La Ville de Lyon a plus que triplé sa subvention au CCAS depuis 2019, de 5,8 à 19,4 millions d’euros. Pourtant, les comptes sont désormais déficitaires de 1,3 million d’euros et les dépenses de fonctionnement ont bondi de 40 % en cinq ans. Plus inquiétant encore : les instances censées surveiller cette gestion semblent avoir déserté.
Le 9 septembre, le conseil municipal de Lyon a pris connaissance d'un rapport accablant. La chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes y dresse le bilan de six années de gestion du centre communal d'action sociale, établissement de 570 agents chargé d'aider les précaires et les seniors de la ville.
19,4 millions d’euros de subvention, mais des comptes dans le rouge
Le centre communal d’action sociale (CCAS) de Lyon , avec 51 millions d’euros de budget et 570 agents, gère quatre Ehpad, quinze résidences autonomie, un accueil de jour, un restaurant social, une épicerie solidaire et des bains-douches municipaux. En 2025, il a assuré près de 5 000 domiciliations administratives, distribué plus de 70 000 repas et fourni 69 000 douches.

La progression de la subvention municipale est spectaculaire : 5,8 millions d’euros en 2019 contre 19,4 millions aujourd’hui. Dans le même temps, les dépenses de fonctionnement ont augmenté de 40 % en cinq ans et l'établissement affiche désormais un déficit de 1,3 million d’euros. Cette évolution peut évidemment s’expliquer en partie par la hausse des besoins sociaux. Mais elle pose une question : comment une collectivité peut-elle augmenter aussi fortement son financement sans obtenir, en retour, un pilotage financier suffisamment rigoureux ?
Une gouvernance absente
Le second volet du rapport est plus troublant encore. La commission des finances du CCAS n'a produit aucun compte rendu entre 2019 et 2026. Sept années de silence institutionnel sur un établissement qui gère des dizaines de millions d'euros publics. Pire : trois conseils d'administration ont dû être annulés, faute de quorum. Élus et représentants associatifs, censés siéger et trancher, ne se sont tout simplement pas déplacés. L'instance qui devait vérifier où va l'argent public n'a jamais exercé son mandat.

Ce double constat dessine une réalité que les Lyonnais paient sans le savoir : une administration sociale gonflée à coups de subventions successives, sans que personne, au sein même de l'appareil censé la surveiller, ne prenne la peine de vérifier l'usage des fonds.
À Lyon, le rapport de la CRC montre une gouvernance où les crédits augmentent pendant que les mécanismes de surveillance s’effacent. La gabegie n’est pas nécessairement une dépense excessive : elle commence lorsque plus personne ne semble suffisamment présent pour demander des comptes.

