Le taux d'emprunt à dix ans de la France s'établit à 3,75 % au 22 mai, contre 3,06 % pour le Bund allemand : un écart de 69 points de base, soit près du double de la prime de risque observée début 2022. Dans le même temps, l'agence de notation KBRA a dégradé la signature souveraine française à AA-, l'Agence France Trésor doit lever plus de 530 milliards d'euros en 2026 — davantage qu'au pic de la pandémie — et la charge de la dette grimpe vers 59,3 milliards d'euros cette année, contre 36,2 milliards en 2020. La dette publique file vers 118,6 % du PIB en fin d'exercice.

Ces chiffres ont une conséquence patrimoniale que la plupart des épargnants français n'ont pas encore tirée. L'actif que la culture financière hexagonale présente depuis quarante ans comme le socle sans risque de toute épargne prudente — l'obligation d'État français, et le fonds en euros de l'assurance-vie qui en est gorgé — est précisément devenu le risque. Ce n'est pas un paradoxe rhétorique : c'est une lecture de bilan. Quand l'émetteur réputé le plus sûr voit sa note baisser, son besoin de financement battre des records et sa charge d'intérêts doubler en six ans, la « sécurité » qu'il vend à l'épargnant n'est plus qu'une habitude.
Je consacre la chronique de ce dimanche à un seul point de la doctrine Barbell : comment reconstruire la branche sûre de votre patrimoine quand la signature de votre propre État n'en fait plus partie. Je rappelle le principe pour les nouveaux lecteurs. La stratégie Barbell — l'haltère, en français — consiste à placer 70 à 80 % de son patrimoine dans des actifs très sûrs et 20 à 30 % dans des actifs à fort potentiel, en excluant tout le centre : pas de fonds diversifié, pas de portefeuille « équilibré » 60/40. Aujourd'hui, je ne traite que la branche sûre, parce que c'est elle que la dérive de l'État vient piéger.

Pour fixer les idées, je raisonne sur un patrimoine financier de 500 000 euros — le milieu de la fourchette de cette rubrique. Vous diviserez ou multiplierez selon le vôtre.
