Bruno Le Maire très fier de torpiller Renault


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Bruno Le Maire a décidé de faire joujou avec Renault et d’étaler, dans ce dossier, une partie de son extraordinaire incompétence. L’intéressé semble déterminé à montrer son petit pouvoir en torpillant définitivement l’entreprise, notamment par le court-circuitage public de sa direction. On reste confondu devant autant de toxicité pour l’intérêt général…

Bruno Le Maire a décidé de faire joujou avec l’un des fleurons de l’économie nationale : Renault. Alors que l’entreprise a besoin d’une profonde remise à plat de son organisation interne pour diminuer ses coûts de production, et pour éponger les pertes de Nissan, Bruno Le Maire s’amuse en se donnant des airs de tycoon, un peu comme Macron se donne des airs de pilote de chasse ou de commandant de guerre en enfilant des uniformes de pacotille. À cette différence près que les déguisements puérils de Macron ne font de tort qu’à lui-même, alors que les incursions de Bruno Le Maire dans des dossiers trop compliqués pour lui risquent de causer des milliers de licenciements.

Bruno Le Maire fait courir la rumeur d’une faillite de Renault

Parfois, on se pince en se demandant si on a rêvé : non, le ministre français de l’Économie, actionnaire de Renault, n’a quand même pas fait courir la rumeur publique d’une faillite de son entreprise ? Eh bien, tu te pinces, et non, tu n’as pas rêvé. Le gars possède un empire industriel et il annonce calmement dans les medias qu’il pourrait disparaître dans les prochaines semaines. Même le site « Turbo » a relayé cette information… qui venait, il faut le dire, d’une source sûre…

Bruno Le Maire devrait quand même se renseigner sur ce qu’est le secret des affaires. Dans sa position, ce petit moment de formation professionnelle ne serait pas inutile. Toujours est-il qu’avoir un actionnaire qui bavarde publiquement sur vos comptes, et qui dramatise la situation, c’est un bon fondamental pour une politique industrielle d’avenir ! Si l’État cherchait des prêteurs, des investisseurs, des repreneurs, Bruno Le Maire a bien défendu son bout de gras devant eux, en tout cas…

La saillie drolatique du ministre a tout de même obligé la directrice générale intérimaire Clotilde Delbos à démentir le ministre sur BFM. Du travail de pro…

On pensait quand même qu’après cette grave faute de communication concernant un actif majeur de l’État, quelqu’un dirait à Bruno Le Maire de se contenter d’écrire des livres, et de ne surtout plus se mêler des affaires de grands.

Pas de chance, personne n’a osé le lui dire, et l’incompétence continue.

Nissan, dont Renault possède 44%, a fait état jeudi, pour l'exercice fiscal clos fin mars, d'une perte nette de 671,22 milliards de yens (5,66 milliards d'euros). Le groupe japonais a dévoilé un plan de réduction de ses coûts fixes de 300 milliards de yens prévoyant une réduction de ses capacités de production et, entre autres, la fermeture de son usine de Barcelone, en Espagne.   

Investir, les Échos

Bruno Le Maire en super DRH de Renault

Ce matin, Bruno Le Maire a utilisé la presse pour nuire encore un peu plus à l’entreprise et à son dirigeant. Il a ouvertement déclaré que le prêt de 5 milliards dont Renault a besoin pour passer la crise ne serait accordé que si la consultation avec les syndicats se passait bien. C’est dans ce genre de moment où l’on comprend qu’un ministre de la Vè République finissante est un courtisan obsédé par l’étiquette de la cour, et non par l’efficacité des politiques qu’il mène.

Rappelons en effet que les syndicats en question ont obtenu la fermeture du site de Sandouville au début du déconfinement. Voilà donc des forces loyales, sur qui on peut compter, et qui collaborent de façon transparente pour le bien de l’entreprise… Et c’est vrai que relancer les ventes et le chiffre d’affaires, on s’en fout un peu. L’essentiel, c’est que les syndicats soient contents du patron. Mieux vaut faire faillite avec un patron sympa que prospérer avec un patron salaud. C’est bien connu.

Notre ministre de l’Économie vient donc donner des conseils de management et de gestion des ressources humaines à Jean-Dominique Sénard, le patron de Renault. On suggère à Le Maire d’être aussi directif avec Olivier Véran pour tout ce qui touche au bonheur des salariés dans les hôpitaux publics….

Humilier publiquement le patron de Renault, quelle jouissance !

On ne peut évidemment s’empêcher de penser que, dans ce dossier, le déterminant premier de l’action chez Bruno Le Maire tient à la jouissance que le ministre éprouve à humilier publiquement Jean-Dominique Sénard, patron de Renault. Depuis plusieurs mois, les deux hommes ne ratent pas une occasion de se contredire publiquement et de se chamailler. Au moment du possible rapprochement avec Fiat, Bercy avait temporisé là où Sénart voulait aller vite. Finalement, Fiat a retiré ses billes, et l’affaire est tombée dans l’escarcelle de Peugeot, beaucoup moins inféodé à l’État. Bravo Bruno Le Maire ! Bravo Bercy !

On voit bien que pas plus Bercy que Bruno Le Maire ne s’intéressent à Renault pour défendre l’emploi ou l’industrie française. L’enjeu est seulement de montrer son pouvoir sur des gens qui gagnent plus que vous.

L’interview que Jean-Claude Volot nous a accordée ne va pas dans un autre sens. L’intervention de l’État dans le domaine industriel obéit à une logique politique extrêmement dangereuse pour les entreprises qui la subissent. En l’espèce, le cahier des charges initial de Bruno Le Maire en l’échange des 5 milliards de prêts était beau comme une note de synthèse à l’État : développement de l’électrique, pas de fermeture de site, et autre relocalisation d’activités sur le sol français, au beau milieu des cotisations sociales et des grèves.

Finalement, Sénard a réduit toutes ces prétentions ineptes à néant, et Le Maire ne lui pardonne pas cette atteinte à son pathétique amour-propre.

Les discussions entre Renault et Fiat Chrysler(FCA) pour une fusion ont capoté en raison d'une «position soudaine et incompréhensible de Bercy», a affirmé ce jeudi une source proche du constructeur italo-américain. «Toutes les conditions étaient réunies hier pour aboutir à un vote positif» du Conseil d'administration du groupe au losange, a assuré cette source à l'AFP sous couvert d'anonymat, en regrettant «les nouvelles exigences du gouvernement français» lors de ces discussions qui ont échoué dans la nuit de mercredi à ce jeudi.   

Le Figaro

Les vieilles recettes de la gauche mises en oeuvre par Bruno Le Maire

Pour le reste, on connaît par coeur ce que le mot « stratégie industrielle » veut dire dans la bouche de Bruno Le Maire : conserver des boulets dans l’entreprise, s’ils sont en France et si les syndicats le demandent, proposer des plans de reclassement coûteux aux Français, et saccager sans vergogne l’emploi à l’étranger, la solidarité bien comprise consistant à s’autoriser chez les autres ce qu’on trouve scandaleux en France.

Ainsi, personne ne lève le petit doigt pour les usines Nissan qui vont fermer en Espagne. Et Bruno Le Maire n’aurait aucune difficulté à prôner des licenciements massifs en Turquie ou en Roumanie.

Le Maire et Bercy proposent de faire ce que la gauche a prôné pendant des années : rapatrier les centres de profit développés à l’étranger pour les transformer en centres de pertes en France, gérer les entreprises comme des administrations, avec le culte du pas de vague et de l’indécision permanente.

Si, en apparence, Le Maire a renoncé aux projets déments, plaqués de l’extérieur, de voitures électriques et autres incongruités très en vogue dans les salons parisiens, il n’a pas abandonné sa conviction qu’il gèrerait mieux Renault que Sénard et sa bande…

Un beau désastre industriel se prépare.

Les élites décadentes tueront ce pays

Comme le souligne Volot dans son interview du jour, mais comme il l’avait évoqué la semaine précédente, la même logique toxique est à l’oeuvre avec Renault et avec Airbus. Des décideurs publics convaincus de tout savoir sur l’entreprise veulent briser des fleurons industriels à coups d’injonctions administratives.

Compte tenu du caractère exceptionnel de la crise que nous traversons, rien n’exclut que ce traitement roboratif n’atteigne son objectif : tuer l’emploi en tuant les entreprises employeuses. Bercy est en effet le dernier endroit où l’on croit encore aux vertus de l’économie administrée, de la planification soviétique, et autres délires qui ont tué la Russie pendant 70 ans, et produiront les mêmes effets en France. Et plus personne, parmi les hauts fonctionnaires qui entourent Bruno Le Maire ne semble prendre la mesure des risques pris en jouant avec le feu.

L’étiquette aristocratique avant tout.


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