 milliards d’euros, sous forme de subventions et de prêts. À l’automne 2025, quelque 367 milliards avaient été décaissés. La Commission européenne reconnaissait elle-même la nécessité d’accélérer fortement l’exécution pour respecter l’échéance d’août 2026.
Une course contre la montre organisée par Bruxelles
C’est précisément cette pression temporelle qui pose problème. Car dépenser vite n’est pas synonyme de dépenser efficacement. Plus les administrations nationales approchent de la date butoir, plus la tentation est forte de privilégier les projets immédiatement exécutables plutôt que les investissements les plus pertinents.
La Cour des comptes européenne a déjà relevé, dans ses travaux sur la FRR, des faiblesses dans les contrôles des marchés publics et des aides d’État. En 2026, elle a également constaté que l’ampleur réelle de la fraude affectant la FRR ne pouvait pas être correctement estimée.
Le précédent est particulièrement embarrassant. Entre 2014 et 2022, la Commission a recensé 14 milliards d’euros de dépenses irrégulières, incluant des cas de fraude mais aussi des dépenses ne respectant pas les règles européennes. En 2022, le taux d’erreur sur les dépenses budgétaires atteignait 4,2 %.
Un système sans sanction réelle
Sanctionner après coup ne semble guère urgent. La Cour estime qu’il faut généralement 14 à 23 mois entre la fin d’une activité financée et l’émission d’un ordre de recouvrement, auxquels peuvent encore s’ajouter plusieurs mois pour récupérer effectivement les sommes. Pour certains programmes extérieurs, les procédures sont particulièrement longues.
Jorg Kristijan Petrovič, membre de la Cour, l’a rappelé : l’incapacité à récupérer rapidement l’argent mal dépensé mine la confiance des citoyens. Pourtant, entre 75 % et 90 % des ordres de recouvrement finissent par être réglés… après des retards considérables. Aucune sanction politique ne frappe les capitales qui ont gaspillé. Aucune réforme structurelle n’est vraiment exigée en échange des nouveaux versements. Le commissaire au Budget, lui, demande déjà d’augmenter le budget européen et de lier plus strictement les paiements à des « réformes ».
À Bruxelles, l’urgence est de ne pas perdre l’enveloppe. On crée des enveloppes géantes à date butoir, on force la dépense, on constate les gaspillages, on met des années à récupérer une partie de l’argent, puis on réclame encore plus de fonds. La France, contributeur net, continue de financer cette machine. Chaque milliard engagé sous la pression du calendrier est un milliard de moins pour la souveraineté budgétaire nationale. Une politique publique sérieuse commence par une question simple : à quoi sert l’argent ? Pas par celle-ci : combien reste-t-il à caser ?
