Aucun changement fiscal en vue au 1er janvier 2026?

Aucun changement fiscal en vue au 1er janvier 2026?


Partager cet article

C’est une petite musique que la caste administrative aimerait nous faire fredonner pour nous endormir : et si, finalement, le chaos parlementaire actuel était une bonne nouvelle? Et si, faute de budget voté, les impôts restaient figés au 1er janvier? Ne nous y trompons pas. Ce qui se profile derrière l’incapacité chronique du gouvernement Lecornu à faire valider ses comptes n’est pas une pause fiscale salvatrice, mais le naufrage organisé de la décision politique au profit d'une mise sous tutelle technocratique.

Nous sommes fin novembre 2025, et le constat est sans appel : la machine législative est enrayée. Sur le Projet de Loi de Finances (PLF) 2026, l'Assemblée nationale a offert un spectacle de désolation en rejetant purement et simplement la partie "recettes" le 21 novembre dernier. Ce n'est pas un accident de parcours, c'est un acte de décès. En refusant de valider les rentrées d'argent, les députés ont privé l'État de sa légitimité à prélever l'impôt, renvoyant la copie brute au Sénat sans qu'aucune des revendications populaires n'ait été entendue.

Projet de loi de finances pour 2026
Suivez l’examen du projet de loi de finances pour 2026 et découvrez les principaux apports du Sénat.

Sur le front social, la méthode est plus brutale encore. Pour le PLFSS 2026 (budget de la Sécu), le gouvernement a laissé s'écouler le sablier des 20 jours réglementaires pour dégainer l'article 47-1 de la Constitution le 12 novembre à minuit. Circulez, il n'y a rien à débattre. Le texte part au Sénat sans vote global de l'Assemblée. C'est le triomphe du chronomètre sur la démocratie, une "thrombose administrative" organisée où le débat est étouffé par la procédure.

Projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 : application de l’article 47-1 de la Constitution

La censure ou le coma artificiel de l'État?

Sébastien Lecornu, Premier ministre en sursis depuis sa nomination en octobre 3, se retrouve désormais au pied du mur. Deux scénarios s'offrent à lui, et aucun n'est heureux.

Le premier est le passage en force via l'article 49.3 pour l'adoption finale. C'est la roulette russe. Avec une opinion publique où 61% des Français souhaitent déjà une dissolution, et des oppositions (NFP et RN) prêtes à conjuguer leurs voix, une motion de censure serait fatale. Ce serait la chute du gouvernement et, mécaniquement, l'absence totale de budget au 31 décembre.

Le second scénario, celui que privilégie le "Deep State" de Bercy pour éviter le shutdown, est le recours à une "loi spéciale" basée sur l'article 45 de la LOLF. C'est l'option du coma artificiel. Concrètement, on ne vote pas de budget, mais on autorise l'État à percevoir les impôts existants et à reconduire les crédits de l'année précédente (les fameux "services votés").

Cette loi spéciale inconstitutionnelle, occasion unique de faire tomber le régime sans insurrection
L’Assemblée Nationale doit discuter en séance publique de la désormais fameuse loi spéciale qui vise à éviter un shutdown à

La probabilité d'une année blanche (et noire)

Quelle est la probabilité que nous finissions l'année sans vrai budget? Elle est désormais très élevée. Le gouvernement prépare déjà les esprits à cette "loi spéciale", qui agirait comme un plâtre sur une jambe de bois.

Budget 2026 : en cas d’impasse dans le processus budgétaire, le gouvernement présentera une loi spéciale au Parlement | LCP - Assemblée nationale
En cas d’impasse dans le processus budgétaire, le gouvernement présentera au Parlement une loi spéciale avant la fin de l’année, a indiqué ce jeudi 20 novembre le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, lors d’une réunion au Sénat, précisant que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, “ne souhaite pas avoir recours aux ordonnances”.

Mais attention au leurre : une loi spéciale n'est pas la stabilité. C'est l'austérité aveugle. C'est le gel de tous les investissements nouveaux. C'est une administration qui tourne à vide, payant ses fonctionnaires mais incapable de financer l'avenir.

Budget : rebelote pour la loi spéciale en fin d’année? par Elise Rochefort
Il règne comme un parfum d’automne 2024 dans les couloirs du Palais Bourbon. Une odeur de soufre, de lassitude et, surtout, de déjà-vu. Souvenez-vous : décembre dernier, le gouvernement Barnier chutait, laissant la France au bord du précipice budgétaire, sauvée in extremis par une « loi spéciale » le 20 décembre. Un an

Le mirage du budget de la Défense

L'exemple le plus criant de cette impuissance est le budget des Armées. On nous promettait un "réarmement", une montée en puissance historique avec 3,5 milliards d'euros supplémentaires. Mais à quoi servent ces milliards si le budget n'est pas voté?

Dans le cadre d'une loi spéciale, ces crédits nouveaux s'évaporent. Et même votés, ils risquent d'être engloutis par l'inflation et les frais de structure d'une armée macrocéphale, plus prompte à produire des normes que des munitions. Le débat sur l'inutilité de ces hausses budgétaires, sans réforme structurelle de l'institution militaire, est posé. Nous risquons de payer plus cher pour une défense toujours aussi échantillonnaire.

Vers une dissolution inéluctable?

Il faut être lucide sur la suite. Si la France bascule en 2026 sous le régime de la loi spéciale, cela ne pourra être qu'une solution transitoire. Une grande puissance ne se pilote pas avec des "douzièmes provisoires".

Ce scénario appellerait inévitablement la construction d'un nouveau budget au printemps, ce qui, dans la configuration politique actuelle, est impossible sans rebattre les cartes. L'ombre d'une nouvelle dissolution de l'Assemblée nationale plane sur ce désastre budgétaire.

Le chaos parlementaire : l’antichambre de la tyrannie, par Veerle Daens
Pour un libertarien, la démocratie n’est pas une fin en soi. C’est, au mieux, le mécanisme le moins imparfait que nous ayons trouvé pour préserver la seule chose qui compte vraiment : la liberté individuelle, garantie par la prééminence du Droit (la Rule of Law). C’est pourquoi le “spectacle lamentable” auquel

En résumé, "aucun changement fiscal" au 1er janvier 2026 ne signifierait pas que vos impôts n'augmenteront pas (l'inflation fiscale, elle, ne dort jamais), mais que l'État aura renoncé à gouverner pour se contenter de survivre. La dictature administrative a de beaux jours devant elle.

Avec +2,44% en 30 jours, notre Barbell Strategy déchire : l’épargne classique est morte !
Fin de partie. Le premier mois de l’application concrète de la Barbell Strategy est écoulé, et le verdict est sans appel : cette méthode n’est pas une théorie pour salon feutré, mais une arme de destruction massive contre la médiocrité financière ! En seulement trente jours, le portefeuille de 100 000 € a
Bilan crypto novembre 25 : fin de l’ivresse et retour au réel, par Vincent Clairmont
Certains mois chantent, et d’autres déchantent. Novembre 2025 appartient indubitablement à la seconde catégorie. Si vous lisez ces lignes en espérant y trouver la confirmation mielleuse que le « supercycle » est intact et que le Bitcoin atteindra le million de dollars avant la dinde de Noël, je vous invite courtoisement à

Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes
Photo by Waldemar Brandt / Unsplash

Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes

Le 4 avril 2007, un habitant de Jurançon (Pyrénées-Atlantiques) validait une grille au tabac-presse du quartier et empochait 5,8 millions d’euros au Loto. Dix-huit mois plus tard, la fortune avait fondu. Aujourd’hui endetté de quelque 150 000 euros, avec ses deux maisons hypothéquées, il confie à la radio locale Ici Béarn Bigorre une « haine astronomique » envers l’escroc rencontré en chemin et regrette amèrement d’avoir ignoré l’accompagnement proposé par la Française des Jeux. Une histoire ban


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Un décret paru au Journal officiel ce 30 avril officialise le retour de Pierre-André Imbert comme secrétaire général de l'Élysée. Son précédent, Emmanuel Moulin, lorgne la Banque de France. Derrière ces nominations techniques se dessine une stratégie de placement institutionnel en cette fin du deuxième mandat de Macron. Pierre-André Imbert, inspecteur général des finances et ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2020 à 2023, deviendra lundi 4 mai le nouveau secrétaire général de la p


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

Le marché pétrolier n'est plus une mécanique de précision, mais une boucherie à ciel ouvert. Le Brent frôle les 120 dollars le baril et, tandis que les chancelleries s'agitent, les faits, eux, sont têtus : nous assistons à la démolition contrôlée de l'ordre énergétique mondial. Ce n'est pas une simple "crise de volatilité", c'est le grand découplage entre la géopolitique de la force et les illusions d'un marché physique en état de mort cérébrale. Pourquoi l’asphyxie mondiale impose une stratég


Rédaction

Rédaction

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

Plusieurs lecteurs m'ont demandé ce que je pensais de la directive européenne sur les rémunérations, qui va révolutionner ce sujet tabou en France. Voici une première réponse... Sous le vernis moralisateur de l'« égalité femme-homme », la Directive (UE) 2023/970 vient d’achever ce qui restait de l’autonomie de gestion dans nos entreprises. Ce n'est plus du droit social, c'est de l'ingénierie bureaucratique pure, une tentative désespérée de la Caste européenne de substituer le plan à la réalité


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe