Origines COVID : une guerre narrative entre la Chine et les USA

Origines COVID : une guerre narrative entre la Chine et les USA


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Lundi, après que la CIA a publie le nouveau rapport indiquant que la théorie de fuite de laboratoire est la cause la plus probable de la pandémie du Covid-19, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a fait une déclaration à la presse. Elle a rejeté cette conclusion sans toutefois donner des informations sur l’origine réelle du virus. Mao Ning a ajouté que c’est aux scientifiques de trancher sur la question. La question de savoir si le SARS-CoV-2 est né d’une transmission naturelle ou d’un incident de laboratoire divise toujours la communauté scientifique et les puissances mondiales. La Chine, accusée d’avoir minimisé les risques liés au laboratoire P4 de Wuhan, persiste dans son récit d’une origine zoonotique, soutenue par le rapport de l’OMS de mars 2021. Pour autant, nous l’avons expliqué dans nos colonnes, ce document, rédigé avec la participation active des autorités chinoises, a été qualifié de « complaisant » par des experts indépendants. Pékin refuse toujours de partager des données brutes sur les premiers cas et les recherches menées à Wuhan, alimentant les théories alternatives.

Alors que la CIA affirme privilégier l’hypothèse d’une fuite de laboratoire pour expliquer l’origine du COVID-19, la Chine rejette catégoriquement ces allégations. Dans un contexte de tensions géopolitiques et de divisions au sein du renseignement américain, le débat sur les débuts de la pandémie s’enflamme à nouveau, alimenté par des rapports contradictoires et des prises de position partisanes.

La Chine campe sur ses positions : « Extrêmement improbable »

Face aux récentes déclarations de la CIA, le gouvernement chinois a réitéré son rejet de la théorie de la fuite de laboratoire. « Il est extrêmement peu probable que la pandémie ait été causée par un accident de laboratoire », a martelé Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d’un point presse. Elle a invoqué les conclusions de l’enquête conjointe OMS-Chine de 2021, soulignant que « la communauté scientifique internationale » partageait cette analyse.

Pékin évite toutefois de désigner une origine alternative, renvoyant la question aux « scientifiques ». Une posture qui alimente les critiques sur le manque de transparence de la Chine, notamment concernant l’accès aux données du laboratoire de Wuhan.

Notons que le rapport a été publié quelques jours après l’arrivée de John Ratcliffe à la tête de la CIA. Pour rappel, il a prêté serment jeudi. La question est : a-t-il décidé de publier le rapport pour des raisons politiques ? Il faut dire que le nouveau directeur de l’agence a longtemps été en faveur de la théorie de fuite de laboratoire. Il s’est même demandé si l’administration Biden a minimisé cette hypothèse pour des raisons politiques.

« L’une des choses dont j’ai beaucoup parlé est de s’attaquer à la menace de la Chine sur un certain nombre de fronts, et cela revient à la raison pour laquelle un million d’Américains sont morts et pourquoi la Central Intelligence Agency est restée en marge depuis cinq ans pour ne pas évaluer les origines du Covid », a déclaré Ratcliffe lors de sa première interview en tant que chef de la CIA avec Breitbart News. Pourtant, dans un entretien avec Fow News, il a déclaré que la publication de ce rapport n’était pas une décision politique. Il s’agissait uniquement d’un effort pour promouvoir la transparence  de l’agence et pour renouveler la confiance.

La CIA et ses « faibles certitudes »

Samedi, l’agence de renseignement américaine a révélé privilégier, avec un « faible degré de confiance », l’hypothèse d’un incident lié à la recherche comme source de la pandémie. Cette évaluation, bien que nuancée, marque un revirement partiel : la communauté du renseignement reste divisée, certaines agences penchant toujours pour une transmission naturelle animal-homme.

La publication de ce rapport intervient dans un contexte politique tendu. Nommé jeudi, le nouveau directeur de la CIA, John Ratcliffe, a défendu sa décision comme un acte de « transparence », niant toute motivation partisane. Pourtant, Ratcliffe, connu pour ses positions anti-chinoises, avait déjà exprimé des doutes sur la gestion du dossier par l’administration Biden.

Une guerre narrative des récits géopolitiques

Le débat sur les origines du virus dépasse largement la science. Au Congrès américain, les républicains saisissent l’occasion pour attaquer Pékin et l’administration Biden. Le sénateur Tom Cotton (R-Ark.), président de la commission du renseignement, a salué la conclusion de la CIA, exigeant que « la Chine paie pour avoir libéré un fléau sur le monde ».

Rand Paul (R-Ky.), quant à lui, accuse l’ancien conseiller de la Maison Blanche Anthony Fauci d’avoir orchestré une « dissimulation » des origines du virus. Malgré le pardon accordé à Fauci par Biden, Paul promet de poursuivre ses enquêtes, illustrant la polarisation du sujet.

En décembre 2023, un rapport républicain de 520 pages affirmait déjà que le virus s’était « très probablement » échappé d’un laboratoire de Wuhan. Des conclusions rejetées par les démocrates, qui dénoncent une instrumentalisation politique.

L’idée que le SARS-CoV-2 serait le produit d’une collaboration hasardeuse entre des chercheurs chinois et américains complique davantage le débat. Les financements de l’EcoHealth Alliance pour des études sur le « gain de fonction » (des recherches visant à comprendre comment les virus pourraient devenir plus infectieux ou pathogènes) au laboratoire de Wuhan sont au centre de cette polémique. Peter Daszak, qui a joué un rôle dans l’équipe d’enquête de l’OMS, est également critiqué pour des conflits d’intérêts possibles.

Dans un éditorial pour le Daily Mail samedi 04 mars 2023, l’ancien président Donald Trump avait accusé la Chine d’avoir propagé le virus à l’origine du Covid-19. Il soutient la théorie de la fuite de laboratoire. Il a déclaré faire pression pour que la Chine paie des « dommages et intérêts aux pays du monde entier ».


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