Maroc, Népal, Madagascar : la Gen Z se révolte contre la caste - et la France ?

Maroc, Népal, Madagascar : la Gen Z se révolte contre la caste - et la France ?


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Est-ce un hasard si la même Gen Z hyper-connectée se révolte en même temps dans des pays éloignés comme le Maroc, le Népal ou Madagascar ? La caste qui nécrose le pouvoir partout dans le monde doit affronter ses premières révolutions menées par la jeunesse élevée au lait des réseaux sociaux. Un phénomène du même ordre pourrait-il survenir en France ?

De Rabat à Katmandou, en passant par Antananarivo, un vent de contestation porté par la jeunesse a secoué l'année 2025. Bien que géographiquement et culturellement distincts, les soulèvements au Maroc, au Népal et à Madagascar partagent un dénominateur commun : une révolte de la Génération Z, hyper-connectée et exaspérée, contre une caste dirigeante perçue comme corrompue, prévaricatrice et déconnectée de ses aspirations. Ces mouvements, nés sur les réseaux sociaux, posent une question fondamentale : s'agit-il des prémices d'une vague mondiale où la jeunesse refuse de payer le prix de l'incurie de ses aînés?

Maroc : le cri pour la dignité face à un État prédateur

Au Maroc, la colère a pris racine dans le réel le plus tragique : la mort de plusieurs femmes enceintes dans un hôpital public défaillant à Agadir. Ce drame est devenu le symbole d'un système à deux vitesses et le catalyseur du mouvement « GenZ 212 ». Le slogan qui a enflammé les rues de Rabat, Casablanca et Marrakech résume le grief : « Les stades sont là, mais où sont les hôpitaux? ». Il dénonce le choix d'investir des sommes colossales dans l'organisation de la Coupe du Monde de football 2030 alors que les services publics essentiels, comme la santé et l'éducation, sont à l'agonie.

La cible de cette jeunesse n'est autre que le « Makhzen », cet État profond et ce système de patronage qui distribue les richesses et les opportunités non pas au mérite, mais par cooptation et allégeance. Ce « capitalisme de connivence » a créé une caste d'élites qui prospèrent grâce à leur proximité avec le pouvoir, tandis que la jeunesse fait face à un chômage endémique (près de 30 %) et à une inflation galopante.

Les revendications du mouvement GenZ 212, formulées dans un langage technocratique exigeant « budgets », « indicateurs de performance » et « justice sociale », sont un appel à un État plus compétent et moins corrompu. Face à ce défi, la réponse du pouvoir a été la répression : dispersions musclées, arrestations arbitraires et violences policières. Si la jeunesse marocaine ne demande pas la fin de l'État, elle exige la fin de sa capture par une caste qui le détourne à son seul profit.

Népal : le hashtag qui a fait tomber un gouvernement

Au Népal, l'étincelle fut numérique. Le 4 septembre 2025, le gouvernement, exaspéré par la tendance virale #NepoKid qui exposait le népotisme et le train de vie fastueux des familles de l'élite politique, a pris une décision autoritaire : interdire 26 des plus grandes plateformes de réseaux sociaux, dont Facebook, X (anciennement Twitter) et YouTube. Pour la Gen Z népalaise, dans un pays où l'âge médian est de 25 ans et où 48 % de la population a un compte sur les réseaux sociaux, cette interdiction n'était pas seulement une censure, mais une attaque directe contre leur principal espace d'expression, de socialisation et de subsistance économique.

Cette agression numérique a catalysé des décennies de frustration face à une corruption systémique. Le Népal est l'un des pays les plus corrompus d'Asie, où la classe politique est perçue comme une caste de prédateurs s'enrichissant sur les fonds publics. La révolte a été explosive et violente. Des bâtiments gouvernementaux, des résidences de politiciens et même le Parlement ont été incendiés. Le mouvement, spontané et sans leader, s'est organisé sur des plateformes décentralisées comme Discord, allant jusqu'à organiser une « mini-élection » pour désigner une Première ministre par intérim.

La révolte népalaise est la plus radicale des trois. Elle n'a pas demandé de réformes, elle a exigé des démissions. Et elle les a obtenues. Face à l'ampleur des manifestations qui ont fait au moins 72 morts, le Premier ministre K.P. Sharma Oli a démissionné, l'interdiction des réseaux sociaux a été levée et un gouvernement de transition a été mis en place. La Gen Z népalaise a prouvé qu'un hashtag pouvait renverser une caste.

Madagascar : la faillite d'un État en héritage

À Madagascar, la révolte n'est pas née d'une idéologie mais d'une réalité insupportable : l'effondrement des services les plus élémentaires. Les coupures incessantes d'eau et d'électricité, orchestrées par la Jirama, la compagnie nationale détenue à 100 % par l'État, ont plongé la population dans le noir et la colère. La Jirama est le cas d'école d'un monopole d'État en faillite, maintenu artificiellement en vie par une caste qui s'enrichit sur sa décomposition.

Les chiffres du FMI sont accablants : l'entreprise perd plus de 30 % de l'électricité qu'elle produit, sa dette représente 7,6 % du PIB national, et elle survit grâce à des subventions massives qui engloutissent les ressources du pays. Ce système a créé une économie de rente au profit de fournisseurs privés et d'élites politiques qui bloquent toute réforme. Pour la jeunesse malgache, qui constitue la majorité des manifestants, cette situation est l'héritage d'une gouvernance défaillante et prédatrice dans l'un des pays les plus pauvres du monde, où 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Les manifestations, menées par des étudiants et de jeunes citoyens, ont directement visé le sommet du pouvoir, exigeant le départ du président Andry Rajoelina, jugé responsable de cette faillite. Leur révolte est pragmatique : lorsque l'État est incapable de fournir l'eau et la lumière, il perd toute légitimité.

Et en France? Les ingrédients d'une colère à venir

En observant ces soulèvements, une question se pose : un tel mouvement pourrait-il éclater en France? Si le contexte est différent, les ingrédients d'un mécontentement similaire de la jeunesse sont indéniablement présents.

Une précarité structurelle et un sentiment de déclassement. La jeunesse française fait face à des difficultés d'insertion économique majeures. Le taux de chômage des 15-24 ans reste élevé (18,8 % en 2024), bien au-dessus de la moyenne nationale (7,4 %). Pour ceux qui travaillent, l'instabilité domine : 51 % des 15-29 ans expriment une insatisfaction liée à leur emploi, souvent précaire ou à temps partiel subi. En conséquence, 50 % des jeunes se déclarent mécontents de leur niveau de vie, et un sur deux exprime un fort sentiment d'angoisse. Cette précarité a des conséquences directes sur la santé mentale, devenue un enjeu de santé publique majeur, particulièrement chez les 18-24 ans.

Une défiance abyssale envers une caste politique jugée corrompue. Le divorce entre la jeunesse et la classe politique est consommé. Selon une étude du Cevipof, 99 % des jeunes estiment que les responsables politiques sont corrompus, et 63 % pensent qu'ils le sont « tous ». Cette perception est alimentée par une actualité régulière d'affaires et un sentiment d'impunité, alors que le coût de la corruption en France est estimé à 120 milliards d'euros par an. La France a d'ailleurs chuté dans l'Indice de Perception de la Corruption 2024, un signal d'alerte démocratique. Pour une majorité de Français, le monde politique est le secteur le plus vulnérable à la corruption, loin devant la finance ou les entreprises.

La promesse républicaine de l'égalité des chances brisée. Plus encore que la précarité, le sentiment d'injustice est le principal moteur de la colère. Pour la Gen Z française, les inégalités sociales sont la deuxième préoccupation après le pouvoir d'achat. Une écrasante majorité (82 %) estime que les origines sociales, géographiques ou culturelles sont un frein majeur en France. L'école, pilier du pacte républicain, est perçue comme ayant échoué à sa mission : 62 % des jeunes jugent qu'elle ne donne pas les mêmes chances à tous. Ce sentiment d'une partie truquée d'avance est aggravé par le sentiment de ne pas être entendu : 72 % des jeunes estiment que leur parole n'est pas écoutée en France.

Précarité, défiance envers une caste jugée corrompue, sentiment d'injustice : tous les éléments qui ont mis le feu aux poudres au Maroc, au Népal et à Madagascar sont réunis en France. La stabilité relative du modèle social français et l'absence d'un déclencheur aussi brutal qu'une censure généralisée ou une panne d'électricité nationale ont jusqu'ici contenu l'explosion. Mais la poudrière est là. La question n'est peut-être plus de savoir si la jeunesse française se révoltera, mais quand et quelle étincelle mettra le feu à la plaine.


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