Le Great Reset n’est pas un complot, mais une conspiration au sens de l’UE

Le Great Reset n’est pas un complot, mais une conspiration au sens de l’UE


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Hier, j'ai publié le Guide des théories du complot édité par l'Union Européenne. J'ai souligné cette étrange remarque introduite par le guide, selon laquelle les complots seraient des inventions populistes, mais les conspirations existeraient vraiment. En reprenant la définition officielle de la conspiration, on comprend qu'elle correspond parfaitement à ce qu'est le Great Reset.

J’ai évoqué hier la distinction subtile introduite par l’Union Européenne entre les complots et les conspirations. Selon le guide officiel de l’Union, qui fait désormais référence dans les sphères internationales, les deux notions ne désignent en effet pas les mêmes choses.

Ainsi, pour l’Union Européenne, plusieurs critères distinguent les complots et les conspirations :

  • les conspirations « portent sur un événement spécifique » alors que les complots sont beaucoup plus généraux (par exemple, les Juifs, les Franc-maçons sont taxés de complots permanents)
  • les conspirations impliquent un nombre limité de personnes, alors que les complots sont beaucoup plus larges
  • le déroulement des conspirations font place aux aléas, alors que les complots sont présentés comme inéluctable et au déroulement certain et planifié.

Ces trois critères sont tout à fait pertinents pour expliquer que le Great Reset n’est pas un complot, mais une conspiration selon les termes officiels de l’Union Européenne.

Le Great Reset, un projet spécifique

Le Great Reset présente l’avantage d’être parfaitement décrit dans une série de publications assumées par leurs auteurs. On rappellera d’abord l’ouvrage publié par Schwab et Malleret, en juillet 2020, qui expose les grandes idées des auteurs sur la « bascule » énergétique qui doit suivre la crise du COVID.

Mais on peut aller plus loin en rappelant le Forum de Davos consacré au Great Reset lui-même. Cette session a donné lieu à une multitude d’échanges ouverts entre les financeurs du Forum.

Nous sommes donc ici très loin d’un « super-complot » diffus comme l’évoque le Guide de l’Union. Nous sommes face à ce que l’Union appelle une conspiration : un projet précis, exposé publiquement d’ailleurs, aux contours identifiables, qui est susceptible de se mettre en place. Le Great Reset est un « événement spécifique » que l’on peut facilement documenter.

Des acteurs parfaitement connus

Autre caractéristique du Great Reset : il énonce clairement ses propres acteurs. On sait qu’il est le produit du World Economic Forum. On connaît les auteurs du livre. On peut identifier les participants au WEF qui traitait de ce sujet. Le WEF lui-même publie la liste des Young Global Leaders qu’il a formé et qu’il entraîne dans cette aventure.

Cette conspiration mondialisée ne repose donc pas sur des centaines de milliers de personnes appartenant à une groupe mal défini. Les adeptes de ce projet sont aussi connus que le contenu du projet lui-même.

Dans tous les cas, nous ne sommes pas ici face à une théorie du complot.

Un déroulement incertain

Autre point essentiel : l’issue du Great Reset est tout sauf un chemin balisé. Alors que les théories du complot expliquent a posteriori tous les événements par un seul projet simple, le Great Reset n’appartient certainement pas à cette catégorie. Il s’agit d’un projet politique très incertain, au déroulement soumis à des aléa politiques inattendus.

Le Great Reset est « dans l’histoire » : sa réussite est tout sauf acquise, et ses promoteurs doivent s’adapter au principe de réalité.

Là encore, nous sommes loin de la théorie du complot.

Le Great Reset et Karl Popper

Les lecteurs de Karl Popper, que nous avons évoqué lors de notre semaine libertarienne, se souviennent que, dans le second tome de la Société ouverte, le philosophe allemand écrit, à propos des complots :

Je ne nie évidemment pas l’existence de complots. Ceux-ci se multiplient même chaque fois que des gens croyant à leur efficacité accèdent au pouvoir. Cependant, il est rare que ces complots réussissent à atteindre le but recherché, car la vie sociale n’est pas une simple épreuve de force entre groupes opposés, mais une action qui se déroule dans le cadre plus ou moins rigide d’institutions et de coutumes, et qui produit maintes réactions inattendues.

Les libertariens méditeront et même rumineront longuement ces phrases. Les complots existent, mais ils ne sont jamais sûrs d’aboutir.

On ne pouvait mieux décrire le Great Reset lui-même.


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