La scène pourrait sembler anodine : une enseigne bio, des salariés engagés, un discours éthique affiché en vitrine. Pourtant, à la Biocoop de la place des Fêtes, dans le XIXᵉ arrondissement de Paris, le vernis craque. Depuis début janvier, le magasin est fermé, occupé par des salariés en grève qui dénoncent un « management toxique ». Un conflit social banal ? Pas vraiment. Il révèle surtout l’écart persistant entre les valeurs revendiquées et les réalités économiques.

Le rideau est tiré depuis le 3 janvier à la Biocoop de la Place des Fêtes, dans le XIXe arrondissement de Paris. Seize salariés sur vingt sont en grève. Ils dénoncent un « management toxique », une surveillance permanente et des salaires déconnectés du coût de la vie. Pour le consommateur adepte de l’économie sociale et solidaire, le choc est rude. Pour l’analyste économique, il n’est qu’une confirmation : quelle que soit l’étiquette politique ou écologique, un patron reste un patron.
Le mirage de la "valeur" coopérative
Biocoop communique massivement sur ses valeurs : équité, respect, solidarité. Pourtant, sur le terrain, les grévistes décrivent un enfer managérial. La gérante utiliserait les caméras de surveillance non pour prévenir le vol, mais pour traquer la « flânerie » des employés.
En réalité, Biocoop, bien que structuré en coopérative, obéit aux mêmes impératifs de rentabilité que les géants de la distribution comme Carrefour. Les méthodes dénoncées — recours aux huissiers pour identifier les grévistes, expulsion par la police — ne diffèrent en rien de celles du CAC 40.

Le mirage de la "valeur" coopérative
Biocoop communique massivement sur ses valeurs : équité, respect, solidarité, une image presque militante. Mais dans les faits, l’enseigne s’inscrit dans une logique de distribution de masse, intégrée à des chaînes d’approvisionnement comparables à celles de groupes comme Carrefour. Objectifs de rentabilité, contrôle des coûts, pression sur la masse salariale : le bio n’échappe pas aux lois du marché.

À la place des Fêtes, seize salariés sur une vingtaine ont cessé le travail. Ils accusent leur directrice de pratiques managériales autoritaires, de surveillance constante via les caméras et de pressions ciblées, notamment envers une salariée syndiquée. Une situation qui aurait entraîné un fort turnover, symptôme classique d’un management défaillant.
Caméras, huissier, police : la réalité du rapport de force
Le récit des salariés tranche avec l’imaginaire doux et responsable que Biocoop aime entretenir. Huissière non annoncée, relevé d’identités, intervention de la police pour expulser les grévistes : le conflit s’est rapidement judiciarisé. Nous sommes loin de l’autogestion rêvée.

Ce durcissement illustre une constante du monde du travail : lorsque la contestation menace l’ordre hiérarchique ou l’exploitation économique, les discours s’effacent, les procédures prennent le relais. Peu importe que l’enseigne vende du quinoa équitable ou des produits industriels : le rapport de force reste le même.
Salaires, inflation et faux dialogue social
Au cœur du conflit se trouve aussi la question salariale. Les grévistes dénoncent des rémunérations à peine supérieures au SMIC et des augmentations symboliques. Une hausse de 2 % est proposée, alors même que l’inflation et la revalorisation du SMIC grignotent tout gain réel. En clair : travailler plus longtemps pour rester aussi pauvre.
La direction parle de dialogue, de médiation, de solutions équilibrées. Les salariés, eux, voient surtout une tentative de gagner du temps sans remettre en cause l’organisation du pouvoir dans le magasin.
L’affaire Biocoop rappelle une vérité souvent occultée : les valeurs affichées ne modifient pas la nature des rapports économiques. De gauche ou de droite, bio ou non, un patron reste un patron. Et sans contre-pouvoir réel, la morale s’arrête toujours à la porte du magasin.


