Un ambassadeur va perdre son poste pour avoir exécuté une politique qu'il n'a pas décidée. Paris s'est retrouvé seul à l'ONU sur le dossier iranien ; il cherche désormais à qui faire porter cette solitude. La question n'est pas de savoir si la France s'est isolée. Elle est de savoir si un pouvoir qui n'assume plus ses propres choix peut encore prétendre en avoir.

On apprend, par Intelligence Online, que l'Élysée souhaite retirer à Jérôme Bonnafont la mission permanente de la France auprès des Nations unies, à New York. Le diplomate occupe ce poste depuis février 2025. Son départ n'était pas prévu. On le remplacerait par Frédéric Mondoloni, directeur général des affaires politiques du Quai d'Orsay, qui visait jusqu'ici Londres ou Rome. L'ordre des mutations s'inverse dans la précipitation. C'est à cela qu'on reconnaît une décision prise sous le coup de l'humeur, et non de la raison.

L'humeur a une date. Le dimanche 24 mai, devant ses équipes, le président s'est emporté contre l'isolement de la France sur la séquence iranienne. Une colère, nous dit-on, mémorable. Les colères des princes le sont toujours pour ceux qui les reçoivent. Reste à savoir ce qu'elles produisent, une fois la voix retombée.
Ce que l'ambassadeur a fait
Rappelons les faits, car on les oublie vite. Au printemps, l'Iran bloque de fait le détroit d'Ormuz. Le Conseil de sécurité adopte le 11 mars la résolution 2817, qui condamne les frappes iraniennes contre les États du Golfe ; la France la coparraine. Le 7 avril, un projet porté par Bahreïn sur la liberté de navigation est soumis au Conseil. La France vote pour. Le texte tombe sous le double veto russe et chinois. À ce moment-là, Paris n'est pas isolé : il est du côté de ceux que Moscou et Pékin viennent de désavouer.
