En pleine troisième vague de chaleur, les arrêtés préfectoraux se multiplient pour interdire les travaux agricoles durant les heures les plus chaudes de la journée. En prévention des incendies, dans plusieurs départements, les agriculteurs ne peuvent plus moissonner, faucher, presser ou broyer entre 13 h et 19 h, voire jusqu'à 21 h. Résultat : des récoltes mûres, sèches, prêtes à tomber, contraintes d'attendre le bon vouloir administratif.
Alors que la troisième vague de canicule de l'été 2026 frappe la France, des préfets multiplient les arrêtés interdisant aux agriculteurs de moissonner l'après-midi, entre 13 h et 19 h, voire 21 h. Cher, Creuse, Charente, Deux-Sèvres, Gironde, Allier, Ille-et-Vilaine : la carte des interdictions s'étend, au motif du risque d'incendie.
Une série d'arrêtés qui bouleverse la campagne
Depuis le début de la nouvelle vague de canicule, plusieurs préfectures ont adopté des mesures exceptionnelles pour limiter le risque d'incendie. Le Cher, la Creuse, la Charente, les Deux-Sèvres, la Gironde, l'Allier ou encore d'autres départements concernés imposent désormais des restrictions horaires aux travaux agricoles. Les opérations de moisson, de fauchage, de pressage de paille ou de broyage sont suspendues durant les heures les plus chaudes, généralement entre 13 h et 19 h.

L'Ille-et-Vilaine est allée encore plus loin. À compter du 7 juillet, un arrêté préfectoral interdit dans 69 communes les moissons et le pressage du foin et de la paille de 13 h à 21 h, à l'exception du colza. Ces décisions évoluent au rythme des conditions météorologiques et sont régulièrement actualisées par les préfectures.
Le paysan, dont la survie économique dépend du rendement, se voit dicter des horaires qui risquent de compromettre la qualité du grain, augmenter les pertes et désorganiser les chaînes de collecte.
Les autorités justifient ces restrictions par la sécheresse persistante et le risque élevé de départ de feu provoqué par les machines agricoles. Une moissonneuse-batteuse peut effectivement produire des étincelles susceptibles d'enflammer une végétation extrêmement sèche.
Le risque d'incendie contre la logique des récoltes
Mais sur le terrain, les conséquences sont loin d'être neutres. La fenêtre de récolte est souvent très courte et dépend de la maturité des céréales, de l'humidité du grain, des prévisions météorologiques et de la disponibilité du matériel. Chaque heure perdue peut affecter la qualité de la récolte, retarder les chantiers suivants ou exposer les cultures à un épisode orageux susceptible de dégrader plusieurs mois de travail.

La profession rappelle d'ailleurs que les exploitants ont développé depuis longtemps leurs propres protocoles de prévention : citernes d'eau, déchaumeurs prêts à intervenir, extincteurs embarqués ou surveillance renforcée des parcelles.

Au-delà de la prévention des incendies, l'État ne se contente plus de fixer un objectif de sécurité ; il détermine désormais les horaires auxquels un agriculteur peut travailler sur sa propre exploitation, selon des règles décidées département par département.
Mais lorsque le bon sens paysan est systématiquement placé sous tutelle préfectorale, c'est une autre conception de la relation entre l'État et le monde agricole qui se dessine : celle d'une confiance qui s'efface au profit du contrôle.

