La révolution française est-elle un complot maçonnique ?

La révolution française est-elle un complot maçonnique ?

Philippe Égalité, La Fayette, la loge des Neuf Sœurs, l'abbé Barruel : la liste des révolutionnaires maçons, les contre-exemples, et ce que pesèrent vraiment les loges.


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Par Thibault de Varenne

Le grand maître des francs-maçons de France a voté la mort du roi. Voltaire, La Fayette, Mirabeau, Desmoulins portaient le tablier. Un abbé émigré, Barruel, y vit dès 1797 la preuve d'un plan. Combien de révolutionnaires étaient vraiment maçons — et pourquoi les loges ont-elles fini, elles aussi, sous le couteau ? Thibault de Varenne rouvre le dossier.

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Le 16 janvier 1793, un homme vota la mort du roi. Il s'appelait Louis-Philippe d'Orléans, cousin de Louis XVI, et il était, depuis vingt ans, grand maître du Grand Orient de France — c'est-à-dire le premier des francs-maçons du royaume. Le chef de l'obédience envoyait son roi à l'échafaud. On comprend que la scène ait nourri, depuis, tous les soupçons.

Car les indices ne manquent pas, et il faut les poser franchement. Dans les loges parisiennes des années 1780, on croise déjà La Fayette, Mirabeau, le futur auteur de La Marseillaise Rouget de Lisle. La fameuse loge des Neuf Sœurs initie Voltaire quelques semaines avant sa mort, réunit Benjamin Franklin, et verra passer plusieurs hommes de 1789. Le vocabulaire même de la Révolution — la régénération, la fraternité, le temple des lois, l'Être suprême — semble sorti tout droit des rituels. Un abbé émigré, Augustin Barruel, en tira dès 1797 une thèse retentissante : la Révolution n'avait pas été un accident, mais l'exécution d'un plan, tramé dans les arrière-loges par une secte décidée à abattre le trône et l'autel.

La démonstration a de quoi séduire. Elle donne à l'immense désordre un ordre caché ; elle offre à la catastrophe un auteur. Et un peuple qui vient de perdre son roi, ses églises et ses repères préfère souvent croire à un complot qu'à un enchaînement.

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Alors la question mérite d'être prise au sérieux, non balayée. Combien de révolutionnaires portaient vraiment le tablier ? Quel fut leur rôle réel ? Et pourquoi, si la maçonnerie tenait le fil, s'est-elle retrouvée, elle aussi, sous le couteau ? Les archives sont publiques. Ce qu'on y lit ne ressemble tout à fait à aucun des deux récits.