Dette et COVID : Bruno Le Maire officialise le capitalisme de connivence en France

Dette et COVID : Bruno Le Maire officialise le capitalisme de connivence en France


Partager cet article

Si l’on cherchait une parfaite illustration du capitalisme de connivence et du venin qu’il distille dans la société française, on la trouverait dans les annonces de Bruno Le Maire concernant la dette des entreprises. L’écrivain devenu ministre à ses heures perdues vient en effet d’expliquer que les entreprises ayant bénéficié d’un prêt garanti par l’Etat feraient l’objet d’un « deux poids deux mesures ». Au cas par cas, l’Etat examinera l’intérêt d’abandonner leur dette auprès de lui. Et l’on comprend soudain que les amis du pouvoir et de la caste seront mieux traités que les autres, et pas qu’un peu.

Bruno Le Maire, avec une forme de candeur rare dans la classe politique, n’est jamais avare d’une phrase qu’il croit très adroite sur les vérités profondes du capitalisme de connivence dont il est l’un des grands admirateurs et adeptes. Dans cette anthologie des vérités cachées, il a lâché hier une nouvelle perle qui mérite d’être savourée à sa juste valeur.

Bruno Le Maire et les entreprises : deux poids deux mesures

On se souvient que, il n’y a pas longtemps, Bruno Le Maire s’est produit devant le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale pour dénoncer les entreprises qui « avaient réussi à obtenir des aides » de la part d’un Etat tout à fait protecteur, qui a géré avec brio la crise du COVID. De façon en apparence contradictoire, Bruno Le Maire a déclaré hier sur BFM TV :

« Je ferai le maximum pour éviter les faillites dans notre pays. (…) On ne va pas attendre que l’entreprise se prenne le mur. On va regarder sa situation (…) voir s’il faut étaler sa dette, voire annuler sa dette en partie. Je proposerai d’ici quelques semaines un dispositif de concertation et de conciliation qui doit permettre pour toutes les entreprises qui sont en train d’arriver face à ce mur de la dette de leur proposer une solution sur mesure. »

Un jour, donc, on dénonce les entreprises qui ont obtenu des aides, le lendemain, on annonce qu’on va annuler leur dette pour qu’elles ne fassent pas faillite. Comment comprendre cette apparente contradiction ?

Bréviaire du capitalisme de connivence

En réalité, il n’y a pas de contradiction, mais simplement un traitement « au cas par cas ». Dans la masse des entreprises en difficulté, Bercy s’attribue le droit d’en sauver certaines et pas d’autres, selon des critères « sur mesure ».

En droit public, on appelle ça le pouvoir discrétionnaire de l’administration, qui confine souvent, dans les faits, avec un pouvoir arbitraire. Il y a ceux qui seront sauvés, et ceux qui ne le seront pas. Pourquoi ? Seule l’administration le sait, et elle n’aura à en référer à personne.

Telle est la base du capitalisme de connivence : certains ont accès au paradis, selon des critères connus de la seule bureaucratie. Et d’autres sont damnés en toute opacité. Traduction : il y a les copains qui bénéficieront de largesses, qui seront protégés par l’intérêt général, et il y a les autres.

Zombification et corruption passive

On comprend comment marchera ce dispositif : pour en bénéficier, il faudra montrer patte blanche et déployer des arguments tout à fait persuasifs pour influencer la « conciliation » dans le bon sens. Et l’on mesure tout de suite la palette d’arguments qui pourra être déployée, depuis le diaporama mensonger pour expliquer que tout va mal jusqu’à la promesse de recruter à prix d’or tel ou tel ami du pouvoir, voire tel ou tel administrateur de Bercy en mal de mobilité.

L’issue de cette méthode est bien connue : on fait croire que les aides vont aux plus méritants, mais elles profitent très souvent aux meilleurs corrupteurs, à ceux qui ont trouvé les bons arguments, à ceux qui ont su émouvoir la corde sensible des fonctionnaires. Et tant pis s’il s’agit de zombies sans avenir que l’on maintient artificiellement en vie le temps qu’il faut pour se partager les meilleurs morceaux. Après tout, c’est l’Etat qui paie !

Quelle différence y a-t-il entre cette méthode de gouvernement « sur mesure », « au cas par cas », et une République bananière ? On cherche encore la réponse. Mais la mise en oeuvre de ce dispositif devrait donner lieu à de franches rigolades dans les semaines à venir. On attend avec impatience les phrases emphatiques de Bruno Le Maire pour en vanter les mérites.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Vésubie : 150 millions d'argent public pour subventionner du privé à 95 %

Vésubie : 150 millions d'argent public pour subventionner du privé à 95 %

Dans les Alpes-Maritimes, des élus d'opposition révèlent qu'entre 2017 et 2024, le Conseil départemental a déversé 150 millions d'euros sur des structures touristiques privées : un parc de loisirs, un hôtel de luxe, des thermes. Subventionnées à 95 % par le contribuable. Pendant ce temps, la présidence se félicite de son rôle « d'aménageur du territoire ». LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, pass


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

À partir de quel seuil faut-il vendre son or ?

À partir de quel seuil faut-il vendre son or ?

Par Vincent Clairmont L'once d'or s'échange ce mardi 16 juin autour de 4 300 dollars sur le marché spot de Londres, soit environ 3 950 euros. C'est plus de 20 % en dessous du record de fin janvier, où le métal avait frôlé 5 600 dollars. La question qui dominait les messages de lecteurs au printemps — est-il trop tard pour acheter ? — a changé de signe. Depuis la correction, on me demande l'inverse : à partir de quel seuil faut-il vendre ? Ma réponse tient en une phrase, puis je la déplie. Le b


Rédaction

Rédaction

La mystérieuse suspension d'Anthropic plaide pour notre souveraineté IA

La mystérieuse suspension d'Anthropic plaide pour notre souveraineté IA

Par Eric V. Une lettre de Washington a suffi, le 12 juin, pour éteindre partout deux des intelligences artificielles les plus puissantes du monde. La leçon n'est pas américaine. Elle est française : tant que nous emprunterons notre intelligence, un autre en tiendra l'interrupteur. Et la réponse, pour une fois, a un nom. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Plafonds de verre RN et LFI en 2027 : que dit la science politique sur leur épaisseur ?

Plafonds de verre RN et LFI en 2027 : que dit la science politique sur leur épaisseur ?

Par Elise Rochefort À onze mois du premier tour de l'élection présidentielle, prévu au printemps 2027, les enquêtes d'opinion dessinent une configuration que la science politique connaît bien : deux formations de protestation arrivées en tête de leur camp, et l'une comme l'autre confrontées à un seuil qu'elles n'ont jamais franchi. Le Rassemblement national n'a pas accédé à l'Élysée en 2002, 2017 ni 2022. La France insoumise n'a jamais qualifié son candidat pour un second tour présidentiel.


Rédaction

Rédaction