Chers contribuables, chers « administrés » — ou devrais-je dire, chers sujets de l’expérience fiscale permanente —, réjouissez-vous ! Alors que vous comptez vos sous pour boucler un mois de janvier interminable, que vous vous débattez dans la jungle des normes que ces mêmes génies produisent à la chaîne, une grande nouvelle vient de tomber. Une nouvelle qui réchauffe le cœur… de ceux qui ne craignent jamais le froid.

Il semblerait que nos hauts fonctionnaires, ces vaillants capitaines qui pilotent le paquebot France vers l'iceberg de la faillite avec une constance admirable, se sentaient un peu… exposés. La Cour des comptes et quelques autres instances, dans un accès de lucidité passager, commençait à demander des comptes sur la gestion des finances publiques. Quelle horreur ! Imaginez : un serviteur de l'État qui devrait répondre de ses erreurs de gestion sur ses propres deniers, comme le ferait n'importe quel artisan ou chef de PME ? On frôlait le sacrilège.
Heureusement, la solidarité de corps — cette version chic de l'omerta — a fonctionné. On nous annonce donc une protection juridique renforcée pour la « caste ». Car voyez-vous, il est injuste que ces esprits brillants soient distraits par des tracasseries judiciaires alors qu'ils sont occupés à dépenser l'argent que vous n'avez pas encore gagné.
L’ironie est savoureuse, mais elle laisse un goût de cendre.
D'un côté, nous avons le Français ordinaire. Pour lui, la responsabilité est une compagne de tous les instants. S’il se trompe dans une déclaration URSSAF, le couperet tombe. S’il ne respecte pas une norme environnementale obscure pondue par un bureaucrate à 8 000 euros par mois, l’amende arrive. S’il gère mal son commerce, il fait faillite. Pour lui, le droit est un carcan ; pour la caste, c’est un bouclier.

De l’autre côté, nous avons l’Aristocratie d’État. Ils ont le monopole de la décision, mais l’immunité face aux conséquences. Ils peuvent engager des milliards dans des politiques publiques désastreuses, signer des contrats léonins, ou voir s'évaporer des fonds publics par pure incompétence : l’État, ce grand assureur de l’irresponsabilité, sera toujours là pour leur payer les meilleurs avocats. Avec votre argent, naturellement.
C'est là toute la magie du "modèle français" : nous avons réussi à créer un système où plus vous avez de pouvoir sur la vie des autres, moins vous êtes tenu de rendre des comptes. C’est la définition même de la tyrannie douce. Le contrat social est devenu une voie à sens unique : vous payez pour leurs erreurs, et vous payez maintenant pour qu'ils soient protégés contre l'idée même qu'ils pourraient en commettre.

Pendant que la position du citoyen devient de plus en plus précaire, grignotée par l'inflation et la surveillance administrative, la Citadelle de Bercy renforce ses ponts-levis. On nous explique que c'est pour "libérer l'action publique". Traduction : pour que la technocratie puisse continuer son œuvre de démolition économique sans être importunée par les râles de ceux qu'elle prétend servir.
Frédéric Bastiat disait que « l’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». Il avait tort sur un point : ce n'est pas "tout le monde". C'est une élite très précise qui vit aux dépens d'une majorité de plus en plus exsangue, tout en s'octroyant le luxe suprême : celui de l'impunité légale.
Dormez tranquilles, braves gens. Vos maîtres se portent bien. Et si le navire coule, sachez qu'ils ont déjà sécurisé les canots de sauvetage juridiques pour eux et leurs amis. Pour vous ? Il reste toujours la fierté de payer l'essence des moteurs.



