Paris, cité interdite : et voici le mois du bonheur (jour 1)

Paris, cité interdite : et voici le mois du bonheur (jour 1)


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En famille, nous avons décidé que ce mois de confinement qui s'ouvre serait un mois de bonheur au milieu de la tempête. Je vous livre  le récit de cette traversée sous forme de journal quotidien. En voici le premier épisode.

À la différence des autres jours, le réveil ne sonne pas ce matin. Nous ouvrons notre première journée hors du temps habituel et surtout hors de l’espace. Pour échapper à l’épidémie, nous devons nous confiner.

L’histoire ne manque pas de piquant. En 1348, lorsque la peste avait frappé, ceux qui avaient voulu y échapper s’étaient réfugiés à la campagne. D’où de superbes romans comme le Décameron de Boccace. Aujourd’hui, nous devons rester.

On entend toutefois plusieurs de nos amis affirmer qu’ils vont partir à la campagne. Paris va devenir invivable dans ce confinement. Nous écartons cette solution à ce stade. Nous devons continuer à travailler, et je ne souhaite pas m’éloigner de la tombe de Max. Alors on reste.

L’éducation des enfants

Il faut occuper Astrée, et continuer à la maison l’enseignement du cours préparatoire. J’ouvre le bal en proposant de faire ce qu’elle ne fera pas à l’école : l’histoire des Francs et de la Lotharingie, si chère à mon coeur. Nous commençons par resituer le sujet en abordant l’histoire de la Gaule et des Celtes, toutes choses désormais quasi-interdites dans les programmes scolaires.

J’aimerais qu’elle comprenne, à la fin du mois, pourquoi la France est un pays si compliqué.

Les entreprises ne vont pas bien

À 11h30, j’avais prévu une réunion vidéo avec un président de section du tribunal de commerce. Celui-ci ferme, de fait. La vie des entreprises est suspendue. L’homme envisage de quitter Paris et de s’installer à la campagne le temps que tout cela cesse. Personne ne sait combien de temps va durer l’épidémie ni le confinement. Je le sens à la fois détaché et inquiet.

Nous tombons d’accord : pour l’économie, l’épreuve sera terrible. Le monde de l’après coronavirus ne sera pas celui d’avant.

Premières files d’attente devant les magasins

Je téléphone en marchant. Je voudrais faire un dernier ravitaillement, et voir si je peux encore trouver quelques bouteilles de vin agréables. Je rêve de stocker quelques bouteilles de coteaux de Gien que j’ai repérées.

Devant tous les supermarchés, des files d’attente se coagulent. Les gens respectent les distances de sécurité, ce qui donne le sentiment d’une attente interminable. Paris a désormais des airs de Pologne sous Jaruzelski. On passe de l’abondance à la pénurie en deux ou trois jours, et on ne sait si on finira en disette généralisée.

Je trouve un magasin un peu moins bondé. Beaucoup de rayons ont été vidés. Il reste moins de cinq kilos de pâtes, je pense, et l’essentiel des boîtes de conserve est parti.

Les traders s’inquiètent

Discussion par Internet avec un trader bloqué au Maroc. Il travaille pour une grande banque française. Il ne trouve pas d’avion pour rentrer de ses congés, et pendant qu’il n’est pas là, le monde boursier s’effondre.

Je le sens angoissé. Il parie sur une perte prévisible d’encore 30% des marchés, ce qui serait la fin d’un monde. Il espère pouvoir rentrer en France. Au Maroc, les Français commencent à être mis en quarantaine, et le pays ferme ses commerces.

Désastre politique et électoral

Je reçois l’appel d’un cadre africain qui fait un tour d’horizon avec moi. La situation lui paraît mauvaise, comme à tout le monde. Conviction partagée que ce qui se prépare est un changement brutal de monde. Macron a perdu les élections, et il perd le contrôle de la situation dans le pays. Qu’en sortira-t-il ?

Le patronat de province se sent seul

Un représentant patronal de province m’appelle. Dans sa région, c’est la fin du monde. Les frontières ferment. La maladie progresse. Mais il est loin et les états-majors parisiens ne s’y intéressent guère. À Paris, seul compte l’avenir des banques et parfois de l’automobile. Le reste est portion congrue.

Le plus dur, c’est la solitude face aux problèmes. Moi-même, qui suis patron de province, au fond, j’en ai pris mon parti. Pour vivre heureux, vivons cachés. Mais les élites parisiennes sont tout entières occupées à résoudre leurs problèmes, sans considération pour ceux des autres.

Interview pour Russia Today

Je devais faire un direct à la radio pour parler des municipales, mais il tombe à l’eau. L’assistance de production me prévient assez tôt, et m’indique qu’elle se réjouit de voir le monde ancien s’effondrer. Je partage sa joie, même si je n’ignore pas que des heures difficiles se préparent. Je n’en peux plus de ce vieux système qui tourne en rond. La violence de la transformation sera à la mesure du retard pris dans son démarrage.

Russia Today me demande d’intervenir depuis mon salon sur le discours à venir d’Emmanuel Macron, prévu à 20 heures. J’accepte, convaincu que le Président va annoncer le confinement et le report du deuxième tour des élections municipales. Je fais un passage sur les réseaux sociaux où je m’aperçois que la tension est maximale entre les « pour » et les « contre ». Pour ou contre quoi ? Tout sujet divise, quoiqu’il arrive, même les plus anodins.

Macron ne tranche pas

Finalement, Macron ne tranche pas. Il restreint les déplacements, mais il ne confine pas. Il fait des reproches aux Français sur leur manque de discipline, mais il ne leur en donne aucune qui soit claire.

Le choc dans les hôpitaux

Contact avec un interne en réanimation. La situation se tend dans les hôpitaux. Les malades affluent. Il faut trier ceux que l’on veut sauver, et ceux qui mourront. Sentiment d’une distance infinie entre les déclarations officielles et la réalité qu’il vit dans son hôpital.

On sent bien qu’on est au début de quelque chose…

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