Pendant que les Mahorais faisaient la queue pour des packs d'eau, l'argent du réseau public alimentait des marchés truqués entre amis. Le 16 avril 2026, le tribunal judiciaire de Paris a condamné Mouhamadi Vitta, dit Bavi, ancien président du Syndicat intercommunal des eaux et de l'assainissement de Mayotte (SIEAM), à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et 10 000 euros d’amende.
Au total, dix-huit prévenus ont été poursuivis dans ce dossier qui met en lumière les dérives d’un syndicat chargé précisément d’une ressource vitale.
Des marchés découpés pour contourner les règles
L’affaire remonte aux rapports de la Chambre régionale des comptes transmis en 2018 et 2019. Leur contenu, rendu public notamment en septembre 2020, décrit une gestion particulièrement préoccupante du Syndicat intercommunal d’eau et d’assainissement de Mayotte.

Selon Anticor, les marchés auraient été artificiellement fractionnés afin d’éviter les obligations de publicité et de mise en concurrence. Des travaux d’infrastructures hydrauliques, des prestations de maîtrise d’œuvre et même des formations sont concernés.
Un exemple est particulièrement révélateur : sur 17 220 heures de formation payées, seulement 2 224 heures auraient été réalisées. Les prestations de formation et certains marchés de maîtrise d’œuvre représentent, selon l'association, un manque à gagner estimé à plus de 600 000 euros.
Quand l'argent public ne produit pas d'eau
Mayotte connaît depuis 2023 des « tours d’eau » et des pénuries récurrentes. Les habitants ont parfois dû attendre des distributions ou faire la queue pour obtenir de l’eau. Le SIEAM devait mutualiser la gestion de l’eau et financer les infrastructures nécessaires. Or, la CRC avait relevé des marchés dont la pertinence ou même la réalisation posaient question : débroussaillages répétés sur les mêmes infrastructures, travaux d’extension du siège payés sans documents permettant d’en établir l’effectivité.

L’enquête du Parquet national financier, ouverte en mars 2020 après les signalements de la CRC, a conduit à des perquisitions en novembre 2021. Le procès s’est tenu à Paris du 19 au 27 janvier 2026. Dix-huit prévenus ont finalement été concernés par cette procédure, plusieurs ayant déjà été condamnés après reconnaissance de culpabilité.

Quand la commande publique est dévoyée, ce sont les infrastructures qui manquent à l’arrivée. À Mayotte, l’argent censé sécuriser l’accès à l’eau ne produit pas toujours les canalisations, les équipements et l’entretien attendus.


