Alors que le quotidien multiplie les éditoriaux sur l’insécurité et la lutte antidrogue, plusieurs journalistes du Le Figaro seraient soupçonnés d’avoir consommé de la cocaïne lors d’une soirée organisée au siège du journal, fin mars. Une affaire que la direction tente manifestement d’étouffer, selon les révélations du Le Canard enchaîné.

Le 26 mars dernier, sur la terrasse du siège du Figaro dans le IXe arrondissement, trois jeunes journalistes web fêtaient leur titularisation. Selon Le Canard Enchaîné, la soirée aurait dérapé : plusieurs participants sont soupçonnés d’avoir consommé de la cocaïne. La direction se dit « très emmerdée ». Le quotidien, qui martèle la tolérance zéro dans ses colonnes, n’a pas jugé bon d’informer ses lecteurs.
Les faits : une fête, de la poudre, et beaucoup d'embarras
Tout commence sur la terrasse du siège du Figaro, IXe arrondissement de Paris. Trois jeunes recrues du service web célèbrent leur titularisation. Parmi eux, selon Le Canard Enchaîné qui a révélé l'affaire, le fils d'un directeur du journal, détail qui n'est pas anodin quand on parle de la gestion interne d'un scandale.

Alexis Brézet, patron des rédactions, et Vincent Trémolet de Villers, son numéro deux, seraient même passés saluer la tablée. Ce qui s'est passé ensuite a rapidement pris un surnom maison : le « schnouf gate ».
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Plusieurs des participants sont soupçonnés d'avoir consommé de la cocaïne. En interne, « la direction est très emmerdée », confie un cadre à l'hebdomadaire satirique. Aucune ligne n'a paru dans le quotidien sur l'incident.
Enjeux de pouvoir et conflits d’intérêts
Ce silence aurait pu passer inaperçu si le Figaro n'était pas précisément ce journal-là. Propriété de la famille Dassault, empire industriel et médiatique, Le Figaro figure parmi ces grands médias traditionnels, largement subventionnés par l’État.

Le titre s'est distingué ces dernières années par une ligne éditoriale prompte à stigmatiser la consommation de drogues dans les classes populaires ou dans certains milieux politiques. La présence de descendants de cadres parmi les fêtards pose la question des réseaux et de la reproduction sociale au sein de la rédaction. Quand la tolérance zéro s’arrête aux portes des rédactions parisiennes, on mesure le fossé entre le discours éditorial et la pratique quotidienne.

Plus révélateur encore : aucune réaction de CNews, BFMTV, ni des figures habituelles du commentaire moral Marlène Schiappa, Shannon Seban... Ces mêmes voix qui, il y a quelques semaines à peine, s'étaient acharnées pendant plusieurs jours sur Rima Hassan pour une simple consommation de CBD, substance légale , n'ont pas trouvé un mot à dire sur de la cocaïne consommée dans une rédaction du CAC 40 médiatique.

On lynche les opposants pour du chanvre légal, on protège les amis pour de la poudre illégale. Dans un contexte où les grands groupes de presse bénéficient d’importantes aides publiques directes et indirectes, la question de l’exemplarité se pose avec acuité.
