Par Vincent Clairmont
Environ 6 milliards d'euros demandés aux retraités. 2 à 3 milliards d'économies annoncées sur les 431 opérateurs de l'État. Le déficit ne passera pas sous 5 % en 2027, et la ponction n'y changera rien — mais elle abaissera durablement la pension moyenne, sans qu'aucune loi ne l'ait décidé comme telle. Que faire ?
Le 11 septembre, le ministre de l'Économie Roland Lescure a reconnu que le seuil de 5 % de déficit public était hors d'atteinte pour 2026. La prévision de croissance est tombée à 0,5 %, après 0,9 % en avril et 0,7 % en juillet. La France avait signé autre chose : la trajectoire transmise à Bruxelles et validée par le Conseil en janvier 2025 promet 4,6 % en 2026, 4 % en 2027, un retour sous 3 % en 2029.
Ma thèse, et je la défends jusqu'au bout : le déficit ne passera pas davantage sous 5 % en 2027, et la mise à contribution des retraités n'y changera rien — une année électorale est une année de dépense. Ce que la ponction produira est d'un autre ordre, et durable : l'abaissement par grignotage du niveau moyen des pensions françaises, sans qu'aucune loi n'ait jamais décidé cet abaissement comme tel.

Ce n'est pas un défaut de volonté, c'est un mécanisme
Nordhaus l'a modélisé en 1975, Rogoff raffiné en 1990 : à l'approche d'une élection, un gouvernement qui veut durer dépense. Buchanan et Wagner en donnaient la raison dès 1977 — le déficit n'a pas de coût politique immédiat, l'excédent en a un. La dépense se voit, le prélèvement se sent, la dette se tait.
On m'objectera que l'effet est faible dans les démocraties établies : Brender et Drazen l'ont montré en 2005. Exact. Mais les conditions qu'ils identifient sont la transparence budgétaire et la capacité des électeurs à sanctionner, et deux budgets d'affilée adoptés sans vote ne remplissent ni l'une ni l'autre. Ce n'est pas un procès d'intention : mettez n'importe qui à Matignon dans cette configuration, vous obtiendrez la même courbe.
Ce qu'on demande aux retraités, et comment
Environ 6 milliards d'euros. Le procédé importe plus que le montant, car aucune des mesures sur la table ne touche au montant brut d'une pension. Le gel, ou la désindexation partielle, laisse le chiffre intact et lui retire sa valeur. L'abattement de 10 % transformé en forfait de 2 000 euros ne baisse pas la pension, il augmente l'impôt. Le gel des tranches fait passer des ménages à un taux de CSG supérieur sans qu'une ligne de leur relevé ait bougé.
Une baisse des pensions qui ne dit pas son nom — parce qu'une baisse qui dit son nom se vote, et qu'un vote, ici, n'est pas disponible.
Pendant ce temps, l'administration
L'État compte 431 opérateurs, pour 73 milliards d'euros de financements publics. Le gouvernement a annoncé la fusion ou la suppression d'un tiers d'entre eux : 2 à 3 milliards d'économies. Annoncé — ni voté, ni exécuté, ni daté. Six milliards demandés à ceux qui n'ont aucun moyen de s'y opposer, deux à trois promis par ceux qui rédigent les arrêtés.

Le seul point qui compte pour les vingt ans qui viennent
Les pensions pèsent 14,1 % du PIB en 2025, et le Conseil d'orientation des retraites les projette quasi stables jusqu'en 2045. Une part stable du PIB pour un nombre croissant de retraités ne s'obtient que d'une façon : en baissant la pension moyenne relative. Le COR l'écrit — le niveau de vie des retraités, aujourd'hui

