Nouvel Air Force One de Trump: un cadeau empoisonné offert par le Qatar?

Nouvel Air Force One de Trump: un cadeau empoisonné offert par le Qatar?


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Le 21 mai 2025, le Pentagone a annoncé que les États-Unis accepteraient un Boeing 747-8 offert par le Qatar pour servir de nouvel Air Force One au président Donald Trump. Cette décision, confirmée par le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, a suscité une vague de polémiques. L’avion, estimé à près de 100 millions de dollars sur le marché de l’occasion, pose une question fondamentale : un président américain peut-il accepter un tel « cadeau » sans contrepartie ? Pour beaucoup, la réponse est non. Moderniser un tel avion en appareil présidentiel pourrait également coûter plus d’un milliard de dollars, estiment certaines critiques.

Mercredi, le Pentagone a annoncé que l’armée de l’air est chargée de transformer le luxueux Boeing 747 offert par le Qatar en Air Force One, avion officiel du président américain Donald Trump. Le Boeing 747-8 luxueusement aménagé, offert par l’émirat du Qatar,sera le nouvel Air Force One du président Donald Trump. L’appareil, initialement utilisé pour des vols royaux, serait en cours de réaménagement à San Antonio, au Texas, afin de répondre aux exigences de sécurité et de communication nécessaires au transport présidentiel.

Un cadeau qatari sous le feu des critiques

Le Pentagone a annoncé mercredi que les Etats-Unis ont accepté l’avion de luxe offert par le Qatar. Il s’agit d’un Boeing 747, dont le prix catalogue à l’état neuf était de 400 millions de dollars selon les analystes du Cirium.

L’avion, un 747-8 d’occasion estimé à environ 100 millions de dollars sur le marché secondaire, est doté d’un intérieur luxueux mais nécessite des modifications coûteuses pour répondre aux exigences strictes de l’Air Force One.  « Nous veillerons à faire le nécessaire pour garantir la sécurité de l’appareil » a déclaré le secrétaire à l’Air Force, Troy Meink, au cours d’une audition au Sénat mardi.

Ces améliorations incluent des systèmes de communication sécurisés, une protection contre les écoutes et des défenses antimissiles. Selon les sénateurs démocrates Mazie Hirono et Tammy Duckworth, ces travaux pourraient coûter plus d’un milliard de dollars et présenter des risques significatifs pour la sécurité.

Le chef démocrate du Sénat, Chuck Schumer, a qualifié cette décision de « pot-de-vin », dénonçant une atteinte à l’intégrité de la présidence. Les lois américaines interdisent généralement les dons de gouvernements étrangers pour éviter toute influence. Trump, de son côté,  affirme qu’il serait « stupide » de refuser un tel avion. Le Qatar, quant à lui, rejette toute accusation de contrepartie.

Notons que l’actuel locataire de la Maison Blanche a déjà visité ce Boeing 747 en février. Selon un rapport du CNN, l’administration Trump a contacté le Qatar dans le but d’acheter le jet de luxe qui pourrait servir d’Air Force One. Puis, le président américain élu a annoncé que le Qatar a décidé de lui offrir l’avion en « cadeau ».

Défis techniques et opérationnels: un gouffre financier sous couvert de modernisation

L’avion, âgé de 13 ans, est actuellement à San Antonio, Texas, où L3 Harris Technologies effectue des travaux de révision. Selon des experts de l’aviation, il pourrait être limité aux vols domestiques sans escortes de chasseurs, à moins que des améliorations coûteuses ne soient réalisées. Le secrétaire de l’armée de l’air, Troy Meink, a assuré que des mesures seraient prises pour garantir la sécurité, mais le Pentagone n’a pas précisé le coût ni la durée des modifications.

Cette décision intervient alors que les États-Unis disposent déjà de deux Air Force One opérationnels, entrés en service en 1990. Parallèlement, Boeing construit deux nouveaux 747-8 pour un coût dépassant les 5 milliards de dollars, avec une livraison prévue pour 2027 après des retards répétés.

Des experts en sécurité aérienne soulignent que l’appareil qatari ne dispose pas des défenses anti-missiles, des systèmes de brouillage et des équipements de communication sécurisée indispensables à une mission présidentielle.

Cette transaction pose aussi un problème géopolitique. En acceptant ce « cadeau », Trump renforce de facto un axe de proximité avec le Qatar, État accusé à plusieurs reprises de financer des groupes islamistes et d’utiliser son influence économique pour orienter les décisions de puissances occidentales.


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