Par Renaud Jacobs
Le mot circule depuis lundi soir sur les réseaux, posé sur des captures d'écran rouges : « Ponzi ». Le Kospi a perdu 10,8 % en une séance, Samsung 13,4 %, et la thèse qui accompagne ces chiffres tient en une phrase : l'économie de l'intelligence artificielle serait un circuit fermé où les mêmes acteurs se financent les uns les autres pour fabriquer une demande qui n'existe pas — un château de cartes dont l'effondrement aurait commencé.
C'est une accusation grave, elle mérite mieux qu'un ricanement ou qu'un partage. Allons voir les documents, pièce par pièce, et tenons la comptabilité de ce qu'ils établissent et de ce qu'ils n'établissent pas.
Pièce n° 1 : les dépôts réglementaires de Nvidia
Le Wall Street Journal et Bloomberg ont rapporté le 27 juillet que Nvidia discute de garantir jusqu'à 250 milliards de dollars de loyers pour qu'OpenAI utilise un centre de données construit par SoftBank dans l'Ohio, et envisage 350 milliards de financement pour qu'OpenAI achète des processeurs... Nvidia. Premier point de méthode : c'est un projet rapporté par la presse, pas un engagement signé — la nuance compte, et les documents opposables, eux, existent. Le dernier rapport trimestriel déposé par Nvidia auprès du régulateur boursier américain (le « 10-Q », document certifié sous peine de sanctions) plafonne son exposition actuelle aux garanties de location à 3,5 milliards de dollars. Si le projet rapporté se confirmait, l'engagement représenterait soixante et onze fois le livre de garanties déclaré. Établi : l'ordre de grandeur du saut envisagé. Non établi : que le saut ait eu lieu.