Augmenter de 20 à 30 % la rémunération des enseignants : la promesse de Natacha Polony est généreuse, mais son financement reste absent du débat. Candidate à l’élection présidentielle, elle a réitéré cet engagement le 1er novembre dans Ouest-France, après l’avoir formulé sur Sud Radio le 14 octobre. Dans un pays où les candidats invoquent tous la fragilité des finances publiques, annoncer une hausse générale des salaires sans en chiffrer le coût revient à signer un chèque en blanc sur le budget de l’État.
L’Éducation nationale est le premier budget de l’État, la masse salariale des enseignants du public s’élève à 43,1 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 17,6 milliards de pensions. Une revalorisation de 30 %, le haut de la fourchette promise, coûterait 17 milliards d’euros par an, selon les calculs de l’iFRAP. Une hausse de 20 % reste dans les « dizaines de milliards » : la gauche elle-même l’évalue à « une dizaine de milliards » lorsqu’elle porte la même mesure. Des sommes que la candidate ne rattache à aucune recette disponible.
Une hausse de 20 à 30 % sans facture présentée aux contribuables
Pour Natacha Polony, les mobilisations lycéennes et les débordements récents ne sont pas de simples mouvements d’humeur printaniers. Ils traduisent une souffrance psychologique réelle, engendrée par un système qui a préféré l’illusion à la vérité.
Le 14 octobre 2026, sur Sud Radio, Natacha Polony résume sa proposition en une phrase : « Et en échange, on augmente les salaires entre 20 et 30 %. » Le 1er novembre, dans Ouest-France, elle confirme cette fourchette et défend une « grande loi de programmation de l'école ». Elle justifie sa proposition en affirmant : « C'est la norme dans les pays développés quand on veut que le système scolaire marche », sans fournir, dans les éléments cités, de comparaison chiffrée permettant de vérifier cette affirmation.
😡Colère des lycéens et des étudiants 🗣️ @NPolony : « Nous avons une société qui est au détriment des jeunes » 📺 https://t.co/ZtgvbSTep3 https://t.co/jTEySqFGnB
— Sud Radio (@SudRadio) October 6, 2026
Le coût d'une telle mesure dépend notamment du périmètre retenu : enseignants du public seulement ou également du privé sous contrat, rémunération indiciaire ou ensemble des éléments de salaire, application immédiate ou étalée sur plusieurs années.
Elle ne dit pas si les 20 à 30 % s’appliqueraient à cette enveloppe, ni comment l’État, qui finance déjà 32 % du budget de l’Éducation en pensions, absorberait la différence. Le coût exact reste à établir avant publication, à partir des effectifs concernés et de la masse salariale de référence. Aucun financement précis n'est présenté : ni recettes nouvelles, ni calendrier budgétaire ne permettent d'apprécier la soutenabilité de sa " promesse".
L’urgence budgétaire n’attend pas la campagne
Le calendrier prête à la contradiction. Le 27 octobre, Natacha Polony publie un communiqué pour « libérer EDF du dogme européen de la concurrence ». Le même jour, Bercy chiffre la charge des intérêts de la dette à 91,2 milliards d’euros pour 2027, contre 79,2 milliards en 2026. Le service de la dette dépasse déjà, et de loin, le coût annuel de la hausse promise. Chaque milliard engagé sans recette nouvelle alimente un déficit que la candidate dit vouloir combattre.
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La « grande loi de programmation de l’école » ressemble ainsi à une enveloppe vide. Une programmation digne de ce nom suppose des crédits votés, des recettes fléchées, une trajectoire pluriannuelle. Or, la candidate qui dénonce « l’irresponsabilité généralisée » refuse précisément d’appliquer à sa propre promesse la discipline qu’elle réclame pour les finances publiques. Les enseignants, eux, attendent depuis des années une revalorisation réelle. Ils savent désormais qu’une promesse sans financement ne vaut pas plus qu’un discours de campagne. La gauche républicaine en campagne a trouvé sa promesse préférée : la dépense rassemble, et le contribuable n’a pas encore été invité à la discussion.