Fuite de données à Bercy : quel serait le salaire de l'énarque mise en cause en cas de sanction ?

Fuite de données à Bercy : quel serait le salaire de l'énarque mise en cause en cas de sanction ?

Si la patronne de la DGFiP était démise après les fuites de données, elle garderait corps et traitement : 6 500 à 7 750 € brut de base, 11 000 à 12 500 € avec primes. Les textes.

13 min de lecture

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Par Élise Rochefort

Trois fuites de données fiscales, un audit attendu en septembre, et une question que personne n'a chiffrée : si Amélie Verdier devait quitter la direction générale des Finances publiques, que deviendrait sa rémunération ? Les textes de la réforme de 2022 permettent d'y répondre à quelques centaines d'euros près.

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L'audit commandé par le Premier ministre après les intrusions de juin, juillet et août 2026 dans les systèmes de la direction générale des Finances publiques (DGFiP) doit rendre ses conclusions en septembre. La directrice générale, Amélie Verdier, a présenté des excuses publiques le 18 août et n'a pas quitté ses fonctions. L'emploi qu'elle occupe est un emploi « à la décision du Gouvernement », au sens du décret n° 85-779 du 24 juillet 1985 : il peut lui être retiré à tout moment, sans motif, par décret en conseil des ministres. Ce que le retrait ne peut pas lui retirer, c'est son corps d'origine.

Le corps, le grade, les deux échelons

Sortie de l'ENA en 2004 (promotion Léopold Sédar Senghor), Amélie Verdier a été affectée à l'Inspection générale des finances, où elle a servi trois ans avant de rejoindre la direction du Budget. Elle préside aujourd'hui l'association des membres de ce corps. Avec vingt-deux ans d'ancienneté, dont cinq à la direction du Budget et deux à la DGFiP, elle détient nécessairement le grade terminal d'inspectrice générale des finances.

La grille de ce grade, fixée par le décret n° 73-276 du 14 mars 1973 modifié, ne comporte que deux échelons, tous deux « hors échelle » : HED (trois chevrons) puis HEE (deux chevrons). Au point d'indice en vigueur (4,92278 € brut mensuels), le traitement indiciaire correspondant s'établit entre 6 252 € brut par mois (HED, troisième chevron) et 6 542 € brut par mois (HEE, deuxième chevron). À son ancienneté, c'est le second montant qui s'applique, soit 78 500 € brut par an de traitement de base.

Ce corps est en extinction depuis le 1er janvier 2023, en application du décret n° 2021-1550 du 1er décembre 2021 portant statut des administrateurs de l'État. Ses membres ont disposé d'un droit d'option pour rejoindre ce nouveau corps. Le choix fait par Amélie Verdier n'est pas public ; il détermine pourtant le mécanisme applicable.

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Ce que prévoient les textes en cas de départ

Le statut particulier de l'IGF ne contient aucune disposition propre aux anciens directeurs d'administration centrale : ni échelon de reclassement, ni garantie de rémunération. Le mécanisme se trouve dans le décret n° 2022-1453 du 23 novembre 2022, qui régit l'entrée, l'occupation et la sortie de l'ensemble des emplois supérieurs de l'État, emplois à la décision du Gouvernement compris.

Son article 8 distingue deux cas. Les administrateurs de l'État « conservent, à l'issue du détachement dans l'emploi, l'échelon auquel ils sont parvenus dans cet emploi et l'ancienneté acquise dans cet échelon » : l'indice de directrice générale est intégralement rapporté dans le corps. Les fonctionnaires des autres corps « conservent, à titre personnel et tant qu'ils y ont intérêt, le dernier indice détenu, dans la limite de l'indice brut sommital de leur grade » ; ils bénéficient en outre d'une bonification d'ancienneté de quatre mois par année passée dans un emploi de premier niveau. L'article 9 précise que les primes et indemnités sont celles « afférentes à l'emploi » : elles ne suivent pas l'agent qui le quitte.

Deux fourchettes en découlent. Si Amélie Verdier est restée inspectrice générale des finances, son traitement indiciaire serait plafonné au sommet de son grade, soit 6 542 € brut par mois. Si elle a opté pour le corps des administrateurs de l'État, elle conserverait l'échelon atteint comme directrice générale, au sommet de la grille d'administratrice générale : entre 7 500 € et 7 750 € brut par mois de traitement, selon les tables publiées.

Les primes, et la comparaison avec l'emploi actuel

Le traitement indiciaire n'est qu'une partie de la rémunération. L'Inspection générale des finances relève du régime indemnitaire RIFSEEP, avec des plafonds propres au corps. Les avis de vacance publiés au Journal officiel pour les emplois d'inspecteur des finances — le grade de base — annoncent une rémunération brute annuelle, part fixe et part variable comprises, « comprise entre 70 000 € et 120 000 € ». Pour les inspecteurs généraux, les avis mentionnent une part fixe et une part variable « selon l'expérience », sans chiffre. Les ordres de grandeur admis pour un inspecteur général en fin de carrière se situent entre 130 000 € et 150 000 € brut par an, soit 11 000 € à 12 500 € brut par mois. Le montant exact dépendrait des missions confiées et de la cotation des fonctions, et ne peut être établi sans l'arrêté indemnitaire applicable.

La rémunération de l'emploi de directeur général des Finances publiques n'est pas publiée individuellement. Les emplois de direction de premier niveau de l'État sont rémunérés, part variable comprise, au-delà de 200 000 € brut par an. L'écart entre les deux situations tient donc pour l'essentiel aux primes attachées à l'emploi ; sur le traitement de base, les textes sont conçus pour qu'un directeur d'administration centrale ne redescende pas.

À titre de comparaison, le salaire médian d'un cadre du secteur privé s'établit autour de 4 200 € brut par mois (Apec, 2025). Un inspecteur des finances publiques de la DGFiP — l'agent de catégorie A qui, dans un service des impôts, traite les dossiers dont les données ont fui — débute à environ 2 100 € brut par mois et termine sa carrière, hors primes, autour de 3 900 €.

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Ce que serait son emploi du temps

Amélie Verdier reviendrait au service comme inspectrice générale. Ce qui changerait, c'est l'activité. Les membres de l'IGF affectés au service travaillent sous l'autorité directe du chef du service, par missions de trois à quatre mois en moyenne, en équipes de deux à quatre, sur des sujets commandés par le ministre ou le Premier ministre : audit d'un opérateur, revue d'une dépense, évaluation d'une politique publique. La mission commence par une lettre de cadrage, se poursuit par des déplacements et des entretiens, et se conclut par un rapport, dont la publication n'est pas systématique. Les inspecteurs généraux en fonctions au service supervisent ces missions, en signent les rapports et en assurent la présentation aux commanditaires. Ils peuvent aussi être placés en mission auprès d'une autre administration, ou détachés, ou mis à disposition. Il n'existe pas de fiche d'emploi du temps ; le rythme est celui du calendrier des missions, sans obligation de présence quotidienne.

Une partie des anciens directeurs d'administration centrale revenus à l'IGF y reste peu de temps avant une nouvelle nomination — établissement public, autorité indépendante, entreprise à participation publique, secteur privé après avis de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. La durée moyenne de ce passage n'est pas documentée.

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Deux lectures

Pour Eric Verhaeghe, directeur de la publication du Courrier des Stratèges, ce dispositif vide de contenu la responsabilité des dirigeants de l'État : tant que le retour au corps garantit le traitement et un régime indemnitaire élevé, la sanction se résume à la perte d'un titre. Les défenseurs du système répondent que la garantie du corps protège l'administration des purges politiques, que la rémunération de sortie reste inférieure à celle de l'emploi, que les intrusions relèvent d'une criminalité organisée ayant frappé aussi des entreprises privées, et que la responsabilité politique appartient au ministre.

À la date de publication, Amélie Verdier est en poste. Les conclusions de l'audit sont attendues en septembre. Le corps d'origine, lui, ne dépend pas de ces conclusions.


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