Macron renonce à s’attaquer au gouvernement profond

Macron renonce à s’attaquer au gouvernement profond


Partager cet article

Le gouvernement profond peut dormir sur ses deux oreilles. La présentation du projet de loi sur la fonction publique, par Olivier Dussopt, cette semaine, marque la fin de toute volonté de s’attaquer à ses prérogatives et à son fonctionnement. Les dépenses publiques ne sont pas près de diminuer! Sauf à ce que le pouvoir exécutif opte finalement pour un encadrement drastiques des aides sociales, comme l’a suggéré Édouard Philippe lors d’un débat en province.

On le sait, il existe en France une technostructure qui forme un gouvernement profond. Celui-ci a la faculté d’agir la place du gouvernement élu, dans la mesure où il détient les clés de la machine administrative et réglementaire. Après avoir songé à en réformer les règles, Emmanuel Macron a finalement renoncé à s’attaquer à lui.

Un projet de loi Dussopt qui en dit long sur les renoncements de la macronie

Comme nous l’indiquions dans nos éditions précédentes, Emmanuel Macron négocie actuellement un puissant virage dépensier. Sous la férule de Philippe Grangeon, qui a pris les rênes de sa communication, il s’entoure progressivement de sociaux-démocrates qui devraient donner un tour plus hollandiste à son quinquennat. Les promesses qu’il avait réservées pour 2019 de diminution des dépenses publiques (3 points de PIB selon le programme de Macron) en font les frais.

Ainsi, alors que Macron avait annoncé durant sa campagne qu’il supprimerait 120.000 emplois publics, il ne fait plus aucune mention de ce sujet désormais. Cette idée est totalement absente du projet de loi sur la fonction publique présenté par le ministre ad hoc, le timide Olivier Dussopt (ex-PS).

Des mesures modestes pour réformer la fonction publique

Alors que, le 1er février 2018, le gouvernement avait annoncé un « big-bang » du statut, la montagne a, un an plus tard, accouché d’une souris. Les mesures présentées par Dussopt sont d’un rasoir techniciste qui souligne l’absence de vision sur le sujet.

Par exemple, les changements d’échelon ne seront plus soumis, sauf sur appel, aux commissions paritaires où siègent les organisations syndicales. Mais ces commissions ont depuis longtemps un rôle purement formel de validation de décisions prises automatiquement (puisqu’elles suivent des grilles d’ancienneté très contraignantes) et sans véritable marge de manoeuvre.

On ne dira pas mieux de la rémunération au mérite, annoncée en moyenne tous les 5 ans et dont les syndicats obtiennent la peau dans les six mois qui suivent. Quant aux recrutements de contractuels… ils sont aussi vieux que le statut et débouchent cinq ans plus tard sur des grands plans de titularisation au nom de la lutte contre la précarité.

Tout ceci est parfaitement connu, parfaitement ancien, et ne répond absolument pas au défi de la modernisation de la fonction publique dont la France a besoin.

Balayer l’escalier par le haut ou par le bas?

Au demeurant, toutes ces mesures visent essentiellement les petites catégories et épargnent soigneusement le noeud du problème: la haute fonction publique. D’ailleurs, sur ce point, Emmanuel Macron semble avoir définitivement enterré toutes ses ambitions. Alors que l’énarchie est au coeur des critiques adressées par les Français, le gouvernement s’offre le luxe de l’épargner et de n’avoir aucune idée sur sa modernisation ou sur sa réforme. D’où le sentiment qu’Olivier Dussopt prône une démarche où le balayage de l’escalier commence timidement par le bas et n’envisage pas de gravir les marches dans un futur proche.

Autant dire que la démarche est à peu près mort née.

Tir de barrage des syndicats

Sans surprise, les organisations syndicales de la fonction publique (qui occupent des fonctions dominantes dans les confédérations, sauf peut-être à la CGC) ont vertement protesté contre ce plan pourtant modeste.

Après avoir participé aux discussions lancées depuis un an, sans rupture mais non sans heurts, sept organisations sur neuf ont quitté prématurément, mercredi, la réunion lors de laquelle le texte était présenté.

Pourtant le projet de loi a soigneusement évité les mesures de dégagement des cadres évoquées l’an dernier. On mesure tout de suite l’immobilisme dans lequel le gouvernement va sombrer pour éviter d’ouvrir un nouveau front social. On attend de voir si la promesse d’imposer 1.607 heures de travail effectif annuel à tous les fonctionnaires sera tenue (ce qui est bien le moins au regard de ce qui existe dans le secteur privé).

Taper sur les pauvres plutôt que sur les fonctionnaires?

En France, il existe presqu’autant de pauvres que de fonctionnaires. D’où l’idée qu’Édouard Philippe a commencé à glisser, selon laquelle on pourrait inventer des contre-parties aux aides sociales. Cette idée est vieille comme le monde et plaît à la droite de l’opinion.

Nous réitérons ici notre pronostic d’un départ d’Édouard Philippe en mars. C’est pour cette raison qu’il soigne sa droite: il a besoin de retrouver un électorat à sa sortie de Matignon pour assurer son avenir.

Mais sa « sortie » sur les pauvres correspond aussi à une autre logique. Dès lors que, par crainte du gouvernement profond et de son pouvoir de nuisance, on ne touche plus à la fonction publique (en tout cas dès lors qu’on y évite un big bang), une solution pour moins dépenser consiste à diminuer les aides sociales. On attend avec impatience de voir la réaction de l’opinion à cette alternative commode.

Retrouvez nos confidentiels sur l’ENA et sa réforme, sur le coffre-fort de Benalla, sur Amélie de Montchalin et sur la liste LREM aux Européennes.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Bardella : qu'est-ce que le caillou "RepNat du ghetto" dans sa chaussure, par Elise Rochefort ?

Bardella : qu'est-ce que le caillou "RepNat du ghetto" dans sa chaussure, par Elise Rochefort ?

Comme nous l'avons soutenu, tout indique que la caste a envie de parier sur Bardella en 2027, notamment parce qu'il est susceptible d'être bien placé dans le tiercé des prochaines présidentielles. Encore faut-il nettoyer sa réputation, notamment avec cette ténébreuse affaire de la "RepNat du ghetto". Elise Rochefort vous dit tout. L'affaire « RepNat du Ghetto » (ou « RepNat du Gaito ») désigne une polémique portant sur l'utilisation présumée par Jordan Bardella d'un compte Twitter (X) anonyme e


Rédaction

Rédaction

La bru de François Hollande étale son ignorance à l'antenne

La bru de François Hollande étale son ignorance à l'antenne

Dimanche 12 avril 2026, Émilie Broussouloux, compagne de Thomas Hollande et figure montante de BFM TV, a commis une nouvelle bourde géographique en plein journal : « Boris Kharlamoff avec Margot Sève en direct d’Abu Dhabi, en Arabie saoudite ». Abu Dhabi, capitale des Émirats arabes unis, n’a jamais appartenu à Riyad. Après Téhéran capitale du Liban en mars, la jeune femme continue les bourdes sur une chaîne qui se veut être une référence de l’information continue. Derrière la gaffe répétée, c'e


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

À partir de quel âge notre Guide de l'épargne-retraite doit vous intéresser ? par Vincent Clairmont

À partir de quel âge notre Guide de l'épargne-retraite doit vous intéresser ? par Vincent Clairmont

Aujourd'hui, le Courrier vous offre le Guide opérationnel de l'épargne retraite à destination des cadres (à télécharger en fin d'article). À partir de quel âge devez-vous le consulter pour éviter la ruine ou la misère au moment de la retraite ? L'idée que la retraite est une fin de carrière tranquille appartient au siècle dernier. En 2026, pour un cadre supérieur, la préparation de la retraite est devenue une véritable ingénierie financière qui commence bien plus tôt qu'on ne le pense. Voic


Rédaction

Rédaction

Taxation des entrepreneurs et des holdings : ce que les députés préparent, par Elise Rochefort

Taxation des entrepreneurs et des holdings : ce que les députés préparent, par Elise Rochefort

Depuis le mois de février, une discrète commission parlementaire, confiée à des "centristes" favorables à une hausse des taxes sur les entrepreneurs, mène un travail d'enquête discret en vue de la prochaine loi de finances. Attention, ça pique ! Le premier constat dressé par la commission est celui d’une perte de visibilité alarmante. Depuis la transformation de l’ISF en Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) en 2018, l’administration fiscale a perdu sa « boussole » sur le patrimoine financier.


Rédaction

Rédaction