À Bécordel-Bécourt, dans la Somme, l’agriculteur Pierre Villain renonce à construire un poulailler de 65 000 poulettes après dix années consacrées aux démarches administratives. Aucun refus politique ou administratif définitif n’a mis fin au projet : c’est la durée des procédures qui a fini par le rendre irréalisable.
Pendant dix ans, Pierre Villain a préparé un poulailler de 65 000 poulettes à Bécordel-Bécourt. Aucune autorité n’a jamais refusé officiellement le projet. Les délais, les permis qui expirent, les coûts qui s’envolent. Un agriculteur qui jette l'éponge : voilà le vrai visage de la bureaucratie française.
Dix ans pour obtenir le droit de construire
Pierre Villain avait engagé une procédure pour créer à Albert un élevage de 65 000 poulettes, avec un bâtiment de 1 738 m², deux silos de 25 tonnes, un forage et des installations destinées à gérer les effluents. Le projet devait notamment remplacer l’élevage en cages existant à Bécordel-Bécourt.

Le dossier avait connu plusieurs étapes administratives. Une première demande avait été déposée le 23 mai 2019 avant d’être jugée incomplète. Une nouvelle demande avait été déposée le 29 novembre 2019. Une enquête publique de 33 jours avait ensuite été organisée à l’automne 2020. Le permis de construire, lui, avait été accordé dès le 26 décembre 2017 par la commune d’Albert.
Quand le calendrier administratif décide à la place de l'entrepreneur
Le cadre juridique explique en partie cette lenteur : l’élevage relevait de la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement, mais aussi de la loi sur l’eau et de la directive relative aux émissions industrielles. Mais une procédure conçue pour encadrer une activité peut finir par produire un autre effet : empêcher l’investissement sans jamais l’interdire explicitement. Entre-temps, les conditions économiques changent, les financements deviennent plus difficiles et un projet agricole conçu plusieurs années auparavant perd sa viabilité.
Pierre Villain a abandonné son projet de 65 000 poulettes et choisi de moderniser son bâtiment existant en le transformant en volière. Ce cas n'est pas isolé : il révèle une France où personne ne dit non, mais où plus personne, non plus, ne peut dire oui à temps. L'appareil d'État, en s'abstenant de trancher, produit le même effet qu'une interdiction sans pourtant en porter la responsabilité politique.

