Assurance-vie : Bruno Le Maire décide d’enjamber les lois pour faire plaisir au Crédit Agricole

Assurance-vie : Bruno Le Maire décide d’enjamber les lois pour faire plaisir au Crédit Agricole


Partager cet article

L’assurance-vie à la française souffre terriblement des taux négatifs imposés par la Banque Centrale Européenne. C’est une épreuve redoutable pour les banques-assurances relevant de l’économie sociale et solidaire, comme le Crédit Agricole, qui ne peuvent guère appeler leurs actionnaires au secours pour renforcer leurs fonds propres. Pour les protéger, Bruno Le Maire est en passe de déroger à une directive européenne et aux lois en vigueur par… un arrêté ministériel changeant les règles applicables aux participations des assurés aux bénéfices. Cette innovation pourrait coûter très cher au système financier français.

A l’origine de cette affaire, on trouve l’incurie historique de l’assurance-vie à la française, qui a besoin de taux d’intérêt élevés pour prospérer. Les assureurs garantissent en effet à la fois le capital et des intérêts sur le capital. Dans un univers de taux négatifs, cet engagement devient purement et simplement insoutenable, et érode rapidement les marges de solvabilité imposées par la directive Solvabilité 2. Concrètement, plus les taux baissent, plus les assureurs doivent disposer de fonds propres pour garantir leurs engagements financiers dans l’assurance-vie.

Cette exigence redoutable devient un poison létal pour les assureurs-vie comme le Crédit Agricole qui ne peuvent guère solliciter d’actionnaires pour se renflouer. D’où la demande récente, faite à Bercy, de pouvoir compter dans les fonds propres les provisions pour participations aux bénéfices des contrats. Cet argent, qui appartient aux assurés, deviendrait donc propriété comptable de l’assureur.

La forme choisie pour honorer cette demande de la banque verte ne manquera pas d’amuser les spécialistes. Bercy prendrait un arrêté ministériel pour opérer cette dérogation à la loi. Pour mémoire, une réglementation similaire existait avant 2008 sur le bénéfice des contrats d’assurance emprunteur. Et le Conseil d’Etat avait exigé, à l’époque, un retour à la hiérarchie des normes pour éviter un contentieux massif.

Manifestement, ni Bercy, ni Bruno Le Maire ne se souviennent de leurs cours élémentaires de droit public, ni de leurs erreurs passés. Chic ! on va pouvoir faire du contentieux.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

Plafonds de verre RN et LFI en 2027 : que dit la science politique sur leur épaisseur ?

Plafonds de verre RN et LFI en 2027 : que dit la science politique sur leur épaisseur ?

Par Elise Rochefort À onze mois du premier tour de l'élection présidentielle, prévu au printemps 2027, les enquêtes d'opinion dessinent une configuration que la science politique connaît bien : deux formations de protestation arrivées en tête de leur camp, et l'une comme l'autre confrontées à un seuil qu'elles n'ont jamais franchi. Le Rassemblement national n'a pas accédé à l'Élysée en 2002, 2017 ni 2022. La France insoumise n'a jamais qualifié son candidat pour un second tour présidentiel.


Rédaction

Rédaction

Autonomie de la Corse : la Vè République en peau de chagrin

Autonomie de la Corse : la Vè République en peau de chagrin

Par Thibault de Varenne L'Assemblée nationale examine depuis ce mardi 16 juin un projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République ». Le texte, déposé fin avril et adopté en commission au début du mois, inscrirait dans la Constitution un statut particulier pour l'île, un pouvoir d'adaptation des lois, un article nouveau taillé pour elle seule. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentie


Rédaction

Rédaction

À partir de quel seuil faut-il vendre son or ?

À partir de quel seuil faut-il vendre son or ?

Par Vincent Clairmont L'once d'or s'échange ce mardi 16 juin autour de 4 300 dollars sur le marché spot de Londres, soit environ 3 950 euros. C'est plus de 20 % en dessous du record de fin janvier, où le métal avait frôlé 5 600 dollars. La question qui dominait les messages de lecteurs au printemps — est-il trop tard pour acheter ? — a changé de signe. Depuis la correction, on me demande l'inverse : à partir de quel seuil faut-il vendre ? Ma réponse tient en une phrase, puis je la déplie. Le b


Rédaction

Rédaction

Trois poules dans le jardin? Jusqu'à 6 000 euros d'amende
Photo by Thomas Iversen / Unsplash

Trois poules dans le jardin? Jusqu'à 6 000 euros d'amende

En 2026, élever trois poules pondeuses au fond de son jardin relève désormais du parcours administratif. Déclaration sanitaire en mairie, autorisation d’urbanisme selon la surface du poulailler, distances de voisinage imposées : l’État et les communes transforment un geste de bon sens ancestral en infraction potentielle. Sanction à la clé ? De 750 € à 6 000 €. L'État vient de transformer l'acte le plus élémentaire d'autonomie alimentaire en une procédure bureaucratique à part entière. L


Rédaction

Rédaction