Comment les BRICS perçoivent-ils Donald Trump et sa politique? par Thibault de Varenne

Comment les BRICS perçoivent-ils Donald Trump et sa politique? par Thibault de Varenne

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La perception de Donald Trump et de la politique américaine par les grands médias non occidentaux (Chine, Russie, Inde, Turquie, Iran) offre un miroir particulièrement révélateur de la recomposition de l'ordre mondial. Loin des grilles de lecture morales ou partisanes de l'Occident, ces médias analysent Washington sous le prisme d'une guerre de positions géopolitique, oscillant entre opportunisme transactionnel et méfiance structurelle.

Voici un état des lieux de leurs narratifs et de leurs grilles d'analyse :

1. Médias chinois : le déclin d'une superpuissance et le réalisme transactionnel

La presse étatique chinoise (Xinhua, Le Quotidien du Peuple, Global Times) adopte une posture clinique. Pour Pékin, la politique américaine de Trump est l'illustration parfaite du déclin de l'hégémonie occidentale et de l'avènement d'un monde multipolaire.

  • Une relation d'égal à égal : Les médias chinois mettent en avant une posture de fermeté. Lors des sommets bilatéraux (comme le sommet Trump-Xi de mai 2026), l'accent est mis sur le fait que la Chine ne traite plus en "partenaire junior", mais en puissance équivalente.
  • La diplomatie du "mémorandum" : Pékin dépeint Trump comme un homme d'affaires pragmatique cherchant des victoires politiques rapides (achats de Boeing, contrats agricoles). Les médias officiels feignent de coopérer en signant des accords de principe volontairement flous, tout en sachant que les structures économiques profondes (comme le pivot de la Chine vers le soja brésilien) ne changeront pas.
  • L'opportunité taïwanaise : La presse chinoise exploite habilement le scepticisme de Trump envers les alliances multilatérales. En soulignant ses réticences à défendre aveuglément des partenaires étrangers à fonds perdus, les récits médiatiques chinois instillent le doute, notamment à Taïwan, sur la fiabilité à long terme du "parapluie américain".

2. Médias russes : cynisme, opportunisme et fin du dogme de l'OTAN

Les médias d'État russes (RT, Sputnik, les talk-shaws de Rossiya-1) observent la politique américaine sous l'angle du cynisme géopolitique. Si Trump a pu être perçu par le passé comme un perturbateur utile, l'analyse s'est professionnalisée autour de la fracture de l'Occident.

  • L'OTAN comme "tigre de papier" : Le narratif central de la presse russe repose sur la désunion occidentale. Les déclarations de Trump remettant en cause l'article 5 de l'OTAN et conditionnant la protection américaine aux budgets de défense des Européens sont largement relayées pour démontrer l'obsolescence de l'alliance.
  • La lassitude ukrainienne : Les médias russes scrutent et célèbrent chaque signe de pivot budgétaire ou de réduction de l'aide américaine à Kiev, présentant la politique de Trump comme une validation indirecte des objectifs territoriaux et stratégiques de Moscou.
  • Méfiance sur le fond : Derrière la satisfaction de voir le camp occidental se fissurer, les analystes russes rappellent souvent que la politique américaine reste fondamentalement imprévisible et que l'appareil d'État de Washington (Deep State) conserve une hostilité structurelle envers la Russie, indépendamment de l'hôte de la Maison-Blanche.

3. Médias indiens : un pragmatisme décomplexé et la peur du protectionnisme

L'Inde présente une singularité : l'opinion publique et les grands médias (Times of India, NDTV, WION) affichent une perception nettement moins négative de Trump que leurs homologues occidentaux. L'approche est purement utilitariste.

  • Le rejet de l'ordre moral occidental : Les médias indiens, souvent alignés sur la vision d'un Sud Global émancipé, apprécient le style de Trump qui bouscule le "multilatéralisme moralisateur" de l'Occident. Les critiques de Trump envers les institutions internationales font écho aux propres reproches de New Delhi sur les "deux poids, deux mesures" de l'Occident.
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