par Thibault de Varenne
Dans la nuit de vendredi à samedi, vers une heure du matin, le président polonais est entré dans le Tribunal constitutionnel de Varsovie, devant lequel des policiers antiémeutes se tenaient depuis la veille. Il a dit à la juge qui occupait les lieux : « Vous n'êtes pas juges du Tribunal constitutionnel. » Le Premier ministre affirme qu'il rétablit l'État de droit. L'un et l'autre ont des arguments de droit. Aucun des deux n'a de juge pour trancher, puisque le juge, c'est précisément ce qui est en jeu.
Karol Nawrocki, le président, était dans un avion en route pour le Sénégal quand les événements ont éclaté. Il a fait faire demi-tour à l'appareil et l'a annoncé sur X : « À un moment comme celui-ci, le président doit être en Pologne », rapporte Euronews. Il est arrivé au Tribunal vers une heure du matin et y est resté près de quatre heures, selon l'agence turque Anadolu. Il a demandé que la police se retire, fait entrer le vice-président du Tribunal, Bartłomiej Sochański, qu'il reconnaît comme légitime, et déclaré qu'une « violation de l'ordre constitutionnel de la République de Pologne » avait eu lieu dans la nuit. Il a convoqué le jour même les forces parlementaires à des consultations d'urgence.
Je ne suis ni polonais ni juge, et je n'ai pas à choisir entre ces deux hommes. Je regarde ce que chacun a fait, à quelle date, avec quel papier. Ce qui se passe à Varsovie concerne la France, parce que ce que la Pologne est en train d'éprouver, tout État dont la loi suprême repose sur quelques personnes nommées par des majorités finit par l'éprouver.
Qui est qui, et qui tient quoi
Il faut d'abord présenter les acteurs, parce que le lecteur français ne les connaît pas.
Donald Tusk est Premier ministre depuis décembre 2023. Il dirige la Coalition civique, centriste et pro-européenne, et il est revenu au pouvoir en promettant d'effacer les réformes de la justice faites par le PiS, Droit et Justice, le parti conservateur de Jarosław Kaczyński, qui a gouverné la Pologne de 2015 à 2023.