L'humeur de Veerle Daens : Marine Le Pen invitée à un dîner de con par les patrons

L'humeur de Veerle Daens : Marine Le Pen invitée à un dîner de con par les patrons


Partager cet article

Marine Le Pen est l'invitée d'un dîner grand patronal organisé chez Drouant par le discret mais puissant mouvement Entreprise et Cité, proche de la mouvance catholique. Et, comme l'a expliqué l'Opinion, c'était un dîner de con.

Ah, le restaurant Drouant! Ses boiseries, son escalier, son prix Goncourt... et maintenant, son « examen de passage » pour la candidate du Rassemblement National. Quel spectacle fascinant, n'est-ce pas? On y a vu la crème du CAC 40 — Bernard Arnault en tête, suivi de sa cour de rois nus du pétrole et de l'énergie — se pincer le nez tout en tâtant le terrain de la future alternance. On appelle cela de la « notabilisation », je préfère y voir le désespoir froid d'élites qui, après avoir vécu aux crochets d'un État obèse, s'inquiètent de savoir si leur prochain maître saura au moins compter jusqu'à dix.

Le choc des incompétences : quand le dirigisme rencontre le néant

Le verdict des patrons après avoir écouté Marine Le Pen est tombé comme un couperet dans les colonnes de l'Opinion : « consternés ». Apparemment, la dame à la flamme a été jugée comme faisant partie des « gros nuls en économie ». Quelle surprise! On découvre avec effroi qu'un parti qui promet de raser gratis tout en fermant les frontières ne maîtrise pas les subtilités des taux d'intérêt ou des mécanismes de la dette publique.

RN-patronat : les patrons consternés après leur rencontre avec Marine Le Pen
Gueule de bois, après le dîner chez Drouant. Les patrons atterrés, le RN s’interroge

Ces chers capitaines d'industrie, de TotalEnergies à Engie, ont soudain réalisé que le protectionnisme n'est pas qu'un mot sur un tract, mais une menace réelle pour leurs dividendes mondialisés. Entre la baisse de la TVA sur l'énergie — une mesure qui ferait passer une cigale pour une gestionnaire de fonds de pension — et la taxation des « super-profits », le patronat a compris que le RN n'est pas le sauveur du marché, mais simplement une version plus rustre du même étatisme confiscatoire.

Le plan marketing Bardella : le libéralisme de façade

Pour compenser l'amateurisme de la cheffe, on nous sort la vitrine : Jordan Bardella. Le gendre idéal du libéralisme de salon, celui qui murmure à l'oreille du Medef des mots doux sur la « machine à normer » de Bruxelles et la « machine à surtransposer » de Paris. C'est une opération de marketing politique assez grossière, mais qui semble fonctionner sur les esprits faibles.

Bardella et la princesse : la passionnante fabrique d’un coup de génie politique, par Thibault de Varenne
En affichant en couverture Jordan Bardella, président du Rassemblement National, aux côtés de la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, l’hebdomadaire Paris-Match ne se contente pas de révéler une relation sentimentale ; il officialise une stratégie de légitimation symbolique sans précédent. Ce reportage, intitulé « L’idylle que personne n’

Bardella joue le « bon flic » libéral, promettant des baisses d'impôts de production, tandis que Marine garde le rôle du « mauvais flic » socialiste, prête à saborder la réforme des retraites pour plaire au « bloc populaire ». Cette schizophrénie doctrinale vise à neutraliser le grand patronat pour qu'il ne fasse pas barrage, tout en continuant à draguer l'électeur qui veut la retraite à 60 ans et le beurre de l'État. Un grand écart qui risque de finir en déchirure musculaire budgétaire dès 2027.

La morale de la MAIF et les larmes de crocodiles

Et que dire de la résistance? Pascal Demurger, le patron de la MAIF, joue les vierges effarouchées dans Le Monde, criant à l'erreur tactique et à l'illusion politique. Il dénonce le « cynisme » de ses pairs qui « ménagent leurs arrières ». C'est touchant. Mais où était cette éthique quand il s'agissait de s'accommoder de toutes les autres formes d'interventionnisme étatique? Ce n'est pas une question de morale, c'est une guerre de chapelles entre un patronat « citoyen » qui préfère la bureaucratie actuelle et un patronat « opportuniste » prêt à tester la version identitaire de la même mélasse.

Dîner de grand patrons avec Marine Le Pen : le DG de la Maif déplore une “erreur tactique” et “illusion politique”
La patrons ne devraient pas se rapprocher du RN, selon Pascal Demurger, pour qui il est “illusoire de penser pouvoir influer sur une idéologie aussi radicale”. Le directeur général de la Maif, Pascal Demurger, a estimé dimanche 12 avril que les patrons qui seraient

Le vrai risque : une France à la dérive, entre Moscou et l'incompétence

Pendant que nos élites discutent du menu chez Drouant, l'ombre de l'ingérence étrangère plane sur la nappe. Les rapports parlementaires sont clairs : le RN est un nid à influences russes, une « tête de pont » de la déstabilisation. Imaginez un peu : des dirigeants d'entreprises stratégiques confiant les clés de la maison à un parti soupçonné de connivence avec le Kremlin. On est au-delà du risque réputationnel, on est dans le sabotage pur et simple de notre souveraineté économique.

Les Français, eux, sont terrorisés par la dette et le déclassement, mais ils continuent de réclamer plus de protection à un État déjà en faillite. Ils rejettent le budget 2026, craignent pour leur épargne, mais semblent prêts à sauter dans le vide avec le premier venu qui leur promet de la sécurité sans contrainte.

Le crépuscule des illusions

En résumé, cette rencontre n'était pas un dialogue, mais un constat d'impuissance. Le patronat a compris que le RN est techniquement défaillant, mais il s'y prépare parce qu'il a perdu foi en tout le reste. La « consternation » n'est que le dernier stade avant la soumission.

À force de chercher un sauveur providentiel pour corriger les excès d'un système à bout de souffle, on finit par inviter l'amateurisme à sa table. Le contribuable, lui, n'était pas invité au dîner. C'est pourtant lui qui, comme d'habitude, finira par payer l'addition salée de cette farce tragique.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Eric Swalwell, l'homme du puissant lobby israélien AIPAC, démissionne en disgrâce

Eric Swalwell, l'homme du puissant lobby israélien AIPAC, démissionne en disgrâce

Élu démocrate de Californie depuis 2013, Eric Swalwell, chouchou de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), le lobby pro-israélien le plus puissant de Washington,a démissionné du Congrès le 13 avril 2026. Encensé par les médias après avoir évincé un vétéran anti-guerre, Eric Swalwell, il quitte aujourd’hui la scène sous le poids d’accusations de viol.Derrière la chute d'un homme, c'est tout un système de cooptation et d'impunité du Deep State qui se révèle. Eric Swalwell, grand favo


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Bitcoin 2026, l'illusion du calme plat et le grand pivot des stratèges, par Vincent Clairmont

Bitcoin 2026, l'illusion du calme plat et le grand pivot des stratèges, par Vincent Clairmont

Ne vous y trompez pas : si le prix du Bitcoin semble s'assoupir dans un tunnel entre $70 000 et $76 000 depuis quelques semaines, nous ne sommes pas face à une stagnation, mais face à une mutation profonde de votre patrimoine numérique. Pour ceux qui, parmi vous, gèrent activement leur épargne salariale ou leur trésorerie d'entreprise, la période actuelle est sans doute la plus critique de ce cycle. Après le sommet euphorique d'octobre 2025 à $126 198, le marché a fait son ménage. Ce que nous o


Rédaction

Rédaction

Dettes publiques : comment la Grèce et le Portugal se sont sortis d'affaire quand la France s'enfonçait, par Thibault de Varenne

Dettes publiques : comment la Grèce et le Portugal se sont sortis d'affaire quand la France s'enfonçait, par Thibault de Varenne

Beaucoup croient que "on ne peut rien faire" pour réduire la dette. Ben si ! Pendant que la France et la Belgique s'enfonçaient, la Grèce et le Portugal se sont sortis d'affaire. Voici comment. C’est un retournement de l’histoire qui devrait nous faire méditer, mes chers lecteurs. Il n'y a pas si longtemps, les cercles financiers et les chancelleries du Nord n'avaient qu'un acronyme à la bouche pour désigner les "pestiférés" de la zone euro : les PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Espagne). Ce term


Rédaction

Rédaction

Astuces : comment profiter de la réforme de l'épargne salariale, par Vincent Clairmont

Astuces : comment profiter de la réforme de l'épargne salariale, par Vincent Clairmont

Le Sénat vient de valider, ce 7 avril 2026, une réforme de l’épargne salariale qui, sous des dehors de « coup de pouce au pouvoir d'achat », cache en réalité une mutation profonde de votre patrimoine professionnel. Dans la jungle des textes législatifs (PPL n° 325), il faut savoir lire entre les lignes : entre la hausse brutale des prélèvements sociaux et l'injection forcée de risque dans vos PER, l'année 2026 n'est pas celle de l'attentisme, mais celle de l'offensive. Renforcement de l’attract


Rédaction

Rédaction