De la paranoïa au crime: la loge Athanor devant les assises

De la paranoïa au crime: la loge Athanor devant les assises


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L’affaire Athanor aurait pu prêter à sourire si elle ne débouchait pas sur des faits d’une gravité extrême. Au cœur du dossier : une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, désormais dissoute, dont certains membres sont accusés d’avoir commandité une série d’opérations violentes, jusqu’à l’homicide.

Le 30 mars 2026, la cour d’assises de Paris a ouvert le procèsde l’ex-loge maçonnique Athanor, basée à Puteaux dans les Hauts-de-Seine. Vingt-deux accusés, âgés de 30 à 73 ans, vont comparaître pendant trois mois et demi pour meurtre en bande organisée, tentatives de meurtre, violences aggravées et association de malfaiteurs. Derrière ces « frères » désormais ennemis se cache une officine criminelle aux méthodes dignes d’un mauvais film d’espionnage : agressions, vols, incendies et contrats d’assassinat commandités.

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Le 24 juillet 2020, à Créteil, deux hommes sont interpellés dans une Clio volée en septembre 2019. Pierre Bourdin, 28 ans, et Carl Esnault, 25 ans, tous deux gardiens à la DGSE, sont équipés d’un Browning GP 35 chargé de 12 cartouches, de couteaux « armée française », d’un marteau et d’un tracker.

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Ils bavardent aimablement avec les policiers : il s’agit, expliquent-ils, d’éliminer « une espionne du Mossad ». La cible ? Marie-Hélène Dini, 60 ans, cheffe d’entreprise dans le coaching professionnel. Le lendemain, la brigade criminelle perquisitionne son domicile, saisit téléphone et ordinateur, découvre une balise sous sa voiture.

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Elle apprend qu’un contrat de 70 000 euros a été passé à Daniel Beaulieu et Frédéric Vaglio pour la supprimer. Dini n’y comprend rien : elle n’a aucun lien avec le renseignement. Une agression physique en octobre 2019 – coups, vol d’ordinateur – avait déjà visé la même femme.

Une loge transformée en officine du crime

Au cœur du dossier : la loge Athanor, quelques dizaines de membres sous l’obédience de la Grande Loge Alliance Maçonnique Française. Frédéric Vaglio, 49 ans, ex-journaliste et vénérable, Daniel Beaulieu, 66 ans, ex-policier de la DGSI reconverti dans l’intelligence économique, et Jean-Luc Bagur, coach concurrent direct de Dini, figurent parmi les commanditaires présumés.

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Ils ont sous-traité à des militaires de la DGSE, des policiers et des chefs d’entreprise des « missions hard » : intimidations, passages à tabac, incendies de portails, jets de rats morts. Un seul assassinat abouti : celui de Laurent Pasquali, pilote automobile corse, tué en novembre 2018, corps retrouvé en septembre 2019. Les paiements ? Liquide – 27 450 euros chez un exécutant, 4 800 chez Beaulieu – pour des montants oscillant entre 500 et 1 000 euros par tabassage.

Une affaire révélatrice des dérives d’entre-soi

Au-delà du fait divers, l’affaire Athanor interroge sur les dérives possibles de certains cercles fermés. L’entre-soi, combiné à un sentiment d’impunité, favoriseune escalade incontrôlée.

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Ce qui frappe, au-delà de la violence, c’est la petitesse des enjeux : rivalités professionnelles entre coaches, dettes impayées, jalousies de « frères » devenus concurrents. Les accusés invoquent parfois des « missions d’État » pour motiver les exécutants ; la réalité semble plus prosaïque : un réseau de pouvoir local qui a dérapé dans le crime organisé.

Dans une France où les loges maçonniques entretiennent encore des liens discrets avec l’appareil d’État, cette affaire révèle une élite quise mue en barbouzerie de quartier. Le procès Athanor ne juge pas seulement des individus : il expose la déliquescence d’un système où copinage et impunité ont pu transformer une fraternité en machine à tuer. La justice rendra son verdict d’ici juillet.


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