Pourquoi augmenter les salaires tuera l’économie


Partager cet article

Officiellement, il faut augmenter les salaires pour « relancer » l’économie. Cette idée est dans toutes les têtes. Petit problème : toute relance de la consommation, ce qui constitue l’objectif final des hausses salariales, se traduit par une dégradation de notre commerce extérieur. Les Français aiment acheter, en effet, mais surtout des produits étrangers. Ou comment appauvrir nos entreprises pour enrichir celles des autres…

Augmenter les salaires… l’idée formidable trotte dans les têtes autour d’Emmanuel Macron. Elle constitue d’ailleurs le point programmatique essentiel du MODEM, qui soutient la majorité marcheuse en plein effritement. Dans l’imaginaire collectif, les salaires sont bas, trop bas, surtout dans nos petites entreprises. Il suffit donc de les augmenter pour relancer la machine. Voici pourquoi cette conviction est inepte.

Augmenter les salaires ? Vraiment ?

Il faut augmenter les salaires. Pourquoi ? Parce qu’ils sont trop bas, pardi, et les patrons trop riches. Comme le dit Patrick Mignola, dans l’absurde interview que nous citons par ailleurs, « la sur-rémunération du capital a conduit à des injustices notoires, en particulier pour tous les métiers du “faire”, les travailleurs qui étaient en première ligne durant la crise sanitaire ». Sous prétexte que les entreprises du CAC 40 versent des dividendes, et que les infirmiers des hôpitaux publics sont mal payés, le boulanger du coin va donc devoir passer à la caisse… Voilà qui est particulièrement cohérent.

Sauf que cette théorie, qui vise à imposer la participation et l’intéressement dans les entreprises de moins de 50 salariés dès le 1er janvier 2021, ne repose sur aucun élément de preuve selon lesquelles les patrons des petites entreprises se gaveraient sur le dos de leurs salariés mal payés.

Mais on n’est évidemment plus à ce genre de détail près.

« La reprise de la consommation est une bonne chose, évidemment, mais cela se traduit par une hausse des importations, alors que la France a plus de difficultés à augmenter ses exportations du fait de sa spécialisation industrielle, notamment dans l'aéronautique »   

Alain Bentejac, Commerce Extérieur

Où ira l’argent des salaires augmentés ?

L’idée dominante est simple : on augmente les salaires, ce qui permet aux gens de consommer, ce qui relance la machine économique. Cette idée vieille comme le parti socialiste permet en plus d’être copain avec les syndicats et, à l’approche des élections, de se ménager la sympathie des électeurs salariés.

Son seul problème est qu’il s’agit d’une carabistouille qui ne marche pas. Car la consommation augmentera avec les salaires (pour ceux qui continueront à en percevoir un, bien entendu). Mais cet argent ne profitera pas aux entreprises françaises. Il profitera essentiellement aux fabricants de téléphones portables, d’ordinateurs, d’objets connectés, c’est-à-dire aux entreprises chinoises, ou américaines.  Mais les Français n’achèteront pas plus de baguettes chez leur boulanger, et partiront en vacances à l’île Maurice, plutôt qu’en Bretagne avec un TGV qui s’arrête pendant plusieurs heures en rase campagne sous le soleil.

Augmenter les salaires, c’est tuer la balance commerciale

Si certains doutaient de ce mécanisme économique évident, nous leur conseillons de consulter les statistiques officielles de la balance commerciale pour le deuxième trimestre 2020, au demeurant largement relayées par la presse. Elles montrent que les importations ont explosé depuis le confinement. Pourquoi ? Parce que les Français ont épargné beaucoup d’argent, et l’ont surtout utilisé pour acheter des produits étrangers.

Mécaniquement, donc, toute augmentation de la consommation se traduit par une dégradation de nos échanges avec nos partenaires.. Surtout… l’argent des salaires profite aux entreprises étrangères (allemandes, chinoises, japonaises, américaines), et non à nos propres entreprises.

Tendanciellement, la relance par la consommation comportera donc plus d’inconvénients que d’avantages. Et même beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages.

Merkel récoltera les fruits de Macron

Alors que la balance commerciale française s’effondre, la balance commerciale allemande est dopée. L’excédent commercial allemand a atteint les 15,6 milliards d’euros en juin, contre 7,1 milliards le mois précédent. La production industrielle a, elle, crû de 8,9% lors du même mois, battant le consensus de +8,1%, après +7,4% (révisé de +7,8%) en mai. La hausse de la consommation en France enrichit l’Allemagne !

Un remake de la gauche mitterrandienne ?

En prônant une relance par la consommation, la majorité actuelle fait plaisir (du moins le pense-t-elle aux électeurs) en annonçant une distribution massive d’argent. Mais elle agite le vieux fantasme économique que François Mitterrand avait déjà mis en pratique au début des années 80, avec les catastrophes que l’on sait.

Assez rapidement en effet (mêmes causes, mêmes effets), la balance commerciale s’était effondrée, et la gauche avait dû dévaluer. Rappelons que, entre 1981 et 1983, Mitterrand a dévalué trois fois le franc pour corriger nos déséquilibres extérieurs. Macron s’apprête, pour des raisons électoralistes, à entrer dans la même voie.

Vers un choc économique à long terme

Augmenter les salaires rapportera peut-être des voix aux élections. Ce gain sera permis par l’euro, qui ne sera pas dévalué, puisqu’il sert de monnaie de compensation aux échanges franco-allemands. Mais cette décision, qui sera funeste pour des entreprises dont les marges sont en berne et dont l’activité est sinistrée par la crise profonde que nous traversons, appauvrira l’ensemble du pays pour de nombreuses années.

Bel exemple d’arbitrage court-termiste où la politique tue l’économie.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Comment Hollywood a servi à construire le mythe d'une victoire américaine sur l'Allemagne en 45

Comment Hollywood a servi à construire le mythe d'une victoire américaine sur l'Allemagne en 45

Dès mai 1946 (et après l'éviction du général De Gaulle...), les USA obtiennent du nouveau chef de la délégation française à l'ONU... Léon Blum (persécuté pendant la guerre parce que Juif), des accords qui industrialisent la diffusion de films américains dans les salles françaises. Pourquoi un tel empressement ? Une nouvelle guerre commence, culturelle, pour imposer un narratif dont Donald Trump a expliqué, à Davos, la logique ultime. Il aura fallu attendre janvier 2026, et la brutalité sans fil


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Le vrai rôle des USA dans la défaite allemande de 45, par Thibault de Varenne

Le vrai rôle des USA dans la défaite allemande de 45, par Thibault de Varenne

Friand de vérités alternatives, Donald Trump a profité du sommet de Davos pour répéter un truisme : les USA auraient libéré l'Europe et vaincu l'Allemagne en 1945. Voilà qui est vite dit. Thibault de Varenne corrige ici cette carabistouille historique. En janvier 2026, le Forum Économique Mondial de Davos, réuni sous le thème ironiquement optimiste de « L'Esprit de Dialogue », est devenu le théâtre d'une fracture transatlantique renouvelée. Le retour de Donald J. Trump à la présidence des États


Rédaction

Rédaction

Macron, Gims et les lunettes noires : quand la communication spectacle remplace l’action

Macron, Gims et les lunettes noires : quand la communication spectacle remplace l’action

L’image a fait le tour des réseaux : Gims et Emmanuel Macron, lunettes de soleil assorties, posent à l’Élysée avant le Gala des Pièces Jaunes. Un cliché soigneusement calibré, pensé pour buzzer, commenté jusqu’à l’international. Mais à force de jouer au « dur à cuire », Macron ne frôle-t-il pas le ridicule politique ? Ce jeudi 22 janvier, l’Élysée s'est transformé en plateau de tournage. Entre Gims et A$AP Rocky, Emmanuel Macron a multiplié les poses « street-crédibles », lunettes d'aviateur vi


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'humeur de Veerle Daens : le monde court, l’hémicycle trottine. Chronique d’un vertige français

L'humeur de Veerle Daens : le monde court, l’hémicycle trottine. Chronique d’un vertige français

La France, en ce début d’année 2026, nous offre un spectacle malaisant, entre le bouffon et le pathétique. Tandis qu’à l’échelle du globe, les plaques tectoniques de la puissance se déplacent à une vitesse qui donnerait le mal de mer à un amiral, tandis que l’intelligence artificielle ne se contente plus de coder mais commence à décider, et que le climat nous envoie des factures que personne ne sait plus payer, Paris, elle, reste fidèle à son premier amour : elle-même. Le grand dehors : un


CDS

CDS