Janvier 2026 restera gravé dans les annales comme le mois du « grand désenchantement ». En l'espace de trois semaines, une succession de décisions bruxelloises a fracassé le mythe de l'Europe protectrice pour laisser place à la réalité d'une Europe prédatrice.

Le « bloc central », cette alliance hétéroclite qui gouverne la France en s'accrochant au dogme fédéraliste européen comme une huître à son rocher, se trouve aujourd'hui face à une équation impossible. La défense, le commerce et l'énergie – les trois piliers régaliens de toute souveraineté – viennent de subir un triple choc. Si l'on ose poser la calculatrice sur la table et faire abstraction des incantations lyriques sur le « couple franco-allemand », le constat est terrifiant : le coût marginal de notre appartenance à l'Union européenne est désormais supérieur à son bénéfice.
L'arnaque du prêt ukrainien : financer notre propre vassalisation
Commençons par le dossier le plus spectaculaire : la défense. L'Union européenne, dans un élan présenté comme héroïque, a validé ce mois-ci un plan de prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine pour la période 2026-2027. La mécanique financière est habile : une dette commune, garantie par les États membres, dont le remboursement est hypothétiquement gagé sur des réparations russes que Moscou ne paiera probablement jamais. En clair, c'est le contribuable européen, et singulièrement français, qui apporte sa caution.

Jusqu'ici, la logique de solidarité peut s'entendre pour les aficionados de l'oligarque ukrainien enrichi sur le dos de son peuple. Mais le diable se niche dans l'exécution. La France, dans un sursaut de lucidité tardif, a tenté d'imposer une conditionnalité stricte à ce prêt : l'argent emprunté par l'Europe devait servir à acheter des équipements produits en Europe. C'est le b.a.-ba de toute politique industrielle. Les Américains le font (Buy American Act), les Chinois le font. Mais pour l'Europe? C'est une hérésie.
Regardons la facture. Notre contribution nette au budget de l'UE explose pour atteindre près de 29 milliards d'euros en 2026, une hausse de 25 %. Pour quel retour sur investissement? Une croissance anémique prévue à 0,7 %, bien loin du dynamisme américain ou asiatique. Le « Marché Unique », cet eldorado promis, fonctionne désormais comme une pompe aspirante : il ouvre notre marché intérieur à la concurrence allemande et espagnole, tout en nous empêchant de protéger nos secteurs stratégiques.
La réponse de nos « partenaires » a été cinglante. L'Allemagne, les Pays-Bas et le Danemark ont torpillé la clause de « préférence européenne ». Leur argumentaire, d'un cynisme absolu, consistait à dire que l'industrie européenne n'était pas capable de livrer assez vite les missiles et les défenses antiaériennes requis. Résultat : une brèche béante a été ouverte. Sur ces 90 milliards, une part colossale – les Pays-Bas ont même exigé un fléchage explicite de 15 milliards – partira directement gonfler le chiffre d'affaires du complexe militaro-industriel américain.

Le contribuable français se retrouve donc dans une situation de « dindon de la farce » historique : il s'endette pour subventionner les chaînes de production de Lockheed Martin et de Raytheon, finançant ainsi les économies d'échelle de ses concurrents directs. Pendant ce temps, nos champions nationaux (Dassault, MBDA, Thales) regardent passer le train, ramassant les miettes d'un festin qu'ils ont pourtant cautionné. C'est une double peine : nous payons la dette, et nous finançons le déclassement technologique de notre propre industrie de défense au profit d'une vassalisation accrue envers l'OTAN.
Mercosur : le sacrifice rituel de la ferme France
Pendant que nous signons des chèques en blanc à l'Amérique pour notre propre défense, Bruxelles organise méthodiquement la liquidation de notre agriculture. Le 9 janvier 2026 marque une date noire : la validation par le Conseil de l'UE de l'accord commercial avec le Mercosur.

Ici encore, la manœuvre institutionnelle est révélatrice du mépris dans lequel la Commission tient les démocraties nationales. Sachant que la France s'y opposerait, Bruxelles a opté pour la « scission » du traité, isolant le volet commercial pour le faire passer à la majorité qualifiée et contourner le veto de Paris. La France a voté contre, certes, mais elle a perdu. Son influence politique est devenue si spectrale qu'elle ne peut plus protéger ses intérêts vitaux.
Le marché conclu est d'une limpidité brutale : « Viandes contre Voitures ». Pour comprendre cet accord, il suffit de lire les communiqués de l'Association de l'industrie automobile allemande (VDA). Ils exultent. L'accord supprime les droits de douane de 35 % sur les voitures et de 14 à 18 % sur les pièces détachées vers l'Amérique du Sud. C'est une bouffée d'oxygène vitale pour Mercedes et Volkswagen, en difficulté sur le marché chinois.
Mais qui paie la facture de ce cadeau fait à l'industrie allemande? Les éleveurs français. En contrepartie, l'Europe ouvre ses portes à 99 000 tonnes de bœuf et 180 000 tonnes de volaille sud-américaine par an, à des taux de douane réduits ou nuls. Il ne s'agit pas de n'importe quelle viande, mais de pièces nobles (aloyau) qui concurrencent directement la rentabilité de nos races à viande (Charolais, Limousin).

Le gouvernement tentera de nous vendre les fameuses « clauses miroirs » comme un bouclier. C'est une fable pour enfants. Juridiquement fragiles, techniquement incontrôlables, ces clauses sont inapplicables. Comment vérifier le respect des normes environnementales au fin fond du Mato Grosso quand l'UE peine déjà à faire respecter ses propres règles à ses frontières? L'agriculteur français, asphyxié par les normes que ce même bloc central lui impose, est livré en pâture à une concurrence déloyale pour sauver la balance commerciale de Berlin. C'est un transfert de richesse inversé : on sacrifie le monde rural français pour sauver l'ouvrier de Stuttgart.

L'électricité : la spoliation de la rente nucléaire
Enfin, le troisième acte de cette tragédie se joue sur nos factures d'électricité, et il est peut-être le plus pernicieux car il touche directement le pouvoir d'achat de chaque ménage et la compétitivité de chaque usine.
La France possède un trésor : son parc nucléaire. Avec une disponibilité retrouvée de 56 GW en ce début 2026 et un coût de production complet autour de 60 €/MWh, nous devrions jouir de l'électricité la moins chère d'Europe. Dans un monde rationnel, cet avantage compétitif servirait à réindustrialiser le pays. Mais dans l'Europe du bloc central, c'est interdit. Au nom de la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée », nous restons arrimés à un marché européen dysfonctionnel où le prix est marginalement dicté par le gaz et le charbon.
Le nouveau mécanisme de régulation « post-ARENH », entré en vigueur ce 1er janvier, est une usine à gaz technocratique conçue pour échouer. Les seuils de déclenchement de la taxation de la rente nucléaire ont été fixés à des niveaux si élevés (78-80 €/MWh) que le mécanisme de redistribution ne se déclenche pas actuellement. Résultat : alors que les coûts de production d'EDF sont bas, le consommateur français continue de payer un prix de marché « contaminé » par les coûts énergétiques de nos voisins.
Pire, nous exportons massivement notre électricité décarbonée (92 TWh en 2025) pour soutenir le réseau allemand, fragilisé par sa sortie idéologique du nucléaire et l'intermittence de ses éoliennes. L'Allemagne bénéficie de la stabilité de notre réseau sans en payer le prix réel, tout en nous refusant le droit de financer notre futur nucléaire avec des mécanismes d'État protecteurs. La France subventionne la transition énergétique ratée de son voisin tout en s'interdisant de jouir de son propre avantage comparatif. C'est une aberration économique qui confine au suicide industriel.

Le bilan comptable de la servitude
Il faut cesser de se payer de mots. La mécanique européenne, telle qu'elle fonctionne en ce début 2026, n'est plus un multiplicateur de puissance pour la France. Elle est devenue une machine à transférer notre richesse.

Regardons la facture. Notre contribution nette au budget de l'UE explose pour atteindre près de 29 milliards d'euros en 2026, une hausse de 25 %. Pour quel retour sur investissement? Une croissance anémique prévue à 0,7 %, bien loin du dynamisme américain ou asiatique. Le « Marché Unique », cet eldorado promis, fonctionne désormais comme une pompe aspirante : il ouvre notre marché intérieur à la concurrence allemande et espagnole, tout en nous empêchant de protéger nos secteurs stratégiques.
L'argument pavlovien du « coût de la non-Europe » ne tient plus face au « coût de l'Europe réelle ».
- Est-il rentable de payer pour une Europe qui achète des armes américaines? Non.
- Est-il rentable de payer pour une Europe qui détruit notre élevage bovin? Non.
- Est-il rentable de payer pour une Europe qui aligne notre prix de l'électricité sur celui du gaz? Non.
Le « couple franco-allemand » est une fiction érotique pour technocrates parisiens en mal d'imagination. La réalité, c'est une Allemagne qui défend férocement ses intérêts – quitte à briser l'agriculture française ou à acheter américain – et une France dirigée par une élite qui préfère le confort des salons bruxellois à la défense de ses intérêts vitaux.
Nous sommes entrés dans l'ère des rendements négatifs. Chaque nouvelle étape d'intégration européenne se fait désormais au détriment direct de la substance nationale française. Le bloc central, enfermé dans son logiciel dépassé, refuse de voir que le roi est nu. Mais les Français, eux, sentent chaque jour un peu plus le poids de cette facture exorbitante. Quand la facture dépasse le bénéfice, en affaires comme en politique, il n'y a que deux solutions : renégocier le contrat de fond en comble, ou le résilier. Continuer à payer en souriant n'est plus une option, c'est une trahison.






