La réouverture du pavillon russe à la Biennale de Venise suscite une intense polémique. Mais fermer ce Pavillon d'autorité est-il conforme à l'état de droit européen ?

Il est des jardins que l'on croit protégés par le temps, comme nos vieilles forêts girondines où chaque parcelle raconte une lignée, un droit, une appartenance. Les Giardini de Venise sont de cette trempe. Depuis plus d'un siècle, ce petit bout de terre ferme face au Grand Canal fait office de « condominium » international, une mosaïque de souverainetés où chaque pavillon est un poste d'affût pour l'esprit. Mais voilà que le vent tourne. À Venise, ce printemps 2026, on ne sonne plus la charge pour l'art, mais l'hallali juridique contre le pavillon de la Fédération de Russie.


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Un pavillon, un territoire, une lignée
Pour comprendre la querelle, il faut d'abord connaître le terrain. Le pavillon russe, érigé en 1914, n'est pas une simple salle de bal louée pour la saison. C'est un actif immobilier, une propriété d'État ancrée dans le sol vénitien. En vènerie, on respecterait le droit de passage ; ici, la doctrine assimile presque ces enceintes à des ambassades, jouissant d'une forme d'extraterritorialité où la Biennale n'a traditionnellement pas son mot à dire sur le choix des chiens, ou plutôt des artistes.

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Je m'abonne gratuitement à la chaîne TelegramC’est ce « jardin de paix » que défend Pietrangelo Buttafuoco, le président de la Fondation, refusant de transformer l’institution en tribunal. Pour lui, tant qu’une nation est reconnue par l’Italie, elle a son rond de serviette à la table des nations. Mais le droit européen, lui, a décidé de mener une autre battue.
La traque administrative de Bruxelles
Car derrière la poésie des jardins, il y a la rigueur des règlements. La Commission européenne a levé une meute de sanctions — les fameux règlements 833/2014 et 269/2014 — qui, au fil des ans et des « paquets », ont fini par enserrer toute forme de coopération culturelle.
