Après les violences urbaines des 17 et 24 octobre, la préfecture soumet tout achat de produit ménager inflammable ou corrosif à la présentation d’une pièce d’identité, dont les références sont consignées par le vendeur. Un fichage de masse à l’échelle d’un département pour une poignée d’incidents.
Il y a des mesures d’ordre public, et il y a des mesures de confort administratif, où l’on traite la population entière pour éviter de chercher les coupables. L’arrêté préfectoral du 26 octobre 2026 appartient à la seconde catégorie. Désormais, le commerçant doit la relever et consigner les informations. La vente aux mineurs est interdite, tout comme l’achat et la vente de nombreux artifices, dont l’usage est proscrit à Rennes.
Un registre dans chaque magasin
Le texte vise les bouteilles et bidons de produits chimiques inflammables, corrosifs ou dangereux. Tout particulier qui en achète doit présenter une pièce d’identité, que le vendeur relève et consigne. La mesure vaut pour l’ensemble de l’Ille-et-Vilaine, pas seulement pour les quartiers où les violences ont eu lieu. Elle est applicable du 26 octobre au 2 novembre.
La liste des produits concernés est volontairement large. Détartrant, déboucheur, white-spirit : la frontière entre le produit ménager et l’arme supposée est laissée à l’appréciation du commerçant, devenu auxiliaire de police sans formation ni statut.
Interdictions en série
L’arrêté ne s’arrête pas là. La vente de ces produits aux mineurs est interdite. L’achat et la vente de nombreux artifices le sont aussi, et leur usage est proscrit à Rennes. Le dispositif empile les prohibitions, comme si leur accumulation tenait lieu de stratégie. Mais on est en droit de se poser la question: que deviennent ces registres ? Aucune précision sur la durée de conservation, sur les personnes pouvant les consulter, ni sur le sort réservé aux données une fois l’arrêté échu. Chaque commerce du département tiendra donc un fichier d’identités, sans cadre connu.
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Un fichier créé « à titre temporaire » a une fâcheuse tendance à survivre à la circonstance qui l’a justifié. Et on peut douter de l’efficacité du procédé : celui qui veut nuire achètera ailleurs, ou autre chose, quand le citoyen ordinaire, lui, aura laissé sa carte d’identité pour un bidon de détergent.
Cette logique, que l’on retrouve aussi bien à Rennes qu’à Bruxelles, consiste à présumer chaque citoyen dangereux jusqu’à preuve du contraire. Après chaque épisode de violence, l’administration étend son emprise sur des pans entiers de la vie quotidienne, sans évaluation ni contrôle. L’arrêté du 26 octobre n’est pas juste un dispositif d’exception temporaire ; mais un précédent. Demain, faudra-t-il montrer patte blanche pour acheter de l’essence, un couteau de cuisine, un téléphone ? La réponse, en l’état, est un chèque en blanc laissé à l’administration préfectorale.