Nantes: un descendant d’armateurs négriers s’excuse… et relance le débat mémoriel

Nantes: un descendant d’armateurs négriers s’excuse… et relance le débat mémoriel


Partager cet article

C’est un acte rare, presque incongru dans le paysage français. À l’occasion de l’inauguration du Mât de la fraternité et de la mémoire à Nantes, haut lieu historique de la traite négrière, un homme de 85 ans a rompu avec le silence familial. Pierre Guillon de Princié a reconnu publiquement la responsabilité de ses ancêtres dans le commerce triangulaire, qualifié aujourd’hui de crime contre l’humanité.

Lors de l’inauguration du « Mât de la fraternité et de la mémoire », un monument érigé en mémoire des victimes de la traite négrière à Nantes, Pierre Guillon de Princié a présenté des excuses aux communautés de la Caraïbe pour les actions de ses ancêtres. L’octogénaire français est un descendant d’armateurs négriers au XVIIIe siècle. Il a aussi fait une donation pour l’association Haïti Futur.  

La repentance, nouvel horizon moral de l'Occident

L’inauguration du « Mât de la fraternité et de la mémoire » a eu lieu le 18 avril dernier à Nantes. Il s’agit d’un monument érigé en mémoire des victimes de la traite négrière, une sorte de symbole de « justice réparative ». Par ailleurs, son emplacement n’est pas anodin puisqu’il se situe sur les quais de l’île de Nantes, le haut lieu de la déportation massive de noirs africains vers les colonies françaises.

«C’est un soulagement pour moi, descendant d’une famille d’armateurs négriers nantais, de pouvoir présenter mes excuses» | Presse Océan
[Presse Océan] Un Mât de la fraternité et de la mémoire a été inauguré samedi 18 avril à Nantes. Il symbolise la mémoire de l’esclavage et la lutte contre le racisme. À cette occasion, Pierre Guillon de Princé a présenté ses excuses pour ce que ces ancêtres armateurs nantais esclavagistes ont fait au cours du XVIIIe siècle. Voici le texte intégral de son discours.

Lors de cet évènement, Pierre Guillon de Princié, un descendant d’esclavagistes nantais, a fait une démarche inédite. En présence de l’ambassadeur d’Haïti en France Louino Volcy, de la présidente de l’association Haïti Futu Josette Bruffaert, et du Martiniquais descendant d’esclaves Thomas Dieudonné Bourtrin, l’octogénaire français a demandé pardon aux communautés des Caraïbes pour les actes de ses ancêtres.

Pourquoi les libertariens sont pour un syndicalisme fort
Ma vidéo sur “travail et esclavage” de la semaine dernière a suscité quelques questions sur la compatibilité entre libertarisme et

« C’est un soulagement pour moi, Pierre Guillon de Princié, descendant d’une famille d’armateurs négriers nantais, de pouvoir présenter mes excuses pour les actes de mes ancêtres », a-t-il déclaré. Pendant son discours, le Français de 85 ans a aussi effectué un petit retour vers le passé. Il a raconté que ses ancêtres, notamment « Daniel Jean Guillon (1720-1799) et Jean Baptiste Christophe Guillon (1745-1811) » avaient ouvert deux sucreries à Saint-Domingue. Des hommes, des femmes et des enfants y ont été mis en esclavage. L’octogénaire a également raconté que ses ancêtres étaient en possession de 6 navires armés « pratiquant la traite atlantique triangulaire, entre Nantes et Saint-Domingue ».

Entre 1766 et 1789, les bateaux ont effectué « dix-huit départs de Nantes » pour « arracher 5.000 captifs de leur terre, dont plus de 200 périrent en mer », a ajouté Pierre Guillon de Princié. En qualifiant ces actes de « crimes contre l’humanité », le descendant s’aligne sur une lecture juridique rétroactive de l’histoire ( mise en vigueur de la loi Taubira en 2001), faisant fi de la complexité des structures économiques du XVIIIe siècle.

Excuses publiques et réparation symbolique


« C’est un soulagement pour moi », confie l’octogénaire, qui a accompagné ses excuses d’un don de 5 000 euros à l’association Haïti Futur. Une somme qu’il qualifie lui-même de « très symbolique », bien en deçà des préjudices historiques évoqués. Il promet toutefois un soutien mensuel dans la durée.

L’humeur de Veerle Daens : parlons de l’Agence Nationale des Titres Subtilisés (ANTS)
Veerle ironise aujourd’hui sur l’immense vol de données à l’Agence Nationale des Titres Sécurisés - deuxième vol en quelques mots, et quelques jours après le remplacement de la Préfète qui dirigeait depuis plusieurs années cette institution incompétente. Mes chers voisins d’Outre-Quiévrain — ou devrais-je dire, mes chers « profils exfiltrés » — réjouissez-vous ! Le

Le Martiniquais Dieudonné Boutrin a déclaré sur France 3 que « Pierre n’est pas responsable du passé, mais nous sommes responsables du présent et du futur ». La démarche de Pierre Guillon de Princié est une première en France, alors qu’aux Etats-Unis et en Angleterre, elle est de plus en plus fréquente.

L’humeur de Veerle Daens : Pourquoi la présidentielle de 2027 ne sera qu’une compétition entre pilleurs
Les médias mainstream commencent à dresser le chapiteau du cirque électoral. Les présidentielles approchent. Mais faut-il aller voter ? À quoi sert le vote ? Mes chers spoliés du pays des Lumières (ou ce qu’il en reste une fois la facture d’électricité payée), installez-vous confortablement. À mesure que l’ombre de 2027 s’allonge

Mais ce geste soulève une interrogation : peut-on solder une dette historique par une initiative privée ? Cette tendance à la contrition sélective pose également une question sur l'Histoire de l'Humanité. Si le principe de la culpabilité héréditaire est acté, jusqu’où remonterons-nous ? Les nations arabes vont elle s'excuser un jour pour les razzias sur l'Europe et l'occupation séculaire de l'Espagne ? Le Japon pour ses exactions en Chine ? L’Empire Ottoman pour son expansionnisme agressif, ou encore les descendants des Huns et des Romains ? En réalité, aucun peuple sur terre n'a les mains propres, y compris certaines ethnies africaines qui furent les premiers rouages de la traite intercontinentale.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

Euro numérique : ce que le plafond de 3.000€ dit du projet, par Vincent Clairmont

Le Conseil des gouverneurs de la BCE a fixé, le 24 mars 2026, à 3 000 euros par personne le plafond de détention d'euros numériques retenu pour la phase pilote, programmée au second semestre 2027 sur douze mois, en vue d'une émission effective en 2029. La Bundesbank plaide pour un plafond inférieur, entre 1 500 et 2 500 euros. Côté législatif, le Conseil de l'UE a arrêté sa position commune en décembre 2025 ; la commission ECON du Parlement européen, divisée, n'a pas dégagé de majorité, et l


Rédaction

Rédaction

Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne

Les BRICS à l'âge de raison, par Thibault de Varenne

À New Delhi, à la mi-mai, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des BRICS, Sergueï Lavrov a prononcé une phrase que nos chancelleries n'ont guère relevée : « nous ne précipiterons pas l'élargissement des BRICS », car le groupement, ayant doublé de taille en deux ans, doit désormais « rationaliser son travail dans le format élargi ». L'agence TASS l'avait déjà laissé entendre : toute expansion nouvelle est jugée inopportune à ce stade. Le club qui grossissait à chaque s


Rédaction

Rédaction

Affaire Nowak : quand la peur du racisme paralyse le jugement des policiers

Affaire Nowak : quand la peur du racisme paralyse le jugement des policiers

Quand un mensonge suffit à faire d'une victime un suspect... Henry Nowak, 18 ans, agonisait sur le trottoir, poignardé cinq fois. La police l'a menotté. Elle croyait la version de son agresseur invoquant des « injures racistes ». La vidéo diffusée lundi soir a provoqué une onde de choc et des émeutes à Southampton. Derrière l’émotion, c’est tout un système fondé sur l’identité ethnique qui vacille. Le 2 juin 2026, Vickrum Digwa est condamné à la prison à vie avec une peine de sûreté de 21 ans .


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Le bitcoin sous 55.000€ : faut-il vendre ? par Vincent Clairmont

Le bitcoin sous 55.000€ : faut-il vendre ? par Vincent Clairmont

Le Bitcoin s'échange ce jeudi matin sous les 55 000 euros —, en repli de 5 % sur vingt-quatre heures, d'environ 13 % sur une semaine depuis un plus haut proche de 75 850 dollars, et de près de 48 % depuis son plus haut historique du 6 octobre 2025 (données CoinMarketCap). Les ETF Bitcoin américains ont clôturé mai sur 2,3 milliards de dollars de sorties nettes, le plus gros retrait mensuel de 2026, et la première semaine de juin a fait pire : 3,4 milliards de sorties, un record depuis le lancem


Rédaction

Rédaction