Comment l’industrie allemande a torpillé Annalena Baerbock, candidate verte et dilettante à la succession de Merkel

Comment l’industrie allemande a torpillé Annalena Baerbock, candidate verte et dilettante à la succession de Merkel


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Invité: François Stecher. Il y a trois mois encore, il ne faisait aucun doute pour les médias allemands et internationaux qu'une femme succèderait à Angela Merkel: il s'agissait d'Annalena Baerbock, candidate désignée par les Verts allemands pour emmener la liste aux élections législatives du 26 septembre 2021. En quelques semaines, les espoirs de la quadragénaire se sont effondrés. Elle a été la cible d'une campagne médiatique tellement systématique que l'on peut se demander si elle n'était pas voulue. Une partie de l'establishment allemand semble penser que l'écologie et la transition énergétique sont des choses trop sérieuses - et trop avantageuses pour l'Allemagne, en particulier pour la classe moyenne des entreprises, le Mittelstand, véritable "cœur nucléaire de l'industrie allemande - pour être laissées entre les mains d'une candidate inexpérimentée, qui ne comprend pas les discours qu'on lui prépare, gonfle son CV et fait massivement du plagiat quand elle publie un livre.

S’essayer à la prospective présente en tout temps et singulièrement en ces temps troublés un risque évident et particulièrement élevé, celui d’être démenti par les événements. C’est qui est arrivé à votre serviteur, raison pour laquelle il me faut prendre le clavier et corriger les conclusions erronées du dernier papier que je rédigeais pour le Courrier des Stratèges, en avril dernier.

Je croyais à cette époque-là pouvoir annoncer le nom de la future chancelière, qui succèderait à Angela Merkel dans la foulée des élections générales du 26 septembre prochain : Annalena Baerbock. Tout semblait alors sourire à notre reine du trampoline, alors que son parti, Bündnis90 – Die Grünen était sur le point de trancher sans suspens la question de la candidature à la chancellerie en sa faveur. Des sondages qui plaçaient le parti au coude-à-coude voire devant l’Union de Merkel aux environs de 25% – scores rarement atteint au plan national par les écolos – une campagne de presse qui s’amorçait et devait, tel un rouleau compresseur, enfoncer la candidate de Davos dans les esprits des Allemands médusés, des talkshows en configuration BFMTV-Emmanuel Macron, inlassablement rejoués comme les moulins à prière du Tibet, des grands patrons affichant leur soutien à l’Élue : bref la messe semblait dite, et le pauvre Armin Laschet, vainqueur aux forceps – grâce à l’appareil du parti – du très grossier et très antipathique Markus Söder (ministre-président de Bavière et maître de la CSU) semblait quant à lui voué au strapontin de vice-chancelier.

CV enjolivé, revenus non déclarés, plagiat littéraire: les accusations pleuvent

Las… Dans les premiers jours de mai, une petite dissonance a percé dans l’orchestre des médias, qui s’est progressivement muée en désaccord flagrant : quelques esprits bien intentionnés se sont mis en peine de scruter et passer au crible le curriculum vitae de la dame, et évidemment ils ont trouvé : fonctions imaginaires, expériences insignifiantes et pompeusement rebaptisées pour les faires ronfler, responsabilités usurpées … Face à ce qu’il faut bien appeler une campagne, on a dès lors assisté à une retraite, en rase campagne mais en bon ordre, tout au moins au début. De correction en correction, le CV d’Annalena s’étiolait, se réduisait à la substantifique moelle – autant dire à rien. L’allemand étant une langue assez plastique, le néologisme « baerbocken » faisait son apparition sur les réseaux sociaux (on en proposera ici deux traductions : 1) trafiquer son CV ; 2) corriger son CV par itérations successives jusqu’à obtenir une page blanche). Annalena B. faisait encore bonne figure, espérant ne pas être poursuivie dans sa retraite.

Malheureusement pour elle, vers la mi-mai, la presse révèle qu’elle a négligé de déclarer la bagatelle de 25.000 euros de revenus exceptionnels de l’année 2020 – ce qu’elle devait au titre des mesures de transparence de la vie politique. Sans hésiter, avec la mièvre repentance et l’hypocrisie postchrétienne qui caractérisent les politiciens modernes, au moins depuis Bill Clinton et sa Flûte enchantée, elle concède une erreur – en forme d’étourderie. Les choses auraient pu en rester là, si d’autres braves gens n’avaient mis à jour ce détail presque insignifiant : ces 25.000 euros lui avaient été accordés au titre de ses fonctions de présidente fédérale des Verts – et c’est elle, qui ès fonction, avait signé l’ordre de virement. Dès lors, la retraite jusque-là encore à peu près ordonnée, malgré une réaction de l’électorat déjà palpable dans les sondages, tourne à la débandade. Mais la malheureuse n’est pourtant pas encore au bout de ses peines.

Il est de bon ton, lorsque l’on brigue la chancellerie, de faire la démonstration de ses capacités de penseur, et d’exprimer sa vision pour l’avenir du pays. La campagne d’Annalena étant lancée, et rien ne devant ni freiner ni dévier la course du Titanic, elle va se livrer à cet exercice convenu, et percuter l’iceberg. Le 17 juin, donc, elle présente son livre : « Jetzt. Wie wir unser Land erneuern » (Maintenant. Comment nous allons renouveler notre pays). Journalistes en pâmoison devant la profondeur de la vision, politiciens oscillant – au moins devant les caméras ; une attaque contre elle tomberait automatiquement sous le coup du sexisme et du machisme du vieux mâle blanc – entre admiration et envie devant la hauteur de la pensée. Annalena boit du petit lait, croit qu’elle peut se relancer, que la traque s’est lassée. Patatras … Le 28 juin, Stefan Weber, éditorialiste autrichien, mais surtout chasseur de plagiaires, publie une liste de passages du livre qui ont visiblement étaient « empruntés » à d’autres auteurs – sans que cela soit référencé nulle part. En une tentative vaine et désespérée, la candidate verte, désormais à terre, va affirmer qu’elle n’a eu recours qu’à des sources ouvertes – ce qui ne délivre évidemment pas du reproche de plagiat. Le coup de grâce est porté par le journal Bild le 7 juillet, qui révèle qu’à propos de la modernisation de l’administration, la candidate à la chancellerie a même osé emprunter à la CDU  Bien sûr, des voix se sont élevées, assez isolées, des rangs des Verts, pour dénoncer une campagne meurtrière. Ceci a été aussitôt réfuté ou traité par le mépris. On peut, bien sûr, croire au hasard, à une conjonction heureuse ou malheureuse de bonne volonté éditoriale et de ténacité journalistique, le genre de fables que l’on aime à raconter sur les plateaux de télévisions. Quant à moi, j’incline plus volontiers à adhérer à la thèse de la campagne : elle a eu lieu, elle a été brutale et acharnée – et couronnée de succès.

Les représentants des très puissantes ETI allemandes  en soutien discret de la  campagne de démolition menée par la CDU et les médias

Qui est donc assez puissant pour l’avoir déclenchée ? Qui avait intérêt à ce naufrage ? Il y a d’abord, très directement et électoralement la CDU : quels que soient les désirs et rêves de Merkel, l’appareil du parti – ceci vaut tant pour les séides de la chancelière que pour ses opposants – et les militants ne sont pas disposés à concéder la direction de la coalition à un autre parti. Si les séides envisagent avec satisfaction la perspective d’une coalition avec les Verts, rejoignant en cela les vœux de leur maîtresse, les anti-merkeliens au sein de la CDU considèrent cette perspective avec un sentiment qui va de la méfiance à une aversion sans merci. Leurs yeux à eux se tournent plutôt vers la vieille SPD moribonde, qu’ils pourront, pensent-ils, cornaquer sans mal, voire vers une FDP renaissante, nous en reparlerons. Une autre hypothèse peut également être avancée : bien que comptée au nombre des « Realos » au sein du parti, Baerbock a lancé sa campagne sur la ligne du Great Reset – sans surprise – en matière d’énergie, de changement climatique et de conversion de l’industrie à marche forcée. Si elle a pu rallier à elle les patrons des plus grands groupes industriels, en réalité membres de la caste et acquis à la cause dès l’origine, elle n’a certainement pas convaincu le Mittelstand, cœur nucléaire de la puissance allemande.

Une chose est certaine : une telle campagne de démontage n’est pas une opération chirurgicale. Calibrer la violence des coups pour que, de prétendant à la couronne, on descende juste ce qu’il faut de degrés pour pouvoir se tenir sur les marches du trône, voilà qui n’est pas donné même aux meilleurs ingénieurs sociaux – Dominions, plus sûrement permettrait les ajustements nécessaires. Lucidement, il faut convenir que les chances, pour les Verts, d’être partenaires seniors dans la prochaine coalition du gouvernement fédéral sont réduites à néant. Si la presse tente dorénavant de pousser Robert Habeck, binôme et concurrent malheureux de Baerbock dans la course à la désignation, il est peu probable que Bündnis90 refasse son retard sur la CDU de Laschet, laquelle a repassé à monter la barre des 30%. Bien pire, il est aujourd’hui pratiquement impossible de dire quel sera le partenaire junior – là aussi, Annalena et son trampoline ont bouleversé mes prévisions. Sur le papier, la CDU aurait aujourd’hui le choix entre les Verts et la SPD, désormais au coude-à-coude. Bien mieux, on ne peut exclure, désormais, que la FDP soit en situation de jouer ce rôle : mi-juin, elle s’était hissée au niveau de la SPD, avant de fléchir dans les semaines suivantes. Elle souffre clairement du dilettantisme de son chef, Christian Lindner, et de son incapacité à faire le choix qui les propulserait, lui et son parti, en seconde position, celui d’une opposition résolue aux mesures de restrictions de liberté liées à la pseudémie.

Ainsi, les élections du 26 septembre s’annoncent bien plus ouvertes qu’on ne pouvait s’y attendre il y a encore quelques mois. La façon dont les différents partis se positionnent vis-à-vis de la crise sanitaire jouera indiscutablement un rôle très important, en particulier la perspective, offerte ou non, d’un retour à une vie normale, mais aussi la question sensible de l’obligation vaccinale. Les pudeurs de vierge des écologistes sur ces questions s’expliquent très clairement par le fait qu’une fraction notable de leurs électeurs sont résolument hostiles à cette dernière. Laschet lui-même semble avoir pris prudemment mais assez clairement une position de libération face au régime sanitaire de Merkel. Il aura, sur ces sujets, à ferrailler dur contre les séides d’Angela.


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