Par Eric V.
Le 2 juin, à Biarritz, Nikita, 17 de moyenne, reçoit vingt-huit refus. Le 26 octobre, un ministre déclare la lettre de motivation « obsolète ». Au Sénat, son collègue regrette « le procès d'un outil ». Les explications aux refusés, elles, sont promises pour 2027.
Le 2 juin 2026, Nikita ouvre Parcoursup. Il a dix-sept ans, il est en terminale au lycée André-Malraux de Biarritz, il a 17 de moyenne avec les spécialités mathématiques et physique-chimie, il parle quatre langues et il apprend Python. Il vise une prépa MPSI. Il a fait les portes ouvertes, adapté ses lettres de motivation, payé des cours particuliers. L'écran affiche vingt-huit refus.
Dans le même article, une mère, Émilie, dont la fille Katya vit la même chose, a cette phrase : « C'est toute l'aberration du système. » Le vice-président de la FCPE, Grégoire Ensel, décrit des élèves « travailleurs, impliqués, respectueux des consignes ».
Respectueux des consignes. Retenez ces trois mots, ils vont resservir.





Ceux qui avaient tout fait
À Auch, Gaël, en terminale au lycée de Beaulieu, veut une licence STAPS à Toulouse. Il a passé le BAFA, puis le BNSSA, et il a réussi le test de prérequis. Le 3 juin, ses cinq vœux sont en liste d'attente. « En croisant les doigts, ça peut passer », confie-t-il à L'Étudiant. Il se disait presque sûr d'obtenir un DEUST, faute de la licence visée, et il a déjà démarché des salles de sport pour un BPJEPS en alternance, hors plateforme. Gaël n'a pas attendu l'État pour se trouver une issue. Il a seulement appris, à dix-sept ans, qu'un dossier complet se joue les doigts croisés.
Diane, dix-sept ans, a sept vœux en attente. Ses parents envisagent une école privée de sciences politiques à 8 000 à 10 000 euros l'année, pour un bachelor que le ministère ne reconnaît pas. Son père, Denis Taverne, à franceinfo : « On pourrait mettre le prix s'il le faut. » Le privé compte aujourd'hui quelque 790 000 étudiants, contre 490 000 en 2015, selon la même enquête. La file d'attente publique a trouvé son guichet payant.
Le 11 juillet, à la clôture de la phase principale, 126 632 candidats n'avaient reçu aucune proposition, plus d'un sur six. Le même jour, 83 000 places restaient vides. Nikita avait payé des cours, Gaël avait passé deux brevets, Diane avait formulé sept vœux. Aucun de ces gestes n'a pesé le jour des résultats.
Les mots du parti de l'ordre
Qu'a-t-on répondu à ces familles ? Le 7 octobre, sur BFM, le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a visé les responsables qui proposent de supprimer la plateforme, « plutôt des extrêmes d'ailleurs », lesquels « prennent vraiment les lycéens pour des truffes ». Le 14 octobre, au Sénat, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a concédé que Parcoursup pouvait être vécu comme un « couperet », puis regretté que « tout le monde fasse actuellement le procès d'un outil ».
Vingt-huit refus à Biarritz, cinq listes d'attente à Auch. Au Sénat, le ministre défend l'outil.
Le 26 octobre, le gouvernement a donné sa réponse de fond : 15 000 places en BTS, en IUT et en santé d'ici 2028, des secondes à 28 élèves, une nouvelle plateforme en 2028 dont le nom reste à trouver. Et cette phrase de Philippe Baptiste : la lettre de motivation est « devenue obsolète à l'heure de l'intelligence artificielle ». Nikita avait adapté les siennes à chaque formation. Le ministre les déclare obsolètes cinq mois après ses vingt-huit refus.
J'imagine que ces ministres ne sont pas insensibles. Édouard Geffray a parlé au Sénat du « vertige » de la jeunesse. Mais, dans les comptes rendus que j'ai lus, l'émotion va à « la jeunesse », au singulier collectif, et la défense va à l'outil. Les prénoms, ce sont les journaux qui les ont donnés.
La fermeté, elle, a trouvé son adresse. Dans la nuit du 27 au 28 octobre, le Sénat a adopté le projet de loi « casseurs-payeurs » : les participants à un rassemblement violent pourront répondre des dégâts jusqu'à 10 000 euros chacun, et une part des allocations familiales, des APL et du RSA pourra être saisie chez les responsables insolvables. LCP en avait annoncé l'examen sous un titre sans détour : « Lycées bloqués : le projet de loi "casseurs-payeurs" examiné fin octobre au Sénat ». Nikita, Gaël et Diane étaient, eux, « respectueux des consignes ». Ils n'ont rien cassé. Ils n'ont rien obtenu non plus. Pour les familles, la saisie des allocations. Pour la plateforme qui a laissé 126 632 candidats sans réponse, une autre plateforme en 2028.
Dernier mot
Nous aurions tort de tout mettre sur le dos des ministres. Nous avons accepté, parents, que l'avenir de nos enfants se joue sur un serveur, parce que la loterie nous dispensait d'avoir à juger et dispensait les établissements d'avoir à répondre. Un professeur qui recrute, une université qui signe, on peut leur demander pourquoi. Un algorithme, on lui envoie une réclamation.
Le gouvernement promet que, dès 2027, les candidats refusés pourront demander les raisons de leur refus. Les refusés de 2026 n'y auront pas droit. Nikita a reçu vingt-huit refus le même jour, sans un nom au bas d'aucun. Supprimer Parcoursup, c'est rendre à chaque refus un nom et une signature.




