Par Vincent Clairmont
L'once a reculé de près de 8 % depuis son pic de fin août, et le mouvement s'est accentué lundi, avant la réunion de la banque centrale américaine. Voici ce qui s'est passé, expliqué sans jargon, et ce que cela change — ou ne change pas — pour un patrimoine ordinaire. Le Guide opérationnel de l'or est rappelé en fin d'article.
Ce qui s'est passé, en clair
Lundi 14 septembre, l'once d'or s'échangeait à 4 284 dollars, en baisse de 1,25 % sur la seule journée. Une once pèse 31,1 grammes : au taux de change du moment, cela met le gramme autour de 119 euros, avant la marge du vendeur. C'est le prix dit spot — le prix de gros auquel le métal s'échange entre professionnels, toujours inférieur à celui que vous payez au comptoir.
Ce niveau est à comparer aux 4 650 dollars du 24 août. En trois semaines, le recul atteint 7,9 %.
L'argent a davantage souffert, à 63,22 dollars l'once, en baisse de 2,14 % sur la journée.
Pourquoi le pétrole a-t-il fait baisser l'or ?
La question est légitime, parce que la réponse est contre-intuitive. On entend souvent que l'or protège de l'inflation. Alors pourquoi une flambée du pétrole — c'est-à-dire une poussée d'inflation à venir — le fait-elle reculer ?
La chaîne est la suivante, et elle tient en quatre maillons.
Un pipeline saoudien a fermé, ce qui a poussé le pétrole vers ses plus hauts de quatre mois. Les marchés en ont déduit que l'inflation allait repartir. Ils ont donc anticipé que la Réserve fédérale — la banque centrale américaine, l'équivalent de la BCE pour la zone euro — relèverait ses taux d'intérêt pour freiner cette inflation. Les contrats à terme donnaient lundi près de 87 % de probabilité à une hausse lors de la réunion des 15 et 16 septembre.
Et voici le dernier maillon, celui qui explique tout. L'or ne verse aucun revenu. Pas d'intérêt, pas de dividende, pas de loyer. Quand les placements sûrs se mettent à mieux rémunérer, détenir de l'or coûte plus cher — non pas en euros sortis de votre poche, mais en revenus auxquels vous renoncez. Les financiers appellent cela le coût d'opportunité. Il monte avec ce qu'on nomme le taux réel : le rendement d'un placement une fois l'inflation déduite. Un livret à 3 % quand l'inflation est à 3,4 % rapporte en réalité −0,4 % : voilà un taux réel négatif, et c'est dans ces périodes que l'or brille.
Lundi, les marchés ont parié que ce taux réel allait remonter. Ils ont donc vendu de l'or. Le pétrole n'a pas soutenu le métal : il l'a fait baisser, par ce détour.
Retenez ceci, parce que c'est la seule idée technique du papier : l'or ne réagit pas à l'inflation, il réagit à l'écart entre les taux et l'inflation.
Est-ce que cela remet en cause l'intérêt de l'or ?
Non, et la raison mérite qu'on s'y arrête.
Regardez d'où l'or est tombé. Le 24 juillet, il valait 4 044 dollars ; le 4 août, 4 061 ; le 24 août, 4 650 ; le 11 septembre, 4 385 dollars. À 4 284 dollars aujourd'hui, il