Le tribunal correctionnel de Besançon examinait mercredi le dossier sensible opposant Yona Faedda, militante du collectif identitaire Némésis, à l’ancienne maire écologiste de Besançon Anne Vignot. Le parquet a requis une peine de travail d’intérêt général pour diffamation après une action coup de poing menée en janvier 2025 contre la politique migratoire défendue par l’élue. Derrière ce procès se joue un affrontement idéologique devenu explosif en France : sécurité, immigration, liberté d’expression et instrumentalisation politique des peurs collectives.

L’affaire dépasse largement le simple contentieux pénal. Elle expose la tension croissante entre une parole militante radicale et des institutions politiques accusées, par leurs opposants, de minimiser certaines réalités liées à l’insécurité.
Une opération militante devenue une affaire judiciaire
Le 8 janvier 2025, plusieurs militantes du collectif Némésis interrompent la cérémonie des vœux d’Anne Vignot à Besançon. Bandes déroulées, slogans scandés, tracts jetés dans la salle : l’action est pensée pour produire un choc médiatique immédiat. Le message est brutal : « violeurs étrangers bienvenus » et « Vignot complice ».
Lors du carnaval de #Besançon, des personnes ont brandi deux pancartes associant migrants et violeurs. Une banderole avec un message similaire a été suspendue sur une façade de la grande rue. Dès demain je porterai plainte pour incitation à la haine pour la Ville.
— Anne Vignot (@Anne_Vignot) April 7, 2024
Pour le parquet, la qualification ne fait guère de doute. La procureure Solène Nonnier considère que ces slogans attribuent implicitement à l’ancienne maire un soutien aux auteurs de viols étrangers, portant ainsi atteinte à son honneur. La militante de 21 ans comparaît pour diffamation envers une personne dépositaire de l’autorité publique. Le jugement sera rendu le 3 juillet.
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Face au tribunal, Yona Faedda défend une action politique visant, selon elle, la ligne migratoire de l’élue écologiste et son opposition à certaines dispositions de la loi Immigration, notamment celles facilitant l’expulsion de criminels étrangers. Son avocat, Frédéric Pichon a souligné que les membres de Némésis sont souvent des jeunes femmes marquées par des traumatismes liés aux violences sexuelles, et que les propos visaient une prise de position politique, non la personne privée. Il a plaidé la relaxe, en contestant que l’élue ait été visée en tant que maire.
Némésis, laboratoire d’une nouvelle droite militante
Créé autour des questions d’insécurité et de violences sexuelles, Némésis occupe désormais une place particulière dans l’écosystème militant français. Le collectif cherche à articuler discours féministe et dénonciation de l’immigration, stratégie qui lui permet de médiatiser fortement chacune de ses opérations.

L’avocat de l’ancienne maire, Tewfik Bouzenoune, accuse au contraire le mouvement de diffuser une « paranoïa » collective autour des étrangers et de multiplier les campagnes de harcèlement politique. Anne Vignot a dénoncé une « manipulation sociétale » exploitant l’émotion suscitée par les faits divers sexuels.

Mais le procès révèle aussi une difficulté plus profonde pour les pouvoirs publics : quand les chiffres des violences sexuelles commises par des ressortissants étrangers font régulièrement la une des faits divers. Némésis l’a parfaitement compris : dans une société fracturée par les questions migratoires et sécuritaires, chaque procès devient une tribune.
Le jugement attendu début juillet dira si la justice considère que la frontière entre critique politique radicale et diffamation a été franchie.
