L’Europe de la discipline met une claque à l’Europe de la pleurniche

L’Europe de la discipline met une claque à l’Europe de la pleurniche


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L’Europe de la discipline (aussi appelée « Europe des radins ») vient de tenir la dragée haute aux dépensiers du club Med (France comprise), à l’occasion du Conseil Européen qui a commencé vendredi, et qui n’est toujours pas terminé à l’heure où  nous écrivons ces lignes. Macron avait promis de l’argent facile venu d’Europe. Manifestement, et comme nous l’annoncions depuis plusieurs semaines, la pilule ne passe pas auprès de ceux qui ont fait effort pour se désendetter depuis 2008.

Sans surprise (et comme l’avait indiqué le report d’un accord sur les retraites en France, vendredi), le conseil européen n’a, à ce stade, débouché sur aucun accord entre les pays du sud, consommateurs présumés des centaines de milliards d’aides, et les pays du nord, ulcérés par le grand gaspillage qui se prépare. Visiblement, le président Macron a marqué sa colère vis-à-vis de l’entêtement du hollandais Mark Rutte à refuser le principe d’une solidarité sans contrepartie au sein de l’Union. Mais Rutte n’est pas le seul à combattre : il emmène avec lui une nébuleuse à géométrie variable bien décidée à ne pas payer pour une Europe où la bureaucratie cache l’intérêt de quelques laxistes.

Les radins rabotent le plan franco-allemand

Pour l’instant, l’heure de l’accord n’a pas sonné, mais Mark Rutte peut se targuer d’avoir obtenu quelques concessions majeures dans la négociation.

Premièrement, les subventions ne seront pas supérieures à 390 milliards € sur un total de 750 milliards €. La France voulait un volume de 500 milliards et avait annoncé qu’elle refuserait tout montant inférieur à 400 milliards. Le reste de l’enveloppe sera alloué sous forme de prêts remboursables. Les initiés se souviennent qu’Angela Merkel avait annoncé que les délais de remboursement seraient courts…

Deuxièmement, Charles Michel, le président du Conseil, a mis sur la table une proposition de « frein » qui ressemble furieusement à un droit de veto de chaque membre sur l’utilisation des subventions. Il est probable que ce mécanisme soit lissé d’ici à la fin du sommet, mais tout indique que les Etats-membres auront l’obligation de justifier l’utilisation des subventions qu’ils recevront.

D’autres innovations pourraient apparaître d’ici à la fin du sommet. Rien n’exclut que l’attribution des prêts soit soumise à l’obligation de pratiquer des réformes de structure.

Le double jeu de l’Allemagne

Officiellement, Angela Merkel est hostile aux positions de Mark Rutte et à sa détermination à ne rien lâcher. Dans la pratique, la position allemande est un peu plus compliquée que cela.

Le 10 juillet, Angela Merkel avait tenu un sommet bilatéral avec le même batave Rutte. Elle y avait donné une conférence de presse, où elle avait expliqué :  » Malgré tous les ralentissements économiques, une aide qui n’est pas liée aux réformes et aux changements et qui est orientée vers l’avenir n’aide pas ». Nos lecteurs le savent, puisque le Courrier des Stratèges est le seul à avoir diffusé cette information.

Mark Rutte n’agit donc pas en cavalier solitaire. Non seulement il fédère derrière lui tout ce que l’Europe compte de radins, comme le Danemark, la Suède, l’Autriche, la Finlande… pays où la responsabilité individuelle a encore un sens. Mais il bénéficie du soutien anticipé d’Angela Merkel, dont il constitue, à certains égards, le discret porte-parole.

L’Europe de la discipline contre l’Europe de la pleurniche

Au demeurant, on peut difficilement reprocher à Mark Rutte de défendre des positions ordo-libérales, puisque le traité lui donne la possibilité d’exercer cette liberté. Les Hollandais, co-actionnaires d’Air France-KLM, sont bien placés pour comprendre dans quel trou noir les milliards qu’ils sont sommés de déverser en France (deuxième bénéficiaire prévu après l’Italie, rappelons-le) seront engloutis. Il faut être sacrément gonflé pour reprocher aux pays qui ont fait l’effort de se désendetter depuis 2009 de ne pas vouloir trinquer désormais pour ceux qui n’ont pas eu le courage (France en tête) de s’astreindre à la même discipline.

Ni la Hollande, ni l’Autriche, ni même l’Allemagne, ne veulent se serrer la ceinture pour engraisser nos ARS, nos agences pléthoriques, nos bureaucrates en tous genres amateurs de procédures castratrices et d’impôts en tous genres, nos retraites déficitaires chaque année, nos technocrates arrogants. On pouvait s’y attendre.

La France paie son égoïsme foncier

Qui sommes-nous d’ailleurs pour demander la solidarité des autres, quand nous sommes les premiers à les laisser tomber en cas de problème. En France, tout le monde a trouvé normal de faire passer les intérimaires français avant les salariés polonais de Peugeot. Dans l’affaire de l’usine de Douai, tous les « partisans de l’Europe » ont plaidé l’égoïsme national avant la solidarité européenne.

On ne dira pas autre chose de la récente directive sur le transport routier, qui sonne le glas de ce secteur en Roumanie. La France n’a pas hésité à utiliser sa position de force pour ruiner un petit pays pauvre.

Et maintenant, nous attendrions de ceux sur qui nous marchons allègrement dans nos bouffées d’égoïsme un engagement en faveur de la solidarité avec nous ? La grosse blague.

L’hypocrisie des européistes leur pète à la figure

Ce sommet européen est un « moment de vérité » comme l’a dit Emmanuel Macron à son arrivée à Bruxelles, mais dans un sens différent de celui qu’il croit. Depuis plusieurs décennies, la France aime l’Europe quand l’Europe lui rapporte. Tant que la PAC protège notre agriculture, tant que nous pouvons limiter la libre circulation des travailleurs pour faire venir des Africains clandestins plutôt que des Polonais ou des Roumains, tant que nous pouvons emprunter à taux négatif grâce à la signature allemande, nous aimons l’Europe. Et nous l’aimons encore plus quand elle nous annonce 35 milliards de subventions pour payer le chômage partiel durable sur lequel Macron compte pour être réélu.

En revanche, quand l’Europe nous demande d’aider la Grèce à bloquer les colonnes de migrants qu’Erdogan envoie, quand elle nous demande d’aider la Pologne, la Hongrie, et quelques autres, on préfère parler « Etat de droit », « démocraties illibérales », et autres affichages commodes pour ne pas bouger le petit doigt. A jouer les solidaires en étant parfaitement égoïstes, hein, on récolte des tempêtes.


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