Dette française à 120% du PIB: par le plan de relance européen, Berlin a mis Paris sous contrôle durable

Dette française à 120% du PIB: par le plan de relance européen, Berlin a mis Paris sous contrôle durable


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La dette publique française est hors de contrôle. Quand les médias nous disent pudiquement que Bruno Le Maire et Olaf Scholz présentent ensemble leurs plans de relance nationaux éligibles au plan de relance européen, il faut comprendre que Paris a obtenu de Berlin la permission de faire passer sa dette de 100à 120% du PIB. Les sommes demandées et leur répartition dans les rubriques du plan de relance ont d'ailleurs peu à voir avec un retour du pays à la croissance et à la création d'emplois, seule façon de tenir les engagements de revenir dans les critères de Maastricht. Investissements dans l'économie verte et dans le numérique décidées d'en haut ne répondent en rien aux besoins de l'économie française. Un nouvel épisode de la gabegie française se prépare. Gare au retour brutal dans la réalité

La dette publique est hors de contrôle, comme le montre le graphqieu ci-dessus. Bruno Le Maire le sait bien, qui s’impatientait depuis quelques jours de voir l’Allemagne procrastiner l’approbation du plan de relance européen. Enfin, après un feu vert accordé du bout des lèvres par le Tribunal Constitutionnel de Karlsruhe, le ministre français a pu obtenir une présentation publique commune des plans de relance nationaux avec son collègue allemand Olaf Scholz. Il ne faut pas se faire d’illusions: le temps où la France et l’Allemagne parlaient sur un pied d’égalité est révolu. L’Allemagne a besoin de la France sans qui l’Union européenne et la zone euro se disloqueraient. Et le gouvernement allemand apporte donc une caution à l’endettement français – empêchant ainsi une remontée des taux français au sein de la zone euro.

Le  plan de relance présenté par la France à l'automne 2020

Le plan relance et de résilience français est en fait déjà connu depuis plusieurs mois.  est désormais accessible. Rien de nouveau dans la présentation de Bruno Le Maire, sinon pour demander que l’UE accepte de financer 40 des 100 milliards du plan déjà présenté à l’automne.  Les vingt-sept pays-membres de l’Union Européenne ont lancé un plan nommé « Recovery and Resilience Facility ». Le NRRP français représente 40 milliards d’euros sur cet investissement total européen de 750 milliards d’euros, financé par une « dette commune » (« common debt ») des pays européens.

Les priorités établies par les Européens sont:

  • L’environnement,
  • Le renforcement de la compétitivité, en particulier numérique.
  • La « cohésion ».

Ces trois axes sont détaillés comme suit dans le cas français :

L'habillage pour Bruxelles et Berlin

Dans le plan français de 100 milliards tel qu’indiqué dans le schéma ci-dessus, les trois postes sont à peu près équilibrés. Mais à Bruxelles – et pour complaire à la très écologiste Chancelière Merkel – il faut montrer patte…verte. Donc, sur les 40 milliards demandés à Bruxelles, le gouvernement français veut mettre l’accent sur ce dernier axe en allouant 50% des investissements demandés au titre du plan de relance à la transition écologique.

Le principal investissement vert se fera dans les infrastructures et mobilités vertes, avec une enveloppe de 7 milliards d’euros. Ce fonds servira notamment au « verdissement du parc automobile français », au « soutien à la demande en véhicule propre » ou encore à « l’accélération de travaux sur les infrastructures de transports ».

5,8 milliards d’euros seront également attribués au secteur de la rénovation énergétique des bâtiments publics et privés, des logements sociaux, et des TPE/PME.

Le retour à la croissance et la réduction de la dette française ne sont pas à l'horizon

Autant dire que le gouvernement français ne prend absolument pas les moyens d’un redressement de l’économie par le retour à la croissance et la réduction des déficits publiques.  Une projection intéressante publiée par Rexecode à la mi-avril montre deux choses:

  • quel que soit le scénario d’effort budgétaire retenu par le gouvernement français, si l’on reste dans la logique actuelle, la dette, aujourd’hui à 116% du PIB stagnera; et plus vraisemblablement elle montera encore d’ici 2030 – au-dessus de 125%.
  • le planisme écologique très en vogue à Washington, Bruxelles ou Berlin aujourd’hui, est mauvais pour la croissance de notre pays: plus la France aura pour objectif la croissance, plus elle manquera les objectifs d’émission fixés par notre nouvelle Internationale (la Conférence de Paris) et notre Gosplan local, la Commission Européenne.

La gesticulation française dans le cadre du plan de relance européen obéit donc à une logique très simple: éviter la hausse des taux, qui porterait nos déficits encore plus haut.  Elle n’obéit à aucune logique d’économie de marché.


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